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Marie-Lou St-Onge
Audio fil du vendredi 7 septembre 2018

Brin de folie avec Mehdi Cayenne

Publié le

Mehdi Cayenne
Mehdi Cayenne   Photo : Radio-Canada / Alexis Gacon

Aujourd'hui pour son Brin de folie, Mehdi Cayenne nous parle de la rentrée culturelle.

Ce qu’il faut voir. Ce qu’il faut entendre. Ce que l’on nous fait voir. Ce que l’on nous fait entendre. Campagnes promotionnelles, communiqués de presse, entrevues radio, articles de journaux, expositions, salons, premières, supplémentaires, incontournables, géants, émergence, tarifs réduits, grand public, nostalgie, découvertes - l’effervescence à nos portes, cap sur l’avenir, grande rétrospective, à grand déploiement, publicité sauvage, marketing 2.0, impact économique, la culture au taquet, la culture à rabais.

La rentrée culturelle a un arrière-goût de vocation marchande - l’autre culture n’a pas de saison, elle se passe de rentrée, une fois rentrée, elle ne sort plus. La culture qui permet d’élever des vaches, d’identifier des champignons, la connaissance des mers, la culture philosophique qui permet de distinguer Léonora Miano de Richard Martineau - ce sont des cultures, des savoirs, dont on entend rarement parler! On parle de singles radio, mais trop peu de musique. On parle de livres, mais trop peu de littérature. On parle de films, mais trop peu de cinéma. Mais une starlette franco-ontarienne comme Mehdi Cayenne ira au micro pour vendre sa salade. On imagine que ce qui sortira de ma grande bouche sera d’une valeur certaine - je suis quand même une starlette franco-ontarienne! Mais trop peu les enseignantes, trop peu les concierges, trop peu les pompiers, les infirmières, les marins, les allumeuses de cierge.

La rentrée culturelle est à quelques-uns; l’autre culture est à tous. La rentrée culturelle est affaire de privilégiés, d’héritiers. L’émission commence et on semble ben le fun dans une vie formidable, foudroyante, on parle de ce que l’on sait - ce que l’on croit savoir - plutôt que de s’admettre qu’on tâtonne dans le noir. Et quand l’émission est finie, on n’aura pas parlé d’idées, on n’aura pas mis le doigt sur ce qui nous éberlue, nous interloque, nous interroge. Tout ce que l’on ne sait pas se résume au silence. Mais le silence est l’ennemi du marketing - c’est du dead air - un air mort, dans lequel rien ne se vend, rien ne s’explique. Ainsi dans le grand bruit sourd de la rentrée culturelle, trop peu de place pour le silence, trop peu de place pour l’inexplicable, l’hors-catégorie, le complexe.

La rentrée culturelle est trop souvent l’étendard d’un certain lifestyle, d’une distinction de classe (qui peut se payer le billet?), d’une forme de divertissement. Et ce n’est pas que je crache dans la soupe - je suis bien sûr honoré d’y participer, à la rentrée culturelle - heureux d’être invité, d’être dans le coup, dans la game. Mais j’ai toujours le doute que si je ne fais pas attention, il me suffira pour parler sur les ondes publiques d’être rigolo, agréable, passe-partout, vanille française… Et qu’à force de vouloir se plier au marché, que la culture soit synonyme de gloussements, de bien-être, de consensus à tout prix. Il nous faut voir ceux et celles qu’on ne voit jamais sur les podiums, dans les galas - entendre ceux et celles qu’on n'entend jamais à la radio, dans les médias.

Si la culture est à tout le monde, laissons parler le monde et ses cultures. La culture est tout sauf affaire de style de vie. On parle d’opinions mais trop peu d’idées. On parle de ce que l’on pense et mais trop peu de la pensée - j’opine donc je suis. Et pourtant… Année après année, ce qu’il faut voir; ce qu’il faut entendre me semble se passer de rentrée. Et ce faisant, pendant que la rentrée culturelle bat son plein et que les projecteurs s’activent, dans l’ombre, l’autre culture attend - tout près de la sortie.

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