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Joël Le Bigot
Audio fil du samedi 14 avril 2018

Notre rapport aux animaux a changé : décryptage avec trois chercheurs

Publié le

un boucher mesure la température d'un porc à l'aide d'un thermomètre.
Le métier de boucher se transforme et intègre des notions d'éthique animale   Photo : iStock

Le végétalisme intégral gagne du terrain, le droit animal se développe, les amateurs de viande sont maintenant soucieux de respecter la bête. Les humains continuent néanmoins de causer du tort aux animaux, parfois par des moyens qui semblent aussi inoffensifs que des égoportraits de vacances. Voilà autant de sujets abordés lors du colloque L'animal et l'humain à l'Université de Montréal, résumés à notre micro par les chercheurs Valéry Giroux, Vincent Lavoie et Geneviève Sicotte.

Quand le droit animal évolue
Bonne nouvelle : le droit de l'animal est désormais enchâssé dans la constitution suisse et le Parti animaliste de France a obtenu un peu plus de 1 % des votes aux dernières élections. Valéry Giroux, professeure à la Faculté de droit de l'Université de Montréal et au Département de philosophie et d'éthique appliquée de l'Université de Sherbrooke, étudie le développement de l'éthique animale au sein de l'appareil législatif de certains pays ou de certaines villes.

Il y a un mouvement social grandissant de libération animale, et même si on est encore loin d'une réglementation satisfaisante de la production industrielle de la viande, la reconnaissance du fait que les animaux peuvent souffrir et éprouver du plaisir est de plus en plus acquise un peu partout dans le monde.

Valéry Giroux, professeure à la Faculté de droit de l'Université de Montréal et au Département de philosophie et d'éthique appliquée de l'Université de Sherbrooke

Quand l'homme invente de nouvelles manières de contraindre l'animal
« Les groupes de défense des animaux mènent une nouvelle bataille contre l'industrie touristique qui incite les voyageurs à se photographier avec des animaux exotiques, une pratique qui peut être très dommageable pour certaines espèces », explique le chercheur Vincent Lavoie.

Les touristes sont souvent bien intentionnés, sensibles au bien-être animal, mais ils ne savent pas que leur égoportrait est possible parce que l'industrie touristique, en arrière-plan, adopte des pratiques dommageables, comme la malnutrition des animaux et l'arrachement brutal à leur habitat naturel. L'industrie touristique sud-américaine est particulièrement dénoncée.

Vincent Lavoie, professeur au Département d’histoire de l’art de l’UQAM et spécialiste de l’histoire de la photographie

En tant que spécialiste de la photographie, Vincent Lavoie s'intéresse également à ce sujet dans une perspective artistique et historique, constatant un changement radical des mœurs. L'ancien courant de la photographie de safari, par exemple, préférait laisser croire à l'illusion d'avoir croqué les bêtes dans leur habitat naturel tout en gardant avec elles une certaine distance. Plus ça change, moins c'est pareil!

Quand la viande est anoblie
À nos yeux de consommateurs contemporains, l'achat de viande est de plus en plus problématique, vu notre conscience accrue de la souffrance de l'animal et des modes de production industriels cruels. Le végétalisme n'est toutefois pas la seule voie que nous empruntons pour transformer notre consommation. La chercheuse Geneviève Sicotte, professeure au Département d’études françaises de l’Université Concordia et spécialiste en études gastronomiques, constate une volonté de manger de la viande qui proviendrait d'une autre source, comme dans la tradition autochtone où le respect de l'animal est primordial, ou dans une perspective festive, qui fait de l'animal une richesse à déguster et à célébrer dans son entièreté et dans un véritable art de la table. Pour y réfléchir, elle s'appuie entre autres sur le livre Un thé dans la toundra, de Joséphine Bacon, et sur les émissions télévisuelles du chef Martin Picard.

Ces nouveaux paradigmes de consommation de la viande s'appuient sur une reconnaissance de la mise à mort de l'animal, qu'on ne camoufle plus, mais que l'on tente de réaliser dans un certain respect, tout en se montrant conscient de la violence du geste et en tentant d'en amoindrir la portée.

Geneviève Sicotte, professeure au Département d’études françaises de l’Université Concordia et spécialiste en études gastronomiques

Au sujet du colloque L'animal et l'humain Représenter et interroger les rapports interespèces

« Ce colloque, qui s’inscrit dans le champ émergent des études animales, s’est proposé d’étudier les rapports interespèces dans les productions esthétiques, l’imaginaire contemporain et les sociétés occidentales. Réagissant au phénomène social du mouvement végétalien, le comité organisateur a lancé un appel très large afin d’entendre le point de vue d’artistes, de professeurs et d’étudiants, dans des domaines aussi variés que la littérature, le théâtre, le jeu vidéo, les arts visuels, le droit, la sociologie, la psychologie, l’éthique animale et les études féministes. »

Il a été organisé par Jérôme-Olivier Allard (UdeM), Fanie Demeule (UQAM), Marion Gingras-Gagné (UQAM) et Marie-Christine Lambert-Perreault (UQAM).

À consulter : le site web du colloque

À noter :
- Notre invitée Geneviève Sicotte a codirigé la publication Gastronomie québécoise et patrimoine, aux Presses de l'Université du Québec
- Notre invitée Valéry Giroux est coauteure du livre Le véganisme, dans la collection Que sais-je?, aux Presses universitaires de France
- Notre invité Vincent Lavoie a dirigé l'anthologie La preuve par l'image, aux Presses de l'Université du Québec

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