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Un robot sexuel aux traits de Justin Trudeau est-il moralement acceptable?

Samedi et rien d'autre

Avec Joël Le Bigot

Le samedi de 7 h à 11 h

Un robot sexuel aux traits de Justin Trudeau est-il moralement acceptable?

Audio fil du samedi 25 mai 2019
Portrait de Justin Trudeau qui parle devant un fond noir.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

Photo : La Presse canadienne / DARRYL DYCK

Voilà la question, d'apparence rigolote mais bel et bien sérieuse, que pose le chercheur Martin Gibert dans sa recherche doctorale. En marge du congrès de l'Association francophone pour le savoir (Acfas), Joël Le Bigot s'intéresse aussi aux recherches de Joséphine Bruguet sur les visiteurs à la recherche de leurs doppelgängers au musée, de Louise Mazauric sur une architecture inspirée par la nordicité et de David Lewis sur l'espace-temps japonais.

Ces robots sexuels qui déroutent nos certitudes morales

Est-il mal d’utiliser un robot sexuel ressemblant à Justin Trudeau (ou à n'importe qui d'autre) sans le consentement de ce dernier? Martin Gibert réfléchit à cette grande question en tant que doctorant en philosophie et agent de recherche en éthique de l’intelligence artificielle à l'Institut de valorisation des données de l'Université de Montréal. Les robots sexuels et autres nouvelles technologies sexuelles immersives et interactives bousculent notre horizon moral, selon ce qu'a constaté le chercheur.

Utiliser un robot sexuel peut-il faire indirectement du mal à un être humain? Jusqu’à maintenant, les recherches montrent que ces robots peuvent contribuer à renforcer des stéréotypes et faire mal à des catégories de personnes, par exemple les femmes ou les personnes racisées. Toutefois, cela peut-il faire du tort à des personnes précises, si les robots sont humanoïdes et prennent les traits d’une personne réelle, avec une voix de synthèse qui s'apparente à celle de la personne? C'est la question que je me pose.

Martin Gibert, doctorant en philosophie

Ses recherches creusent la question du fantasme mettant en scène des personnes précises. Celui-ci est généralement considéré comme moralement acceptable par les philosophes, qui appuient leur réflexion sur un principe de non-nuisance à la personne fantasmée. « Toutefois, le robot sexuel, qui va en quelque sorte au-delà du fantasme, crée un malaise supplémentaire », précise le chercheur.

Appropriation des œuvres d’art par le public : le cas du doppelgänger

Joséphine Bruguet, étudiante à la maîtrise en muséologie à l'Université du Québec en Outaouais, s'intéresse au phénomène du doppelgänger au musée. Qu'est-ce à dire? Un doppelgänger est un sosie, ou un double, que les visiteurs d'un musée traquent dans les œuvres anciennes. À la recherche de leur sosie, ils en publient ensuite les photos sur les réseaux sociaux : un phénomène que les musées se réapproprient pour leur propre marketing. « La quête du doppelgänger attire des jeunes au musée », conclut la chercheuse.

Quand le climat nordique favorise de nouvelles architectures

La thèse de Louise Mazauric, titulaire d’une double maîtrise en architecture et en sciences de l’architecture, a pour titre Habiter le climat nordique : processus expérimental de génération de la forme architecturale. Le chercheuse s'intéresse aux formes naturelles créées par le vent et le climat froid, lesquelles devraient servir à la réinvention de l'architecture au Québec.

Les architectes doivent-ils lutter contre le climat ou plutôt s’en servir pour dessiner des bâtiments qui en tiennent compte et l’intègrent? C'est la question qui domine mon travail. Le flux du vent, par exemple, a un côté esthétique. Il dessine des stalactites, ou des formes mouvantes et aérodynamiques sur les blocs de neige et de glace. À partir de ce constat, j'ai testé l’effet du vent hivernal sur des modèles réduits de projets architecturaux.

Louise Mazauric, membre du Groupe de recherche en ambiances physiques de l’Université Laval

Les Japonais vivraient dans un autre espace-temps

David Lewis est doctorant en anthropologie à l’Université de Montréal et détenteur d’une maîtrise en physique. Ses recherches tentent de démontrer que « l’espace-temps japonais est différent de l’espace-temps occidental, malgré le fait que les Japonais aient importé en partie notre espace-temps cartésien. Leur façon de vivre l’espace-temps reste subjective et surtout moins linéaire qu’en Occident ».

Pour le démontrer, il se sert du cinéma comme exemple, notamment à partir du troisième film de la série policière japonaise Bayside Shakedown. « Dans l’espace-temps cinématographique, dit-il, certains auteurs font la distinction entre le cinéma d’atmosphère japonais où la logique n’est pas toujours respectée, et le cinéma hollywoodien d’intrigue, où la logique de causalité est plus claire. »

Le congrès de l'Acfas (Nouvelle fenêtre) se tiendra à Gatineau du 27 au 31 mai.

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