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Épreuve des faits : peut-on vraiment réduire les gaz à effet de serre en coupant les vieilles forêts ?

Région zéro 8

Avec Félix B. Desfossés

En semaine de 15 h 30 à 18 h

Épreuve des faits : peut-on vraiment réduire les gaz à effet de serre en coupant les vieilles forêts ?

Audio fil du mercredi 2 octobre 2019
Pierre Dufour parle au micro derrière un lutrin du gouvernement du Québec.

Pierre Dufour en a fait l'annonce cet après-midi à Québec.

Photo : gracieuseté Carl Charest

La sylviculture peut-elle constituer un plan de lutte efficace à la réduction des émissions de gaz à effet de serre? Lundi, le ministre des Forêts Pierre Dufour a présenté un plan dans lequel il affirme que pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, le gouvernement allait autoriser davantage de coupes forestières, afin de remplacer les vieux arbres par de jeunes pousses qui captent davantage de carbone. Le titulaire de la Chaire de recherche UQAT-MFFP sur la gestion du carbone forestier, Xavier Cavard, et le professeur titulaire au département des sciences du bois et de la forêt de l'Université Laval, Luc Bouthillier, se prononcent sur les affirmations du ministre Pierre Dufour.

Un reportage de Lise Millette

Une forêt, comme tous les experts le disent, a un grand potentiel pour la capture du carbone lorsqu’elle est en croissance. Lorsqu’on arrive avec des forêts très vieilles, la forêt a moins cette capacité-là d’absorber le gaz carbonique. La jeune pousse, c’est un peu sa force, donc dès le début de la plantation il y a déjà un processus qui s’enclenche.

Pierre Dufour, MFFP

VRAI, MAIS… C’est vrai, effectivement que les jeunes arbres vont capter le carbone pour leur croissance, néanmoins, en forêt boréale on le pense de moins en moins. De plus en plus d’études montrent que les vieilles forêts continuent d’accumuler le carbone, notamment dans les sols. Ça peut même s’accumuler pendant des millénaires en absence de feu de forêt ou autres perturbations majeures, précise Xavier Cavard.

La compétence à capter du carbone est à son sommet quand les arbres arrivent tout juste à leur maturité et après ça, elle décline. Cela dit, même si la compétence n’est pas à sa pleine capacité, ce n’est pas négligeable. Et dire "on va abattre ces arbres pour les remplacer par des arbres vigoureux" : oui ils le sont, mais ils sont tout petits. Il faudra donner à ces arbres le temps de grandir un peu et ça pourrait prendre 10, 15, 20 ou 30 ans. Il y a une question de durée qui doit entrer en ligne de compte, ajoute le professeur Bouthillier, qui souligne que les pleins effets sur la captation de GES ne sont pas aussi rapide qu’on le croit.

Quand on a de vieilles forêts, qui ont un grand réservoir de carbone dans le sol, ça peut prendre énormément de temps avant que ce réservoir-là ne se reconstitue, ajoute Xavier Cavard.

Un arbre qui est mort ne fait plus son rôle de capter le carbone, il en émet.

Pierre Dufour, MFFP

VRAI, TOUTEFOIS... C’est vrai, mais il en émet très lentement. En forêt boréale, ça peut prendre plus d’un siècle pour qu’un arbre mort se décompose intégralement. Comparé à certains produits du bois, ça peut être un stock de carbone pas si mauvais comparé à de la pâte à papier par exemple, ou des copeaux. Un arbre mort peut aussi être utile pour la diversité. Il peut servir d’habitat à plusieurs espèces. Un arbre mort a un rôle écologique important. Il ne faut pas vouloir se débarrasser de tous les arbres morts, prévient Xavier Cavard.

NUANCE. D’abord, les arbres ne meurent pas tous en même temps à moins d’être victimes d’une épidémie de tordeuse ou d’un incendie de forêt. Une vieille forêt est aussi une source de production de biodiversité et peut jouer un rôle de régulation hydrologique important, soutient Luc Bouthillier.

On veut s’en aller là tout le monde, même dans l’opposition on nous dit qu’il faut des bâtiments en bois. Et pour faire des bâtiments en bois, il faut des arbres. Le Québec est un chef de file sur l’orientation du développement des produits connexes autres que le fameux 2x4.

Pierre Dufour, MFFP

VRAI. Couper des forêts pour uniquement faire de la pâte à papier ou des 2x4, c’est beaucoup moins intéressant. Ces dernières années, les législations ont évolué pour faire des bâtiments en bois de plus en plus grands, de plus en plus hauts. Si le gouvernement veut vraiment favoriser ça, je crois que ce serait une bonne chose effectivement, conclut Xavier Cavard.

Le comparatif avec bâtir en ciment, le nombre de véhicules à acheminer au chantier, versus le nombre de voyages de camions qui amenaient les murs fabriqués en usine, il y a déjà un gain d’efficience. Mais on n'arrivera jamais à une compensation zéro, parce qu’il y a aussi de la machinerie pour faire la coupe de bois, mais je pense que le travail qui se fait en amont tente de compenser cet aspect-là

Pierre Dufour, MFFP

VRAI. Pour chaque tonne de matériau en bois, j’ai une tonne de gaz à effet de serre qui est séquestrée. Et comme on a plus de facilité à chauffer, plus de facilité à climatiser que pour une bâtisse où le matériau premier est le béton ou la structure en acier, c’est ça la grande mathématique, complète Luc Bouthillier.

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