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30 ans après Polytechnique, Stéphane Labrecque croit qu'il y a une place pour toutes et tous en génie

Région zéro 8

Avec Félix B. Desfossés

En semaine de 15 h 30 à 18 h

30 ans après Polytechnique, Stéphane Labrecque croit qu'il y a une place pour toutes et tous en génie

Rattrapage du vendredi 6 décembre 2019
La plaque commémorative installée à Polytechnique Montréal en mémoire des victimes de la tragédie.

La plaque commémorative installée à Polytechnique Montréal en mémoire des victimes de la tragédie.

Photo : Radio-Canada / Remi Authier

Le 6 décembre 1989, Stéphane Labrecque étudiait en génie électrique à l'école Polytechnique. C'était le dernier jour de classes et la journée devait se résumer à des présentations de projets et une préparation en vue des examens finaux.

Un texte de Lise Millette

En fin de journée, âgé de 24 ans, il se trouvait au deuxième étage, où il devait attendre un collègue de classe, et s'est dirigé ensuite à la cafétéria. En principe, il y aurait pris son repas de fin de journée, mais il a plutôt continué son chemin.

En quittant Polytechnique, déjà les policiers arrivaient. On se doutait que quelque chose devait se passer. On ne pouvait s'imaginer que c'était une telle chose. On se disait qu'il s'agissait d'un incident. J'ai marché jusque chez-moi, à environ 20 minutes de marche, je regarde les nouvelles et c'est là que nous avons réalisé ce qui se passait. À ce moment, on ignorait que des femmes étaient ciblées, on pensait qu'il s'agissait d'une invasion ou d'une attaque, se souvient Stéphane Labrecque.

Dans les minutes et les heures qui ont suivi, les appels se sont multipliés pour savoir si les collègues et amis se portaient bien.

Nous étions en état de choc.

Stéphane Labrecque

Après la fusillade, l'école Polytechnique a été fermée quelques jours, mais la session n'était pas terminée.

Il fallait retourner pour nos examens. De l'aide psychologique était organisée pour tout le monde, les gars et les filles. Les gars, et j'en faisais partie, on s'est mis à souffrir d'une culpabilité bizarre... on aurait pu faire quelque chose, et si j'étais resté une heure de plus? Cette culpabilité a été vraiment difficile à vivre, confie-t-il.

Le jour de la tuerie, un concours de circonstances a fait en sorte que Stéphane Labrecque a emprunté le même parcours que le tireur, Marc Lépine, sans le croiser. Au moment de revenir, c'est une tout autre école qu'il a retrouvée.

Tu rentres dans l'école et ça sent la peinture, ça sent vraiment fort la peinture. Il manque des photocopieurs. Tu vois un premier trou dans un mur, puis un deuxième, une vitre fracassée. La porte où ça s'est produit était barricadée. Après, pour les examens, il y avait toujours un gardien à l'entrée, parce que notre plus grand traumatisme était de voir quelqu'un arriver, reconnaît Stéphane Labrecque.

Des services psychosociaux ont été mis à la disposition de la communauté étudiante et du personnel. Les impacts ont été nombreux et les questions ont plané et planent toujours.

La première question qu'on se pose et qui reste c'est "pourquoi j'ai été épargné?". Je devais être au deuxième, j'aurais été directement... j'ai une amie qui est morte au deuxième. Logiquement, parce que Marc Lépine était au deuxième étage, j'aurais pu être touché. Les gars, on a eu ce sentiment-là de se dire pourquoi nous n'avons pas pu faire quelque chose. C'est fou comme ça nous a hantés. C'est violent comme sentiment, même si ce n'est pas à la cheville de la violence que les filles ont vécue cette journée-là, appuie-t-il.

Une fois cette dernière session de 1989 terminée, les étudiants et étudiantes ont quitté pour la période des Fêtes. Certains ne sont jamais retournés à Polytechnique, mais le drame revient périodiquement à la mémoire et puis, il y a 30 ans, le mot féminicide ne circulait pas.

On ne pouvait imaginer que ce qui s'était produit était vrai. Sur le coup, les premières semaines, on se soutenait. On ne voyait pas qu'il s'agissait d'un acte antiféministe. Avec le recul, on se rend compte qu'une personne en voulait à de jeunes femmes qui voulaient simplement accomplir leur rêve d'étudier et d'être ingénieure. Nous, voilà 30 ans, on se disait que c'était souhaitable.

Il reste des barrières

Aujourd'hui coordonnateur des services internationaux au Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue, il dit constater qu'il reste encore des barrières qui freinent les femmes qui désirent avoir une carrière en génie.

Cette présence des femmes, en ingénierie ou dans des cégeps, je ne le vois pas comme problématique, mais je demeure convaincu qu'il reste des barrières et on le voit sur le terrain à l'étranger, commence-t-il.

Encore aujourd'hui, des femmes n'ont pas accès à plusieurs programmes techniques ou à des projets pour des raisons culturelles ou de logistique familiale.

On a fait beaucoup de chemin, mais dans d'autres pays, la route pour y accéder est parsemée d'embûches. Quand on travaille en Tanzanie, au Mozambique, au Pérou et au Chili, le cégep et Affaires mondiales Canada nous imposent d'y porter une attention et de poser des gestes concrets. Et moi, ça m'anime profondément, insiste-t-il.

Faisceaux bleutés s'élevant au-dessus de la ville de Montréal.

14 femmes tuées, 14 faisceaux lumineux projetés du mont Royal vers le ciel en commémoration de la tuerie du 6 décembre 1989 à l'école Polytechnique.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Stéphane Labrecque cite un projet que le Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue a mis en place : une garderie en Tanzanie, parce que des femmes et des enseignantes ne pouvaient participer à la formation puisqu'il n'y avait personne pour garder leurs enfants à la maison.

Ce sont des choses qui peuvent sembler banales, mais moi, ça vient me chercher. Je souhaite et j'espère que le plus de jeunes femmes possible accèdent à des études techniques. Il ne faudrait pas que les femmes voient des limites; il n'y en a pas. Ce sont des programmes, des carrières pour lesquelles les jeunes femmes ont leur place. Elles ne prennent la place de personne, il y a de la place pour tout le monde, assure-t-il.

Pour boucler la boucle avec les 30 ans de Polytechnique, Stéphane Labrecque conclut que les victimes ne ressentaient pas, ce jour-là, de frein ou de menace en se rendant en classes le 6 décembre 1989.

Rien ne laissait présumer que les jeunes filles étaient menacées par quoi que ce soit. On travaillait ensemble. Nous étions une gang d'étudiants. J'ose espérer que des gens auront été inspirés pour que les choses soient désormais plus positives.

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