•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Région zéro 8

Avec Félix B. Desfossés

En semaine de 15 h 30 à 18 h

Quel est le portrait de l’extrême droite au Québec?

Rattrapage du vendredi 12 juin 2020
Un homme pose ses mains sur le clavier d'un ordinateur portable dans l'obscurité.

Des groupes d'extrême droite profitent de la pandémie pour répandre des théories du complot, selon des experts.

Photo : iStock

Le 23 mai 2018, Raphaël Lévesque et six individus masqués font irruption dans la salle de rédaction du média Vice pour remettre un trophée au journaliste qui a écrit un article sur leur organisation d'extrême droite, Atalante. Deux ans plus tard, le leader du groupe identitaire a été blanchi des accusations qui en ont suivi. Mais quel est le portrait de l'extrême droite au Québec?

Le groupe identitaire Atalante a vu le jour à Québec dans la foulée de la Fédération des Québécois de souche. C'est un groupe identitaire qui est quand même un peu campé sur la mouvance néofasciste et s'inspire généralement de ce qui se fait en France, Génération identitaire, CasaPound en Italie, explique David Morin, professeur agrégé de l'École de politique appliquée de la Faculté des lettres et sciences humaines de l'Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents. Ils ont vraiment un discours très suprématiste blanc avec un certain militantisme social.

Ces groupes font parfois appel à la violence, souvent à demi masqués. Mais ça reste des groupes qui sont avec très peu de membres et assez marginaux, si vous voulez, au Québec, en comparaison de d'autres groupes beaucoup plus néopopulistes ou néonationalistes, comme vous en avez d'ailleurs par chez vous comme La Meute ou Storm Alliance, qui sont peut-être moins des fondements doctrinaux, plus un discours un peu “contrôle du multiculturalisme, contrôle de l'immigration, contre l'Islam“, et qui en général, ces autres groupes-là vont chercher quand même pas mal plus de gens dans leur cercle de membres, poursuit M. Morin.

Si La Meute s'est fait voir à quelques occasions dans la région, ses membres semblent surtout actifs sur les réseaux sociaux. La Meute, ç'a été l'histoire d'une balloune médiatique. On en a beaucoup parlé dans la foulée des attentats de la mosquée de Québec et de Bissonnette, ce sont ces individus-là, solitaires, qui épousent des thèses d'extrême droite et qui sont dangereux dans une certaine mesure, dit-il.

Une patte de loup est peinte sur un trottoir.

Des pattes de loup ont été peintes sur les trottoirs devant des édifices gouvernementaux ou des locaux de campagne de partis politiques à Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / Philippe de la Chevrotière

On a commencé à parler de l'extrême droite, La Meute était un groupe qui existait un peu avant et qui n'a pas du tout de lien avec l'attentat de la mosquée de Québec, soit dit en passant. Ils ont fait une grande manifestation à la frontière entre le Québec et les États-Unis, ça leur a donné une certaine visibilité, mais c'est vrai qu'ils ont toujours revendiqué des dizaines de milliers de membres. Finalement, on s'apercevait, quand ils faisaient des manifestations réelles, que c'était plutôt quelques centaines, et à mesure que le temps a passé, c'est devenu quelques dizaines, rappelle M. Morin.

La Meute a par la suite connu des problèmes à l'interne, notamment en termes de leadership, rappelle le professeur. Il y a eu un premier coup d'État, puis un deuxième coup d'État, des problèmes avec la gestion de l'argent, beaucoup de membres ont quitté finalement La Meute, alors aujourd'hui, sans dire qu'il est moribond, c'est clair qu'il est beaucoup plus discret, poursuit-il.

Selon lui, il existe plusieurs groupes d'extrême droite au Québec et certains individus sont même membres de plusieurs de ces groupes. Alors que de nouveaux regroupements voient le jour, d'autres s'éteignent, ce qui fait en sorte qu'il n'est pas toujours facile de faire un portrait clair du mouvement dans la province. Ce n'est pas facile, si vous voulez, d'avoir une photographie très fine, mais il y a effectivement quelques centaines, quelques milliers de gens qui appartiennent à ces groupes-là, précise-t-il.

