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Joël Le Bigot
Audio fil du samedi 31 mars 2018

Le Québec s’impose comme fief de la recherche sur la radicalisation

Publié le

Sami Aoun, professeur à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke
Sami Aoun, professeur à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke   Photo : Radio-Canada / Laurent Boursier

Épargné par les attentats djihadistes qui ont terrassé l'Europe ces dernières années, le Québec a une « distance critique salutaire » par rapport à la question de la radicalisation et dispose de nombreux experts mondialement reconnus sur le sujet, selon le politologue Sami Aoun. Hôtesse de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l'extrémisme violents, la province est désormais aux premières loges de la recherche sur la montée des extrémismes violents.

Même si le Québec a aussi connu des événements violents motivés par un certain repli identitaire, comme l'attentat à la grande mosquée de Québec l'an dernier, la province n'est pas la cible de menaces terroristes comme ont pu l'être certains pays européens au cours des dernières années. « Pour cette raison, indique Sami Aoun, les chercheurs d'ici peuvent réfléchir à la radicalisation dans un certain calme et avec la distance critique nécessaire. » Le professeur à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke a été nommé directeur du comité scientifique de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l'extrémisme violents.

L'autre avantage du Québec et du Canada est d'être bien situés géographiquement et politiquement, pouvant porter à la fois leur regard sur la situation des pays en voie de développement au sud et sur ce qui se passe dans les démocraties libérales occidentales, dont ils font partie.

Sami Aoun, directeur du comité scientifique de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l'extrémisme violents

La présence du Centre de prévention pour la radicalisation menant à la violence, un important organisme installé à Montréal depuis mars 2015, ainsi que de l'Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent de l'Université de Sherbrooke, a contribué à la décision de l'UNESCO d'implanter la Chaire au Québec, pour pouvoir travailler en complémentarité avec ces organismes.

La radicalisation, un champ encore très méconnu
Il y a urgence de procéder à des recherches plus approfondies sur la radicalisation, selon Sami Aoun, parce que le phénomène est encore très méconnu. Pour y arriver, la Chaire prévoit favoriser une approche interdisciplinaire, réunissant psychologues, sociologues, théologiens et politologues.

Il faut améliorer les connaissances actuelles, qui définissent en premier lieu la radicalisation à partir de sa composante idéologique. « Il n'est pas facile de trouver une définition claire à la radicalisation, explique Sami Aoun, mais nous nous entendons généralement sur le fait que l’acte radical violent est accompagné d'un enrobage idéologique et qu'il est motivé par des justifications religieuses, politiques ou identitaires. Autrement, il ne s'agit pas de radicalisation, mais de simple criminalité. Nous faisons une distinction entre la radicalité négative, soit l'usage de la violence sans débat ni dialogue pour imposer sa vision du monde, ce qui est condamnable en démocratie, et la radicalité positive, qui mène à prendre une position radicale et hors norme pour prôner le progrès et le bien de l'humanité, comme l'ont fait Gandhi et Martin Luther King. »

De même, le profil type de la personne radicalisée ne saurait être établi clairement pour l'instant, même si l'on peut en définir certains contours : peu éduquée, issue d'un quartier difficile et d'une situation familiale chaotique, victime d'un sentiment de stigmatisation et de frustration généralisée par rapport à sa condition. « Ce sont des tendances lourdes, précise Sami Aoun, mais il faut être prudent en tirant ce genre de conclusions. Il est tôt pour être en mesure de fournir un portrait complet et nuancé. »

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