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Crise de l’arsenic : quel bilan, un an plus tard?

Région zéro 8

Avec Félix B. Desfossés

En semaine de 15 h 30 à 18 h

Crise de l’arsenic : quel bilan, un an plus tard?

Rattrapage du jeudi 14 mai 2020
Un quartier résidentiel juste à côté d'une zone industrielle.

Les enfants du quartier Notre-Dame, à Rouyn-Noranda, sont surexposés à l'arsenic.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Un an après la publication des résultats de l'étude de biosurveillance menée chez les enfants du quartier Notre-Dame, à Rouyn-Noranda, quel bilan le comité ARET dresse-t-il du dossier de la surexposition à l'arsenic?

Le comité Arrêt des rejets et émissions toxiques, formé de parents du quartier Notre-Dame il y a maintenant un an, considère être davantage renseigné sur la question qu’au moment de sa fondation. En tant que comité, on peut dire qu’on a une meilleure connaissance de la situation, tant au niveau de la santé qu’au niveau technique et environnemental, affirme Valérie Fournier, co-porte-parole du comité ARET.

Au niveau des changements, des actions dont on se serait attendus de la part du gouvernement et de l’entreprise [Fonderie Horne], c’est plutôt lent, les améliorations qu’on souhaiterait ne sont pas encore au rendez-vous.

Valérie Fournier, co-porte-parole du comité ARET

Le comité fait même état d’une détérioration de la situation. On fait référence notamment aux émissions de 2019, où le taux était plus élevé que 2018, donc oui, effectivement, c’est assez inquiétant, ajoute-t-elle.

Pourtant, depuis le début de 2020, la Fonderie Horne émet des données encourageantes enregistrées à sa station de mesure des émissions. Des données qui semblent diverger de celles provenant de la Santé publique, croit le comité.

D’abord, c’est que les taux qui nous sont transmis, les moyennes annuelles, elles sont basées sur des mesures qui sont prises aux trois jours. Déjà, à la base, on a un portrait qui fait état d’une situation d’un tiers d’une année, pratiquement. S’il y a certaines journées où le taux est plus élevé dans l’air, et si par hasard cette journée-là n’est pas la journée où on mesure les émissions, elle n'apparaîtra pas dans le portrait qu’on va nous exposer, explique Valérie Fournier.

Le comité considère donc que la population n’a pas accès au portrait réel de la situation. L’autre élément, c’est que la station de mesure qui est utilisée par la fonderie pour nous transmettre ses résultats n’est pas la même que celle utilisée par la Santé publique lorsqu’elle fait ses analyses. Il y a une station qui appartient à la fonderie puis il y en a une autre qui appartient au ministère de l’Environnement qui est utilisée pour la contre-validation des données, si on veut. La Santé publique réfère à celle-ci, tandis que la fonderie réfère à l’autre, fait-elle valoir.

Même si elles sont relativement près l’une de l’autre, le comité croit qu’il existe une différence entre les données des deux stations. Par exemple, on nous parlait des émissions de 2018, qui étaient en moyenne de 98 nanogrammes par mètre cube, alors que la Santé publique référait plutôt à des émissions aux alentours de 113 ng/m3. Il y a environ 15 % de différence. Ce sont des éléments qui nous portent à remettre en doute l’exactitude, disons. J’ajouterais à ça le fait que les filtres qui vont mesurer les émissions captées par les stations ne mesurent pas les émissions qui sont plus petites que 2,5 microns, et ce sont celles qui seraient en plus grande quantité et les plus dommageables, expose-t-elle.

Tous ces chiffres-là, il faut avoir un certain regard critique. Il faut analyser ça avec une certaine connaissance, parce que ce n’est pas si évident que ça à prendre comme ça quand on nous les annonce.

Valérie Fournier, co-porte-parole du comité ARET

Le comité souligne d’ailleurs que certaines données publiques font état d’émissions allant jusqu’à 900 ng/m3. À la journée, c’est vrai qu’il peut y avoir des pics. Par exemple, le 25 juillet, entre 15h et 19h, il peut y avoir des pics qui sont assez élevés, autour de 800 ou 900 ng/m3. Par ailleurs, dans la même journée, quelques heures plus tard ou plus tôt, on peut se retrouver avec des émissions autour de 25, par exemple. Donc il y a une grande variation comme ça qui est observée à l’intérieur d’un même 24 heures ou d’une même semaine. C’est pour ça que le portrait qu’on a n’est pas très juste. Nous au comité, ce qu’on demande, c’est d’avoir une lecture en continu des émissions. Ça permettrait d’avoir un regard exact sur la situation, avance Mme Fournier.

Il y a un an, les membres du comité ARET étaient des parents dont les enfants ont participé à l’étude de biosurveillance. 12 mois plus tard, à force d’étude, ils possèdent maintenant les connaissances nécessaires pour analyser toutes ces données. On a une bonne équipe au sein du comité. Des gens qui possèdent des connaissances plus techniques, en ingénierie, dans le domaine géologique. Tout ça mis ensemble, on peut dire effectivement qu’on a une bonne intelligence collective, mais ça demande effectivement de s’attarder et de s’intéresser du moins. Mais à partir du moment où on sent que nos enfants peuvent être menacés par quelque chose, c’est naturel, je pense, de vouloir comprendre la situation et de vouloir faire changer les choses, témoigne-t-elle.

Lorsque questionnée à savoir si elle a bon espoir que la situation ait bougé davantage dans un an, la co-porte-parole répond que oui. On attend encore du comité interministériel les suites de l’analyse du plan [d’action de la fonderie], mais s’il y a de la volonté politique derrière ça et que le gouvernement décide de légiférer, d’obliger plutôt que de seulement accompagner, oui les choses peuvent bouger rapidement, croit-elle.

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