En plus de ces groupes, il existe également de milices axées sur les armes à feu et d'autres mouvements de droite. Ceux qui se font le plus remarquer à la lumière de la pandémie sont sans aucun doute les théoriciens du complot. Vous avez quand même un certain nombre de membres, de gens qui étaient dans ces groupes d'extrême droite, qui sont tranquillement en train de s'inviter dans le débat sur la pandémie. On en voit par exemple dans le mouvement anti-confinement, on en voit à l'heure actuelle dans le débat sur la loi 61 - et comprenez-moi bien, la loi 61, il y a certainement des critiques pertinentes à faire à son endroit - mais donc, on voit quand même cette volonté de ces groupes-là d'essayer de s'infiltrer dans tous les débats qui peuvent créer des polarisations sociales, souligne-t-il.

Il existe aussi au Québec des représentants des incels, ces célibataires involontaires masculinistes qui se plaignent d'avoir été dépossédés de leurs droits par les femmes, par les minorités sexuelles, qui avaient notamment conduit à l'attaque à Toronto qui avait fait une dizaine de morts par un jeune qui se réclamait des incels, indique M. Morin.

David Morin confirme par ailleurs le lien entre les complotistes et des groupes d'extrême droite. Nous, on observe les groupes d'extrême droite depuis un certain nombre d'années et là on voit effectivement que certains ont profité des interrogations légitimes que les gens ont, de l'anxiété un peu généralisée, de l'incertitude, parce qu'on se pose des questions sur ce qui se passe en ce moment avec la pandémie et les mesures gouvernementales, alors on a vu effectivement certains de ces groupes et des membres les plus actifs revenir dans le débat sur les théories du complot, assure-t-il.

Il n'y a pas que ça, il y a par exemple le mouvement antivaccin, qui n'est pas particulièrement à l'origine à l'extrême droite, les survivalistes, dont une partie était un peu à l'extrême droite, mais pas forcément la majorité, donc il y a un peu une confusion des genres en ce moment. C'est extrêmement compliqué.

David Morin

Il y a des milliers et des milliers de comptes à l'heure actuelle et une infodémie des théories du complot, donc c'est difficile d'abord de les contrer et ensuite de suivre tout ce qui se passe. Donc je pense que c'est normal que les gens ne s'y retrouvent pas. L'important, je pense, c'est d'être à l'écoute, parce qu'actuellement, on a quand même une forme de radicalisation en lien avec la pandémie, on a des comportements sectaires, des gens qui se renferment sur eux-mêmes. Info-secte, par exemple, expliquait il y a quelques semaines qu'ils n'avaient jamais reçu autant d'appels pour des gens qui avaient été un peu brainwashés par les théories du complot, raconte M. Morin

Il existe même au Québec une division du groupe américain QAnon, qui croit au complot de « l'État profond », qui contrôlerait la politique, mêlant à tout cela pédophilie et satanisme. QAnon Québec est assez actif sur les réseaux sociaux. La droite américaine a une influence au Québec. On parlait en introduction des groupes identitaires, je vous ai parlé des néopopulistes, des miliciens, et bien il y a une quatrième tendance qui est très inspirée des États-Unis, et qui effectivement est passablement active, ils ont parfois même des chaînes YouTube, etc. et effectivement ils s'inscrivent clairement dans ce mouvement-là, confirme-t-il.

De l'autre côté du spectre, on entend récemment parler des antifas, ces groupes antifascistes. Le mouvement antifascisme, ce sont beaucoup de groupes qui sont très autonomes, dont le mandat premier, évidemment, est de combattre le fascisme, donc historiquement, ç'a été créé en Europe à l'approche de la Seconde Guerre mondiale, quand il y avait vraiment le fascisme aux portes du pouvoir et aujourd'hui, leur mandat, c'est de défendre les minorités. Mais à l'intérieur de ça, vous avez des groupements très différents, vous avez les anarchistes, ceux qu'on voit souvent en noir dans les manifestations et qui s'affrontent avec les forces policières, mais vous avez aussi beaucoup de gens qu'on ne voit pas, qui se déclarent comme antifascistes, mais qui sont surtout pour la défense des droits des minorités, précise-t-il.

Pour écouter l'entrevue complète, cliquez sur l'audiofil.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Vous aimerez aussi