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Frederic Tremblay
Audio fil du vendredi 15 mars 2019

Les humeurs de Rosalie sur l’entrée dans le monde adulte

Publié le

Rosalie Dumais-Beaulieu devant une flèche et des souliers.
Rosalie Dumais-Beaulieu refuse de se projeter trop loin dans le futur.   Photo : iStock / et Vicky Boutin

Pour une anxieuse, penser au futur, c'est toujours un peu terrifiant. Cette semaine, je me suis prêtée à l'exercice. À quoi va ressembler ma vie dans un ou deux ans? C'est n'est pas un horizon à très long terme, parce que c'est tout ce que je peux me permettre. Plus loin que ça, dans ma tête, c'est un grand trou noir. C'est comme si ma tête ne voulait pas s'imaginer trop casée.

Je suis comme bloquée devant la porte d’entrée du monde des adultes. J’ai regardé par la fenêtre un peu, j’ai écouté aux portes pour savoir ce que les gens en disaient pis ça me stress un peu. Ça a vraiment l’air d’un monde terrifiant. Dans la boîte aux lettres, ça déborde de factures. Sur le calendrier, les jours de congé sont encerclés en rouge parce qu’on a peur de les manquer tellement ils ne sont pas très fréquents. J’ai regardé par la fenêtre, j’ai vu que le lit était défait, c’est normal, ça va vite entre le métro et le boulot. Le loquet à l’air d’être fermé en dedans. Comme si le monde était emprisonné. Ouf, c’est pas long que j’ai reviré de bord.

Ça me fait peur d’être adulte tout de suite. C’est peut-être un peu parce que je trouve ça pas mal compliqué à comprendre les REER pis les CELI. C’est peut-être parce que j’ai le goût de me donner le droit encore un peu de manger des Frootloops pour souper sans me sentir mal. J’aime ça pouvoir me donner l’excuse d’être dans un rush de mi-session pour lésiner sur ma vaisselle en paix. J’aime ça me dire que je pourrais habiter dans une van, partir à l’étranger demain si ça me tentait. J’aime ça que ce soit le bonheur mon boss.

Mais j’ai déjà mon vrai travail d’adulte, je côtoie tous les jours des adultes qui le sont depuis pas mal longtemps. Malgré tout, je ne gère pas ma vie avec beaucoup de sérieux et je ne veux surtout pas que le sérieux gère ma vie. J’ai un chum depuis plusieurs années, on pourrait même dire que je suis casée. Les cartes sont jouées, je pourrais être sur le pilote automatique pour plusieurs années. Ça ne serait pas trop difficile de me projeter dans l’avenir. Mais pourtant, je suis plutôt dans une position précaire, à mi-chemin entre l’adulte et l’ado, une vraie adulescente qui bascule d’une frontière à l’autre de façon intermittente.

Ça ne veut pas dire que c’est mal d’avoir une famille, une maison, une voiture, un chum et des enfants. Ce qui me fait peur dans le monde adulte, c’est d’être pogné là-dedans. De faire des actions sans me poser de questions. Parce que c’est ça que j’ai toujours fait. Parce que c’est ça qu’il faut faire. On dit souvent que les jeunes ne veulent pas s’attacher, s’engager, persévérer. C’est peut-être qu’ils sont trop occupés à chercher le bonheur dans l’instable, le pas planifié dans une vie surbookée. Peut-être qu’ils sont juste tannés de se faire dire les règles du jeu pis qu’ils ont envie de jouer à leur manière.

C’est pour ça que quand j’essaie de me projeter dans le futur, j’arrête la projection assez rapidement. Je veux garder un peu de nomade dans le stable. Un peu de tout croche dans mon droit chemin. Je n’ai pas envie de faire quelque chose avec un scénario déjà tout écrit dans le ciel. Je préfère faire mentir les constellations pis refaire le ciel à ma manière quand ça va me tenter de le faire.

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