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Frederic Tremblay
Audio fil du vendredi 22 février 2019

Les humeurs de Rosalie : les commentaires sur Facebook

Publié le

La journaliste et chroniqueuse Rosalie Dumais-Beaulieu avec une photo de clavier d'ordinateur en arrière-plan.
Rosalie Dumais-Beaulieu en a marre des commentaires désobligeants publiés sur les réseaux sociaux.   Photo : Radio-Canada / Vicky Boutin

J'ai l'impression qu'on est tous frustrés si je me fie à ce que je vois sur internet. On dirait que tout le monde a besoin de l'exprimer sur les réseaux sociaux. Ça fait un moment que j'essaie de comprendre pourquoi.

C'est peut-être l'hiver. C'est vrai qu'on est tous écœurés de l'hiver. On pelte ben fachés nos entrées. On rentre dans l'auto on est à boutte, les bras morts d'avoir trop balayé, on rentre en dedans embués dans notre myopie qu'on a juste envie d'envoyer promener. On ne veut pas sortir de notre lit parce que maudit qu'il fait frette en dehors des couvertes, maudit que l'hiver va être long cette tannée!

On est fâchés depuis des mois. C’est comme si le frette nous avait pogné en dedans pis qu’on est loadés comme des guns depuis ce temps. Frustrés de ne pas savoir où tirer pour se sentir aussi légers que pendant l’été. Ça doit être ça, hein? Une colère saisonnière. J’espère que c’est ça. J’espère que Ginette avec sa photo de profil de chat n’est pas aussi méchante que ça dans la vraie vie.

J’aimerais ça que ce soit ça. J’aimerais ça que les commentaires soient juste saisonniers pis qu’un vent chaud puisse tout effacer. Mais les écrits restent pis rentrent dedans. Des p’tites explosions à retardement de l’autre bord de l’écran. La colère, ce n’est pas juste fracasser des assiettes dans le mur. C’est aussi salir son mur de publications qui invitent à la frustration.

J’essaie de comprendre ce qui peut pousser les gens à insulter, bouillonner de la haine, grogner de l’agressif gratis, s’outrer à outrance, cracher du racisme, provoquer le vicieux pis regarder ça aller en était ben fier de ses likes. Ce sont des Jean-Luc, des Alexis, des Monique pis des Sabrina qui n’y pensent peut-être pas à deux fois avant de faire leur déversement de méchant publiquement.

Je suis chanceuse, je n’ai jamais de commentaires méchants, ou presque. Quelqu’un m’a déjà écrit pour me dire que j’étais laide. Juste de même. Ce matin-là, il y avait de la frustration qui avait besoin d’être évacuée. Quand ça arrive, je me dis qu’au moins, je construis ma carapace petit peu par petit peu. Mais c’est un peu nono que ce soit moi qui aie besoin de me construire quelque chose alors que tous ceux qui commentent des choses absolument horribles sur Facebook ne se lèvent pas deux minutes pour déconstruire leurs idéaux qui détruisent tout sur leur passage.

C’est un tout petit exemple de mon expérience personnelle, mais il y en a pour qui recevoir de la haine, c’est quotidien. Cette semaine, 7 enfants syriens sont morts dans un incendie dans une maison à Halifax. Les commentaires sous la publication de l’article étaient tout simplement horribles à lire. Autre exemple, complètement différent : À Saint-Lambert cette semaine, les élus annonçaient une hausse salariale, justifiée, entre autres, par la pression qu’ils subissent de la part des citoyens sur les médias sociaux. Peu importe ce qu’on en pense, il y a peut-être des questions à se poser.

J’aimerais juste ça qu’on garde les tempêtes en hiver et qu’on arrête de les créer dans les verres d’eau des réseaux sociaux. J’aimerais ça que le chaleureux reprenne sa place dans le cœur de tous les Facebouqueux. Personne ne vous oblige à être pas fins. Mais obligez-vous à prendre deux ou trois grandes respirations avant de vous lancer dans la tourmente d’un torrent de méchant pis pensez à l’autre bord de l’écran.

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