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Joël Le Bigot.
Audio fil du samedi 23 février 2019

Crise en Haïti : pourquoi si peu de migration vers la République dominicaine?

Publié le

Groupe de citoyens haïtiens s'empressant de traverser la frontière, munis de marchandises, sous la supervision armée d'un soldat
Des Haïtiens traversent la frontière quotidiennement pour vendre leurs produits dans les marchés de la République dominicaine.   Photo : Getty Images / ERIKA SANTELICES

Pendant que les Haïtiens envahissent les rues pour manifester contre la corruption, leurs voisins immédiats de la République dominicaine semblent couler des jours plus paisibles. Une longue histoire d'amour-haine entre ces deux territoires rend compliquée la migration des Haïtiens vers le pays voisin, analyse Frantz Voltaire, directeur du Centre international de documentation et d'information haïtienne et caribéenne.

À partir du début du 20e siècle, dans le sillon de l'expansion de l'industrie sucrière américaine ayant favorisé la République dominicaine, les Haïtiens ont de plus en plus migré vers leur pays voisin. Jadis, ces deux contrées ont aussi été sous le joug des États-Unis, qui occupaient leurs territoires et en ont fait leur « arrière-cour » économique dans les années 1920 et 1930. Unis depuis toujours par des liens économiques forts, et particulièrement aujourd'hui alors qu'Haïti est considéré par l'élite économique dominicaine comme un second marché pour ses activités, ces pays limitrophes ont une relation particulièrement inégalitaire. « Haïti est très dépendant de l'économie de son voisin, de qui il achète denrées et services, et à qui il fournit entre autres une main-d'œuvre bon marché », explique Frantz Voltaire.

Frantz Voltaire souriant au micro du studio 18 de Radio-Canada
Frantz Voltaire, directeur du Centre international de documentation et d'information haïtienne et caribéenne Photo : Radio-Canada/Laurent Boursier

La situation perdure depuis le début des années 1990, quand l'embargo américain sur Haïti a fait disparaître 450 000 emplois dans la Perle des Antilles. Aujourd'hui, le tourisme dominicain crée un énorme besoin de main-d'œuvre, mais les travailleurs haïtiens sont déconsidérés dans ce marché, où on les embauche à bas prix – et dans de piètres conditions.

Le bon voisinage n'a pour ainsi dire jamais vraiment été possible dans ce coin du monde, malgré des liens étroits dans les sphères économiques et au sein des universités dominicaines, où étudient de nombreux jeunes Haïtiens.

Des conditions déplorables

Frantz Voltaire qualifie carrément de « trafic humain » la situation des travailleurs haïtiens dépêchés en République dominicaine pour travailler dans l'industrie agroalmentaire, le tourisme ou la construction.

Les Haïtiens en République dominicaine sont des employés sous-payés pour nettoyer les chiottes ou planter les semences et faire les récoltes. Les Dominicains sont peu nombreux à daigner faire ce genre de travail, et, par ailleurs, ils sont nombreux à immigrer vers une vie meilleure à Porto Rico ou en Europe.

Frantz Voltaire, directeur du Centre international de documentation et d'information haïtienne et caribéenne

La migration des Haïtiens vers la République dominicaine est également compliquée en raison de la situation aux frontières, lesquelles sont « contrôlées par une armée corrompue qui fait souvent de l'extorsion et des menaces de déportation », comme l'explique Frantz Voltaire.

Suggestion de lecture de Frantz Voltaire :

Les anciens numéros de Chemins critiques, la revue haitiano-caribéenne

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