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Joël Le Bigot.
Audio fil du samedi 18 mai 2019

« Ambiancer » dans le nouveau Larousse : un sympathique mot africain

Publié le

Guy Bertrand, premier conseiller linguistique de Radio-Canada
Guy Bertrand, premier conseiller linguistique de Radio-Canada   Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Soutière

Difficile de critiquer le mot « ambiancer », selon Guy Bertrand, premier conseiller linguistique de Radio-Canada. Admis dans le dictionnaire Le petit Larousse illustré en même temps que « divulgâcher » et « emportiérage », ce néologisme africain est bien structuré et évoque de manière sympathique l'univers de la fête. Notre collègue est toutefois moins convaincu par le verbe « impacter ».

On ne peut pas porter un jugement de valeur sur ce mot. Il est bien formé et il respecte la morphologie du français. Pour bien le comprendre, il faut s’intéresser à son origine. C'est un mot qui nous arrive d’Afrique et qui signifie "faire la fête et sortir en boîte de nuit", comme dans la phrase : "Il ne pense qu’à aller s’ambiancer." On peut aussi utiliser le mot "ambianceur".

Guy Bertrand, premier conseiller linguistique de Radio-Canada

Ne nous méprenons toutefois pas sur le rôle des dictionnaires, comme Le petit Larousse illustré. Notre collègue nous met en garde : les dictionnaires ne sont pas prescriptifs et ne déterminent pas les normes. Ils décrivent l'usage. « Les dictionnaires ajoutent des mots et en retranchent chaque année, au gré des usages changeants. C'est le cas de tous les dictionnaires français sauf Le petit Robert, qui les conserve tous, à l’exception de ceux qui ont été enlevés lors de sa grande refonte de 1993. »

Impacter, un mot qui n'ajoute rien à la langue française

Le néologisme « impacter », également admis au Petit Larousse illustré 2020, pose davantage problème, selon l'analyse de Guy Bertrand. « C’est un mot issu de l’anglais "impacted", qui est en usage dans le secteur de la gestion du personnel et du marketing, et qui veut dire "avoir de l'influence". Or, il n'est pas bien conçu. Si on utilisait correctement le mot ­"impacter" en français, ça voudrait dire "entrer en collision avec". »

Le mot « emportiérer », inventé au Québec, poserait aussi problème. Sa morphologie, semblable au mot « emmurer », impliquerait que sa définition soit « entourer de portières », alors que les cyclistes québécois lui donnent le sens de « percuter un cycliste avec une portière ».

Au lieu d'adopter des anglicismes, nous aurions peut-être intérêt à emprunter des néologismes aux Africains, qui font toujours preuve d'une belle inventivité, selon le linguiste. Au Togo, par exemple, on parle d'une « balle perdue » pour désigner un enfant illégitime. Au Bénin, l'expression « mourir dans les cheveux noirs » signifie mourir jeune, avant que sa chevelure ait commencé à grisonner. Une autre expression intéressante est « faire caïman », qui signifie « étudier en cachette la nuit, sans que le surveillant du pensionnat s'en aperçoive ».

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