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Joël Le Bigot
Audio fil du samedi 16 mars 2019

La démocratie en péril dans le monde, selon deux professeurs de Harvard

Publié le

Un bulletin de vote qui est déposé dans une boite de scrutin
Un bulletin de vote qui est déposé dans une boite de scrutin   Photo : La Presse canadienne / Presse canadienne/Chris Young

La popularité des leaders aux tendances autocrates a augmenté dans plusieurs pays démocratiques. Comment faire pour reconnaître ces politiciens? Comment font-ils pour gruger petit à petit les avancées démocratiques? Le politologue Julien Tourreille a lu La mort des démocraties, des auteurs Daniel Ziblatt et Steven Levitsky, qui vient de paraître en traduction française.

Depuis l’élection de Donald Trump en 2016, l'état de la démocratie américaine inquiète les deux chercheurs associés au plus célèbre établissement d'enseignement supérieur américain, l'Université Harvard. Les États-Unis ont longtemps été considérés comme la démocratie phare du monde, mais le 45e président de la première république de l’histoire moderne semble reprendre des tactiques répandues chez certains autocrates célèbres.

Le bon fonctionnement de la Constitution américaine, adoptée en 1787, dépend du respect de deux règles implicites, selon Julien Tourreille, soit le respect mutuel entre adversaires et une certaine retenue institutionnelle, c’est-à-dire de ne pas utiliser les pleins pouvoirs établis par la Constitution. Ces deux règles sont menacées, selon l'essai qui est devenu un incontournable de l’analyse de la politique actuelle aux États-Unis depuis sa parution en anglais l’an dernier.

Ces deux éléments, ces règles implicites très fortes dans la démocratie américaine, tendent à s’éroder un petit peu, ce qui ouvre la voie à une dérive.

Julien Tourreille, politologue en résidence à la Chaire de recherche Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal

L’attachement de Donald Trump aux principes démocratiques est ouvertement remis en question dans cet ouvrage qui a fait couler beaucoup d’encre chez nos voisins du sud.

« C’est vrai que, lorsqu’on regarde le parcours politique de Donald Trump, explique Julien Tourreille, ses attaques répétées contre les médias, qu’il qualifie d’ennemis du peuple, et le département de la Justice, qu'il mobilise contre ses adversaires politiques […], son attachement aux principes démocratiques, on peut tout de même en douter. »

Description de l'éditeur : La mort des démocraties, de Daniel Ziblatt et Steven Levitsky

Les démocraties ne meurent plus comme naguère, avec des coups d’État et des tanks dans la rue. Les gouvernements autoritaires s’installent désormais au pouvoir à la suite d’élections régulières. Commence alors un processus discret de démantèlement des institutions démocratiques qui remet en cause l’indépendance de la justice, limite la liberté de la presse, noyaute les instances arbitrales et redécoupe de manière partisane la carte électorale. Comment en arrive-t-on là? C’est la question à laquelle répondent Steven Levitsky et Daniel Ziblatt, avec La mort des démocraties.

Ils montrent que les institutions démocratiques ne peuvent se défendre toutes seules; elles doivent être encore accompagnées par les bonnes mœurs démocratiques des acteurs politiques : la tolérance et la retenue. Sans quoi, elles se vident de leur substance. Dans ce livre écrit dans une langue claire, Levitsky et Ziblatt analysent les dictatures du 20e siècle ainsi que les expériences autoritaires plus récentes en Hongrie, au Venezuela, au Pérou, et… aux États-Unis avec Trump. Ils montrent que l’une des premières causes de la mort des démocraties est l’introduction des comportements de guerre civile à l’intérieur même de nos débats démocratiques. Une leçon plus que jamais nécessaire pour nos démocraties européennes confrontées à la tentation autoritaire.

Remonter l’histoire jusqu’à Hitler et Mussolini

Le livre replonge aussi dans l’histoire de l’Europe de la première moitié du vingtième siècle où Hitler et Mussolini se sont d’abord hissés au pouvoir en utilisant l’appareil démocratique de leur pays avant d’en éliminer les structures fondamentales.

« Quand on voit le contexte européen en ce moment, ajoute Julien Tourreille, c’est quand même intéressant de se souvenir comment les régimes hitlériens et mussoliniens sont arrivés au pouvoir en Allemagne et en Italie dans les années 1920 et les années 1930. Ça incite à la vigilance. »

Donald Trump en pleine allocution.
Donald Trump accuse les démocrates d'être responsables de la caravane de migrants d'Amérique centrale qui a fait route vers la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Photo : Associated Press/Susan Walsh

La lente disparition des démocraties

Les auteurs du livre expliquent comment, historiquement, les démocraties ne disparaissent pas dans un grand moment de violence qu’on peut prévoir à temps pour mobiliser l’opinion publique. Au contraire, les autocrates vont très bien jouer avec les principes démocratiques pour accéder au pouvoir, mais aussi pour consolider ce pouvoir, le plus souvent au nom de la défense de la démocratie.

Les quatre indicateurs clés d’un comportement autoritaire

La mort des démocraties, p. 33

  1. Le rejet ou la faible adhésion aux règles du jeu démocratique;
  2. La contestation de la légitimité des opposants politiques;
  3. L'intolérance ou l’encouragement à la violence;
  4. La propension à restreindre les libertés civiles de l’opposition ou des médias.

Dans un scénario pessimiste, Daniel Ziblatt et Steven Levitsky s’inquiètent que Donald Trump pourrait ne pas accepter les résultats du prochain scrutin à la présidence en 2020 s’il n’est pas réélu, prétextant que le système électoral est vicié, contre lui, comme il l'a déjà fait. Les auteurs se préoccupent en particulier des partisans du président qu’il pourrait entraîner dans son mensonge et ainsi affaiblir la confiance du public envers les institutions démocratiques.

Le taux de fraude électorale est très faible aux États-Unis, selon ce qu'a déjà révélé une enquête du gouvernement américain. Règle générale, c’est aussi dans les communautés afro-américaines où le droit de vote est le plus brimé, encore aujourd’hui aux États-Unis, et ces communautés ne sont pas reconnues pour être les plus grandes admiratrices du président en poste actuellement à la Maison-Blanche.

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