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Marie-Lou St-Onge
Audio fil du vendredi 19 octobre 2018

« La plante » : un autre brin de folie avec Mehdi Cayenne

Publié le

Un homme est dans un studio de radio et regarde la caméra.
Le compositeur-interprète, Mehdi Cayenne.   Photo : @mehdi_cayenne - Instagram

Après une semaine où la légalisation du cannabis a occupé beaucoup de place dans l'actualité, notre chroniqueur Mehdi Cayenne fait une réflexion sur cette plante qui possède beaucoup d'histoire.

« La plante »

Je vous parle aujourd'hui d'une plante. Une plante sur laquelle on a imprimée la première bible de Gutenberg, une plante qui pousse plus vite que la majorité des autres, avec laquelle on peut faire des textiles, du papier, des vêtements, des cordes, des plastiques biodégradables, des bijoux, de la peinture, du matériel isolant, de l'essence, de la nourriture... et qu'on peut fumer. Une plante qui vaut beaucoup d'argent.
Comme vous le savez sûrement, le cannabis est maintenant légal au Canada.

À première vue, c'est bien, si on compare à ce qui nous attend si on est pris avec cette plante ailleurs dans le monde.... Amendes, prison, torture, peine capitale...

Il existe néanmoins une vérité inconfortable à prendre en compte en ce qui concerne la légalisation du cannabis au Canada: l'injustice demeure pour beaucoup trop de gens.

Tel que démontré par une requête du droit à l'information de Vice auprès des corps policiers du Canada entre 2015 et 2017, les victimes de la criminalisation du cannabis sont disproportionnellement des personnes racisées: À Vancouver, les personnes autochtones sont près de sept fois plus susceptibles que les Blancs d'être arrêtées pour possession de cannabis. À Calgary, les personnes autochtones et les personnes noires sont environ trois fois plus susceptibles que les Blancs d'être arrêtées. À Regina, les personnes autochtones et les personnes noires ont été arrêtées sept et cinq fois plus souvent que les Blancs. À Ottawa, les personnes autochtones et les personnes noires sont respectivement quatre et cinq fois plus susceptibles d'être arrêtées que les Blancs.

Il y a présentement pas moins de 500 000 citoyens qui ont un casier judiciaire lié à la simple possession de marijuana.

Un casier judiciaire pour cannabis peut empêcher une personne de louer un appartement, d'être admissible à une hypothèque ou d'être acceptée dans certains programmes universitaires.

Qu'en est-il de tous ceux et celles qui sont en prison, qui ont perdu leurs enfants, à cause de leur consommation personnelle? Alors qu'Ottawa dit explorer la possibilité d'accorder une amnistie pour ces crimes, on ne sait pas exactement quand et si cela se produira.

Le gouvernement a confié l'économie du ganja aux personnes qui ont perdu la guerre contre la drogue: les policiers et les politiciens responsables de la destruction de tant de vies en transformant les fumeurs de pot en criminels. On leur a donné les clés du coffre-fort. Ils profiteront des mêmes activités qu'ils avaient l'habitude de poursuivre. Les nouveaux dealers qui s'enrichiront seront des ex-policiers, politiciens, consultants, PDGs de compagnies pharmaceutiques, comme Kim Derry, Ernie Èves, Julian Fantino, Barry Daniel, et beaucoup d'autres. C'est d'une ironie consternante.

Ça me rappelle ces paroles de Bob Marley à ce sujet: « Pourquoi ces gens qui veulent faire tant de bien à tout le monde, qui s'appellent gouvernements et ceci et cela, pourquoi disent-ils qu'il ne faut pas utiliser l'herbe? Ils ne veulent pas qu'on fume parce que selon eux, ça nous rend rebelles. Contre quoi? Contre des hommes qui veulent nous faire croire qu'il n'y a pas plus important dans la vie que les biens matériels, qui nous obligent à travailler toute notre vie pour leur retraite, et qu'eux gardent tout. Alors l'herbe nous rend responsables de nous même - au lieu de travailler pour d'autres maîtres, on veut être son propre maître - pas au sens où eux l'entendent - car pourquoi devrions-nous obéir à leurs règles? Vous êtes libres, vous êtes votre propre personne ».

Mon ami John Akpata m'avait expliqué jadis que le mot « spliff » signifiait aussi un bout de bois qu'on utilise pour allumer un feu. Je nous souhaite que ce feu qu'on attise avec ce spliff en soit un de justice, et de liberté, pour tous, pour toujours, et sans exception.

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