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Joël Le Bigot
Audio fil du samedi 9 février 2019

Quand les journalistes ont fermé les yeux devant le nazisme

Publié le

Adolf Hitler
Adolf Hitler   Photo : Getty Images / Heinrich Hoffmann

Peu de correspondants de la presse étrangère, travaillant pourtant selon les préceptes d'une presse libre, ont eu le courage de témoigner des réelles violences du régime nazi qui se mettait en place dans l'Allemagne de 1933. Leur étonnant silence est décortiqué par l'auteur Daniel Schneidermann dans le livre Berlin 1933 : la presse internationale face à Hitler.

Certes, les journalistes ont manifesté leur surprise de voir Adolf Hitler élu chancelier de l'Allemagne. « L’état de sidération dans lequel ils ont été plongés est comparable à celui dans lequel ont plongé les journalistes américains quand Trump a été élu en 2016 », illustre Daniel Schneidermann, lui-même journaliste à Libération.

Ces journalistes de la presse étrangère – qui écrivaient notamment pour le New York Times, le Daily Mail, Le Figaro ou Paris-Soir – sont par la suite restés sourds à de nombreuses horreurs du régime. « Ils ont d’abord essayé de traiter le nazisme comme si c’était un régime politique normal, explique Daniel Schneidermann. C’est-à-dire qu’ils n'ont pas changé leurs méthodes, sympathisant avec les nazis pour tenter de leur soutirer des informations, invitant Goebbels à des apéritifs ou tentant de faire des entrevues avec Hitler. » Le journaliste cite par exemple un article du New York Times sur la politique économique hitlérienne, dans lequel la journaliste va jusqu'à demander au chancelier quels sont les aspects « positifs » de la politique antisémite.

Rappelons que l’antisémitisme était courant en Europe depuis l’affaire Dreyfus, et était même considéré comme une opinion licite. J’ai lu par exemple de nombreux papiers antisémites dans Paris-Soir qui faisaient partie de la norme journalistique de l'époque.

Daniel Schneidermann, journaliste et auteur

Ces journalistes ne voyaient-ils donc rien des violences du camp de Dachau, par exemple? Sans doute en étaient-ils conscients, selon Daniel Schneidermann, mais ils avaient plusieurs raisons de ne pas les mettre en lumière. « D’une part, ils ont peur de se faire expulser. D’autre part, pour les directeurs des grands journaux, Hitler est un moindre mal par rapport au communisme. Les patrons et les actionnaires des journaux craignent que le communisme implanté en Union soviétique se répande partout en Europe. Ils sont ainsi prêts à pardonner beaucoup de choses à Hitler s’il arrive à contenir cette menace communiste. »

La solidarité des journalistes étrangers, qui convenaient chaque jour d'une version commune des événements (une pratique appelée « suivisme »), a également contribué à affadir les informations publiées. Il y a eu de très rares exceptions, par exemple, un reportage percutant du Guardian sur la montée de l'antisémitisme dans la région de Francfort en 1933. Cet article a sonné le glas de la présence du journaliste du Guardian en Allemagne. Il n'a pas pu y séjourner par la suite.

À lire :
Berlin 1933 : la presse internationale face à Hitler, de Daniel Schneidermann, Éditions du Seuil

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