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Frederic Tremblay
Audio fil du vendredi 8 mars 2019

Les humeurs de Rosalie : la journée internationale des femmes

Publié le

Une jeune femme devant un papier peint rose.
Rosalie Dumais-Beaulieu revient sur la journée internationale des femmes.   Photo : Radio-Canada

Ce matin, je ne suis pas maquillée. Ça ne me tentait pas vraiment. Ce n'est pas mon activité préférée de m'agglutiner les cils d'un noir charbon quand j'ai encore les yeux dans la colle. Il est 7 h du matin, je ne suis pas maquillée, et je suis une femme. Il y a sûrement quelque chose qui cloche avec moi.

Mon travail, c’est de raconter des histoires, alors ce n’est pas vraiment grave la face qui vient avec. Mais j’avais oublié que je suis une femme, alors tout le monde a le droit de dire son mot sur moi, je crois. En tout cas, ça a toujours été ça.

Parfois, je monte sur mes grands chevaux, d’autres fois je frôle la noyade dans mes larmes. Mais on m’a dit que je devais sûrement être dans ma semaine ou sur le point de l’être. C’est vraiment pratique d’avoir de purs inconnus qui connaissent aussi bien mon cycle. Une chance qu’ils sont là parce que je suis une femme et j’exagère tout pendant toute la moitié du mois.

Je crois que je ne peux pas diriger une grande entreprise. Les femmes sont seulement 15 % à être à la tête des entreprises. Pourtant, 53 % des diplômées universitaires sont des femmes. Mais quelqu’un a dû leur dire que ça n’avait pas de bon sens d’être aussi haut dans l’échelle. De toute façon, nous, les femmes, c’est dans notre génétique d’avoir des ambitions familiales et de faire taire les pulsions entrepreneuriales. C’est un homme un jour qui m’a dit ça.

Je suis une femme et je reçois souvent des messages inappropriés sur les réseaux sociaux. Mais je l’ai peut-être cherché, j’ai publié une photo de moi à la plage tout à l’heure. Quand je passe à la télévision, j’ai toujours des demandes d’amis masculins sur Facebook. Jamais des femmes. Mais ça doit être un hasard qui se répète chaque fois depuis 2 ans. Puis dans le métro, peut-être que les regards insistants des hommes sur moi ne sont que des compliments. Je ne fais qu’exister, après tout, mais je l’ai sans doute un peu cherché. Je suis une femme, c’est difficile de l’oublier.

J’aime beaucoup voyager, mais je ne pourrai sans doute jamais rayer tous les pays de ma liste. Ça serait dangereux, parce que je suis une femme. Des hommes pourraient s’en prendre à moi. Je me demande si on les a avertis de ne pas faire ça.

En France, des hommes ont harcelé des femmes journalistes pendant plusieurs années de manière insistante et violente sur les réseaux sociaux, tout en se cachant derrière le pseudo de La Ligue du Lol. Mais ça ne sert à rien d’être féministe, on m’a dit.

Peut-être que je devrais spécifier que j’aime les hommes, sinon je vais passer pour une frustrée. C’est juste que j’aimerais ça être la seule à me gérer, mais faut croire que c’est plus compliqué que ça d’être une femme. C’est sans doute inutile de faire une chronique de plus là-dessus. Mais aujourd’hui, c’est ma journée, et pour une fois, j’aimerais ça arrêter de me défendre d’exister.

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