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Immersion d'Émélie  :  assister à une rencontre sur la violence conjugale

Région zéro 8

Avec Félix B. Desfossés

En semaine de 15 h 30 à 18 h

Immersion d'Émélie  :  assister à une rencontre sur la violence conjugale

Rattrapage du lundi 2 décembre 2019
Deux femmes sont assises autour d'une table.

La maison d'accueil et d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale Le Nid de Val-d'Or a hébergé 115 femmes victimes de violence conjugale et 61 enfants, en 2018.

Photo : Radio-Canada / Émélie Rivard-Boudreau

En 2018, la maison d'accueil et d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale Le Nid de Val-d'Or a hébergé 115 femmes victimes de violence conjugale et 61 enfants. Dans le cadre des 12 jours d'action contre les violences faites aux femmes, qui se déroule du 25 novembre au 6 décembre, la journaliste Émélie Rivard-Boudreau est allée sur place pour assister à deux rencontres de groupe de l'organisme.

Tous les mardis soirs et jeudis après-midi, Le Nid accueille des femmes pour ses rencontres thématiques. Ça peut être l'estime de soi, la confiance en soi, le viol conjugal, la réalité des conséquences, ce que c'est d'être à côté d'une personne perverse narcissique, ça couvre un très vaste réseau de sujets différents. C'est vraiment adapté selon les demandes et adapté à la réalité dans laquelle on est, indique l'intervenante Lee Faubert.

La rencontre de deux heures commence par un Comment ça va?, bien senti des intervenantes. Les réponses peuvent être très brèves ou plus longues selon ce qui vient d'être vécu par les femmes.

Ouf! Je viens de finir de m'installer, je suis vraiment chanceuse, je me suis fait donner plein d'affaires, a répondu souriante l'une des participantes qui vient de déménager pour se sortir d'un enfer de 9 ans de violence conjugale. Avec son apparence soignée, une telle énergie et un tel sourire, personne ne peut déceler tous les sévices qu'elle a subis. À peine une heure plus tard, elle racontera en sanglot et en tremblant son histoire. Des fois, il ne me laissait pas sortir de la chambre, les enfants frappaient dans la porte, puis je ne pouvais pas rien faire, halète-t-elle.

Une femme pointe le nom et le numéro de téléphone de la maison d'hébergement Le nid.

Lee Faubert, intervenante à la maison d'accueil et d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale Le Nid de Val-d'Or.

Photo : Radio-Canada / Émélie Rivard-Boudreau

D'une séance à l'autre, les femmes autour de la table brisent toutes les images typiques de ce qu'on sait de la violence conjugale, surtout dans une région comme l'Abitibi-Témiscamingue. Bien que la majorité de la clientèle au Nid soit autochtone, ce n'est pas le cas des femmes présentes lors de notre passage : en tout, sept femmes, en deux jours, du début de la trentaine au début de la soixantaine. Elles provenaient de tous les horizons: femmes à la maison, retraitées, scolarisées.

Ensemble, elles avaient subi de la violence psychologique, physique, sexuelle et financière parfois toutes à la fois. Elles avaient vécu des sévices que personne ne peut s'imaginer : insultées de noms absolument ignobles, menacées de se faire mettre à la rue, menacées de se faire abandonner sur des routes isolées ou dans de grandes métropoles sans avoir d'argent. Elles ont été étranglées, frappées, violées, même forcées d'avoir des rapports sexuels avec d'autres. Ce qui est encore plus désarçonnant, c'est que les hommes qui ont posé ces gestes sont issus de tous les milieux de notre région : mineurs, travailleurs de la construction, mécaniciens, policiers.

Une affiche explique le cycle de la violence en quatre phases; la tension, l'agression, la justification et la réconciliation.

Le cycle de la violence.

Photo : Radio-Canada / Émélie Rivard-Boudreau

Le cycle de la violence

Je n'avais jamais rencontré quelqu'un qui avait pris soin de moi comme ça. Elles ont pratiquement toutes dit cette phrase en racontant leur histoire. L'aide à la maison, les cadeaux, les compliments, la situation est typique du cycle. La dégringolade survient ensuite.

C'est vraiment insidieux. Ça ne s'installera pas brutalement, explique l'intervenante Lee Faubert. Du jour au lendemain, monsieur ne va pas étrangler madame. Ce n'est pas comme ça que ça arrive. Ça va s'installer tranquillement et doucement par des comportements. Souvent ça va commencer par psychologique ou ça va commencer verbalement. Parfois, on reste tellement surprises de ce qu'on vient de se faire dire qu'on ne répliquera pas nécessairement.

Chercher ou donner de l'aide

À la maison d'hébergement Le Nid, les femmes sont accueillies 24h/24h et 7 jours sur 7. Elles peuvent rencontrer une intervenante à leur arrivée et qui fera un suivi avec elles. Elles peuvent dormir et manger sur place pendant plusieurs jours, voire, plusieurs semaines le temps de se réorienter. Lors de notre passage, une femme y restait depuis près de trois semaines avec ses enfants.

Des maisons d'hébergement offrent le même genre d'aide à Amos, Rouyn-Noranda, La Sarre et Ville-Marie.

Tout l'accompagnement n'est pas conditionnel à une poursuite en justice contre son agresseur, ni conditionnel à ne pas retourner avec le conjoint violent. C'est sûr que je vais retourner chez moi, ça, c'est mon intention. Je suis en train de réfléchir si je retourne avec lui, a confié l'une des femmes résidentes.

Si l'affirmation peut sembler désarçonnante, elle ne choque aucunement les intervenantes qui travaillent pour protéger les femmes.

La dame qui a envie de retourner avec son conjoint, elle a le droit. Des fois, on a besoin de retourner pour aller vérifier et aller se confirmer des choses, explique Lee Faubert. Nous, on va faire plein de scénarios de protection avec elle, pour éviter qu'elle ait à revivre les mêmes épisodes qu'elle a vécus, poursuit-elle. On pourrait conseiller, si c'est possible pour la dame, de se réfugier dans une pièce avec un téléphone pour appeler des secours, de quitter chez une voisine le plus rapidement qu'elle peut, de préparer une valise en cachette pour pouvoir quitter lorsqu'elle aura l'opportunité, c'est vraiment adapté à la réalité de la dame.

Les intervenante de la maison Le Nid, sensibilise aussi l'entourage d'une victime à être disponible pour elle, malgré le retour dans la relation violente, car souvent, lorsqu'elles sont prêtes la quitter, elles sont devenues complètement isolées.

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