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De l'Abitibi-Témiscamingue à Montréal pour combattre la COVID-19 : une travailleuse témoigne

Région zéro 8

Avec Félix B. Desfossés

En semaine de 15 h 30 à 18 h

De l'Abitibi-Témiscamingue à Montréal pour combattre la COVID-19 : une travailleuse témoigne

Rattrapage du lundi 11 mai 2020
L'édifice du Centre de soins prolongés Grace Dart à Montréal.

Une infirmière clinicienne de l'Abitibi-Témiscamingue témoigne de son passage au Centre de soins prolongés Grace Dart.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

À 56 ans, l'infirmière clinicienne à la retraite de Rouyn-Noranda, Elaine Lienart, a entendu l'appel du premier ministre François Legault pour les professionnels de la santé d'aller prêter main-forte à Montréal.

Celle qui a été réembauchée par le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT) revient tout juste d'un marathon d'une semaine au Centre de soins prolongés Grace Dart, durement touché par le coronavirus et où l'armée canadienne intervient aussi en renfort.

Elaine Lienart a accepté de plonger dans cette aventure par pure compassion, dit-elle. Le premier ministre a dit qu'il manquait de bras, qu'il manquait de professionnels, alors je me suis offerte et je suis allée.

L'infirmière clinicienne à la retraite en garde un souvenir positif. Ç'a été une belle expérience de collaboration avec les gens qui étaient là, le personnel qui était déjà en place et avec le personnel de l'armée, témoigne-t-elle. Une très belle collaboration, humanitaire. On travaillait au moment présent avec la situation qu'on avait et tout le monde était au même niveau, on faisait tout ce qu'on pouvait, peu importe le titre, qu'on soit médecin, qu'on soit adjointe administrative, préposée, infirmière. Tout le monde travaillait sur un pied d'égalité à aider les gens qui étaient là.

Mme Lienart savait qu'elle s'en allait travailler « en zone de guerre » et que le travail serait exigeant. Ce que je retiens de ça, c'est que je n'ai plus 20 ans! 12 heures par jour pendant 5 jours, ça a été éprouvant physiquement et l'hypervigilance constante pour ma propre sécurité, évidemment, comme tout le monde qui travaille là, ça aussi c'était exigeant.

C'est une expérience de compassion qui a ouvert une porte envers tout le monde, envers mon employeur, envers le syndicat, envers les journalistes, envers le personnel en place qui travaille là depuis le début de la pandémie et qui y sont toujours. Les gens qui se sont offerts de façon généreuse, qui venaient de tous les coins du Québec : Sherbrooke, Saguenay, nous en Abitibi.

Elaine Lienart, infirmière clinicienne à la retraite

Mme Lienart en appelle à un sentiment de solidarité entre les régions. Moi je ne suis pas là pour diviser Montréal et Rouyn, on devrait fermer les barrières. Non. On est tous ensemble dans le même bain et c'est par compassion qu'on va s'en sortir. Ce n'est pas en nous divisant. Évidemment, on doit suivre ce que la Santé publique nous dit de façon répétitive, la distanciation sociale, se laver les mains, faire attention, ça on doit le suivre. Mais il ne faut pas commencer à se diviser, on ne s'en sortira pas si on fait ça. C'est vraiment par solidarité, on doit se serrer les coudes, même dans les endroits où les gens n'auraient pas mis les pieds, lance-t-elle.

Sans hésiter, si elle devait retourner en arrière de quelques semaines, elle referait exactement la même chose. Aujourd'hui en isolement volontaire pendant 14 jours, elle reprend des forces après ces journées éprouvantes. J'avais décidé ça avant mon départ, et de toute façon, j'ai conclu que j'avais pris une bonne décision, ne serait-ce que par la fatigue! Alors oui, 14 jours volontairement chez moi, sans faire d'épicerie, sans sortir. Je ne veux pas être un vecteur même sans le savoir, je ne veux pas être un porteur asymptomatique. Je reste chez nous, j'ai fait ce bout-là, ça me permet aussi de décanter l'expérience pour savoir si jamais j'y retournais, avec un grand SI, qu'est-ce que je ferais pour améliorer ma capacité à retourner là d'aussi longues heures, parce que quand on s'en va là-bas, on n'y va pas pour faire quatre heures par jour, raconte-t-elle.

Pour elle, l'expérience n'a été ni pire ni meilleure que ce qu'elle s'était imaginé. C'était exactement ce à quoi je m'attendais. Je n'ai eu aucune surprise, c'est à ça que je m'attendais. Ça prend deux minutes et quart d'écoute par jour de tout ce qui se passe dans les médias pour savoir qu'est-ce qui en est de la situation de Montréal spécifiquement. On n'a qu'à regarder les chiffres, on n'a qu'à regarder les zones rouges. Je savais dans quoi je m'en allais, il n'y a rien de nouveau sous le soleil. En fait, c'était nouveau sous le soleil, mais je m'y attendais, confie-t-elle.

Bien qu'elle n'ait jamais connu une expérience semblable auparavant, Mme Lienart avait déjà été en contact avec l'accompagnement en fin de vie. On est tous égaux devant la mort. Qu'on soit universitaire, qu'on soit itinérant, qu'on soit mère de famille, qu'on soit n'importe quel métier, on est tous égaux devant la mort. Tous. Donc, c'est cet accompagnement-là qui est précieux. C'est aussi précieux qu'une naissance, cette expérience-là. Donc il faut accompagner, c'est un processus, il faut accompagner jusqu'au bout la personne. C'est la personne qui nous dit de quoi elle a besoin, comment on peut l'envelopper pour l'aider, pour aider la famille aussi. Ça, comme infirmière, on l'a fait, souligne la retraitée.

Continuons à nous serrer les coudes, continuons à avoir de la compassion, peu importe qu'on soit à la maison, qu'on soit de retour au travail, qu'on ait des enfants ou non. Continuons à avoir de la compassion, c'est comme ça qu'on va s'en sortir, ce n'est pas en se divisant.

Elaine Lienart, infirmière clinicienne à la retraite

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