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Il a fait le tour du monde il y a 50 ans

Région zéro 8

Avec Félix B. Desfossés

En semaine de 15 h 30 à 18 h

Il a fait le tour du monde il y a 50 ans

Rattrapage du mercredi 13 janvier 2021
Raymond Bradley boit une bière sur une terrasse.

Il y a 50 ans, alors que ce n'était pas coutume, Raymond Bradley a fait le tour du monde en un peu plus d'un an.

Photo : gracieuseté

Confiné chez lui à Rouyn-Noranda, Raymond Bradley a du mal à s'imaginer qu'il y a 50 ans, il s'envolait, un 14 janvier 1971, pour un voyage de 20 mois autour du monde. Alors que les projets de voyage sont pratiquement cloués au sol et que les bagages se résument à des rêves d'évasion, il revisite ces jours-ci ses carnets de voyage.

Un texte de Lise Millette

Raymond Bradley avait 30 ans au moment d’amorcer son périple de 20 mois. Parti de la région en janvier 1971, il est revenu en septembre 1972.

C’était tout de même réfléchi, disons que j’avais quelques antécédents de voyage. Il faut dire qu’ici, dans les années 1950, on voyageait surtout sur le pouce. Je m’étais même rendu à Toronto, à une quinzaine d'années, sur le pouce!, se souvient-il.

Ses aventures d’auto-stoppeur l’ont conduit sur les routes de l’Ontario, New York et même jusqu’à Vancouver. Ce goût du voyage, il l’avait ensuite entretenu avec des voyages au Mexique et en Europe. Il n’en fallait pas plus pour nourrir l’envie de plonger dans la grande aventure. Un peu comme le Philéas Fogg de Jules Verne, il a fait le tour du monde, une idée un peu saugrenue pour l’époque.

Vivre ici, en Abitibi, on se sentait au bout du monde. Je pense que le voyage me venait naturellement, mais j’avais lu aussi Jules Verne. Je pensais à Montaigne qui avait aussi beaucoup voyagé, les romantiques anglais du 19e siècle. On dirait que c’était dans ma fibre de vouloir voyager, se souvient-il.

Âgé de 30 ans, au moment de partir, il venait de compléter cinq années en psychothérapie. Il travaillait au fédéral comme fonctionnaire, mais s’en lassait un peu et il venait de rompre avec une amie de cœur. Mûr pour un changement d’air et de décor, avec un peu d’économies en poche pour se permettre une grande évasion, il a décidé de se lancer.

J’ai pris d’abord le train pour Vancouver, d’où j’ai pris un vol pour Hawaï. Après ça, il n’y avait plus rien de planifié, je voyais au fur et à mesure comment les choses se dessinaient. Je suis allé ensuite aux îles Samoa, parce que j’avais lu un livre de Margaret Mead sur Samoa. J’ai commencé par les îles du Pacifique Sud et j’ai ensuite abouti en Nouvelle-Zélande, raconte Raymond Bradley.

Écrire son journal

Se laissant porter par les rencontres et les événements, il migrera d’un continent à l’autre pendant près de deux ans. Un itinéraire long, certes, mais qui ne lui a pas coûté une fortune.

Écoute… le dollar canadien valait 10 % de plus que le dollar américain. Ça ne coûtait pratiquement rien. Pour ces presque deux années, je crois que ça m’a coûté 4000 ou 5000 $, confie-t-il.

Pour documenter son tour du monde, Raymond Bradley n’a pas choisi les pellicules ou les photos. C’est plutôt par écrit qu’il a colligé ses souvenirs. Il a toujours ses écrits en mains, mais regrette de ne pas y avoir mis autant de détails qu’il aurait pu.

Je tenais un journal et j’écrivais régulièrement, aujourd’hui je dirais pas assez. Mes études en psychothérapie m’avaient amené beaucoup dans mes rêves et j’écrivais beaucoup mes rêves. Aujourd’hui je me dis qu’il aurait été plus pratique de lire ce que je faisais surtout plutôt que de lire les rêves que je faisais à l’époque pour mes souvenirs aujourd’hui. Je me rends compte aujourd’hui que j’aurais aimé beaucoup de détails sur autre chose que mes rêves nocturnes (rires).

Avec les années tout de même, ces mémoires de voyage ont pris de plus en plus d’espace et d’importance. Lorsqu’on lui parle d’un coin ou l’autre du monde, il lui arrive de replonger dans ce journal de bord, de revisiter Israël, l’Inde, l’Asie et l’un ou l’autre des pays visités.

De voir que ça fait 50 ans… je le réalise peu.

Raymond Bradley

Une autre réflexion que lui inspire ce temps passé est liée aux restrictions actuelles, à l’impossibilité sanitaire de partir sans risque et à toute la libre circulation qui est momentanément suspendue. Les souvenirs ne sont que plus précieux.

Je pense à tous ces gens qui ont le goût de partir. Il y a 50 ans, c’était peu commun ce que j’ai fait, mais de nos jours voyager est plus accessible. Ça me rappelle ces jeunes que j’avais côtoyés en Nouvelle-Zélande et qui voulaient voyager parce qu’ils se sentaient au bout du monde, mais les conditions de travail étaient si pauvres qu’il fallait des années pour en avoir les moyens. Aujourd’hui, on est de nouveau cloués chez soi, mais pour d’autres raisons, raconte M. Bradley.

Oser se lancer

Raymond Bradley avoue avoir ressenti un peu de culpabilité à son retour. Tous ces mois à voyager sans avoir “fait” quelque chose de plus. Avec le temps par contre, il a appris à assumer et apprécier surtout d’avoir réalisé ce voyage à un moment où les astres s’alignaient pour lui permettre de le vivre.

En 1973, il y avait des retrouvailles avec mes anciens collègues du collège. J’étais réticent à y aller parce que je n’avais rien d’accompli. De les entendre me dire “maudit chanceux”, je me suis dit que j’avais sans doute fait le bon choix, concède-t-il.

Le Rouynorandien de 80 ans confie que derrière son élan de voyage, il caressait un autre rêve : celui d’apprendre sur soi.

C’était mon espérance, mais le voyage ne m’a pas apporté la libération que j’escomptais. Se retrouver soi-même est un long cheminement, le voyage en fait sûrement partie, précise-t-il, affirmant qu’il lui a fallu continuer le travail sur lui-même.

Au printemps 2020, Raymond Bradley était en Tunisie lorsque la pandémie de COVID-19 a fait en sorte de rapatrier tous les Canadiens à l’étranger. Il a dû revenir en catastrophe, mais il songe déjà au prochain départ.

Passer l’hiver ici, je trouve ça long. Heureusement qu’on a un bel hiver cette année!, lance-t-il en riant.

Pour les prochains mois, il se promet de replonger souvent dans son journal pour revivre les vagabondages de sa folle jeunesse, lui qui souligne à grands traits que le temps passe beaucoup trop vite.

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