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Annie-Claude Luneau
Audio fil du mercredi 10 octobre 2018

Il y a 60 ans, Pikogan obtenait le statut de réserve fédérale

Publié le

Une photo en noir et blanc montre des dizaines d'Autochtones posent pour la caméra en 1953.
Groupe mixte d'Amérindiens. Extérieur, 1953.   Photo : Société d'histoire d'Amos/Fonds Studio Morasse/H. Dudemaine

Il y a 60 ans, le 10 octobre 1958, le gouvernement de John Diefenbaker octroyait le statut de réserve fédérale aux Abitibiwinnik de Pikogan. Retour sur ce fait historique assez unique dans l'histoire des réserves fédérales, qui marque aussi la sédentarisation d'un peuple nomade.

Avec les informations d’Émilie Parent-Bouchard

L'agent de développement culturel du conseil de bande de la nation Abitibiwinni, André Mowatt, vient souvent visiter le cimetière de Pikogan. C'est là, sur le bord de la rivière Harricana, qu'était établi l'un des derniers campements temporaires des Abitibiwinnik du Québec.

Le cimetière de Pikogan et son monument en mémoire des Abitibiwinnik.
Le cimetière de Pikogan et son monument en mémoire des Abitibiwinnik Photo : Radio-Canada/Émilie Parent-Bouchard

André Mowatt se souvient des femmes qui, l’été, lavaient les vêtements sur les pierres du premier rapide au nord d’Amos, dont le nom en langue algonquine signifie « rapide du vieux ». Il rappelle que ce sont leurs frères abitibiwinnik de la province voisine qui ont financé l'achat des terres et non le gouvernement fédéral, comme c’est le cas pour la plupart des réserves.

C'est que le traité numéro 9, officialisé le 7 juin 1906 au poste de traite de la Baie-d’Hudson du lac Abitibi, fréquenté par les Abitibiwinnik installés de part et d’autre de la frontière, s'applique seulement en Ontario. Le gouvernement canadien considère donc que les Algonquins disposent déjà d'une réserve, à Wahgoshig.

Un cadre avec une photo d'un chef amérindien indique Chef Tom Rankin 1945-1969.
Tom Rankin a été chef de la Première Nation Abitibiwinni de 1945 à 1969. Photo : Radio-Canada/Émilie Parent-Bouchard

Il y a une compagnie qui est allée faire des coupes forestières, précise André Mowatt. Et dans le traité [numéro 9], ça disait que si jamais il y avait une coupe forestière, ils allaient dédommager. [Donc], ils ont pris cet argent-là pour faire l'achat [des terres]. C'est assez inusité.

Une chose que les gens devraient comprendre, c'est que le territoire, le terrain de la réserve qui a été acheté ici à Pikogan, ça venait de l'argent des Abitibiwinnik et non du gouvernement.

André Mowatt

Sédentarisation d’un peuple nomade

Ces terres sont achetées des mains de l’agriculteur Mathieu Leclerc en 1955. Il faudra cependant attendre avant qu’elles soient habitées, puisque les Anichinabés continuent de voyager sur leurs territoires de chasse au gré des saisons, redescendant plus au sud l’hiver afin de se rapprocher des services accessibles à Amos, mais aussi du pensionnat autochtone de Saint-Marc-de-Figuery, où ils sont contraints d’envoyer leurs enfants à compter de 1955.

On était bien nomades, on était bien dans le Nord, dans le bois, se souvient le vice-chef Bruno Kistabish, qui parle de son enfance dans le secteur de Joutel comme des plus belles années de sa vie. Mais les gens ont voulu s'approcher du pensionnat de Saint-Marc. De leurs enfants qui fréquentaient le pensionnat, poursuit-il, la voix nouée par l’émotion que font remonter ces douloureux souvenirs.

Un homme autochtone sourit à la caméra, derrière son bureau.
Bruno Kistabish Photo : Radio-Canada/Émilie Parent-Bouchard

Arrivée des cinq premières familles

Il faut attendre 1964 pour que le gouvernement fédéral finance la construction des cinq premières maisons, très rudimentaires. Ce sont celles du chef Tom Rankin, de Moïse, David et Noah Kistabish ainsi que du conseiller Charlie Wylde.

Le sous-sol était sur le sable, témoigne la fille de ce dernier, Denise Wylde, qui habite toujours la petite maison remplie de souvenirs, la première que l’on croise en entrant dans la communauté. Un lit et un bureau, c'est à peu près tout ce qui rentrait dans une chambre! Et il y en avait trois. Donc, ce n'était pas grand pour 11 personnes!

Un photo d'archives montre le « Campement des sauvages » de Pikogan en 1918.
Groupe de colons et d'Amérindiens au campement amérindien, 1918   Photo : Société d'histoire d'Amos/Fonds Pierre Trudelle

Malgré le sacrifice du mode de vie nomade, la famille accède ainsi à une certaine stabilité, croit Mme Wylde.

Il était sûrement content d'avoir une maison, parce qu'il n'était pas obligé de chercher un loyer tous les ans, évalue-t-elle. Parce qu'on habitait en ville pour la période d'école, mais après ça, on lâchait le loyer, on allait rester à l’autre réserve [sur le bord de la rivière], indique Mme Wylde.

Dès 1967, les oblats entament la construction de l’église Sainte-Catherine, qui a longtemps été le seul bâtiment à ne pas appartenir au conseil de bande. La première messe y est célébrée le 19 mars de l’année suivante. L’École Migwan ouvre en 1969, puis le centre de santé et d’autres infrastructures. Les campements temporaires sont donc graduellement abandonnés.

L'École Migwan vue de l'extérieur.
L'École Migwan, à Pikogan Photo : Radio-Canada/Émilie Parent-Bouchard

Quel avenir?

Aucune célébration n’est prévue pour souligner les 60 ans de la création de la réserve. Mais ses membres voient tout de même grand pour l’avenir.

Denise Wylde, qui est devenue cette année la première propriétaire d’une maison sur la réserve, se réjouit de pouvoir léguer ce morceau de patrimoine familial, mais aussi historique, à ses descendants.

« Ce qui me rend fière aussi de vivre dans cette maison-là, c’est que mes enfants ont repris des valeurs que mes parents m’avaient enseignées, que j’avais perdues et qu’ils ont retrouvées, [comme] l’amour de la nature. »

Un Autochtone regarde la nature de manière contemplative.
André Mowatt contemple la rivière Harricana. Photo : Radio-Canada/Émilie Parent-Bouchard

Tous deux nostalgiques du mode de vie ancestral, André Mowatt et Bruno Kistabish ont aussi des revendications liées au territoire.

Qu’est-ce qu’on peut développer dans un petit territoire comme ça? s’interroge M. Mowatt, qui, soulignant qu’à peine la moitié de ses membres habitent la réserve, souhaite voir la communauté grandir. Éventuellement, ce qu’on veut, c’est l’autonomie. C’est ça que je veux pour mes enfants et mes petits-enfants, au lieu de toujours dépendre du ministère des Affaires autochtones, renchérit pour sa part Bruno Kistabish.

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