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Chronique vulgarisation scientifique : la fluorescence du grand polatouche

Région zéro 8

Avec Félix B. Desfossés

En semaine de 15 h 30 à 18 h

Chronique vulgarisation scientifique : la fluorescence du grand polatouche

Rattrapage du jeudi 14 janvier 2021
Un polatouche fluorescent dans le noir.

Certains animaux, comme le grand polatouche, sont fluorescents lorsque placés sous des lampes ultraviolettes.

Photo : National Geographic

La faune de l'Abitibi-Témiscamingue a un secret bien gardé : l'un des rares animaux fluorescents y vit. Le grand polatouche, que plusieurs appellent écureuil volant, fait effectivement partie des espèces à présenter un rare phénomène scientifique, la fluorescence.

L'ornithorynque a récemment fait parler de lui en raison de ce phénomène, mais des plantes, des amphibiens et des reptiles sont également fluorescents. Jusqu'à tout récemment, l'opossum était le seul mammifère fluorescent, mais à l'hiver 2019, des scientifiques ont découvert que c'était également le cas du grand polatouche.

La fluorescence est un phénomène qu'on observe lorsqu'on éclaire avec une lampe à ultraviolets les plantes ou les animaux qui possèdent cette capacité. À la lumière du jour, la couleur de leurs corps est tout à fait normale, mais dès qu'on les met sous une lumière à ultraviolets, on va voir des couleurs fluo apparaître, explique Julia Morarin, diplômée d’une maîtrise en archéo-biologie à l’Université de Montpellier et tout récemment détentrice d’une maîtrise en études autochtones à l’UQAT.

Ce sont des molécules fluorescentes qui composent les poils, les plumes ou la peau de ces animaux. Elles vont absorber de l'énergie lumineuse pour la restituer sous forme de lumière fluorescente, explique Mme Morarin. Si on veut aller un peu plus loin, ce qu'il faut savoir, c'est que ces molécules fluorescentes sont composées de plusieurs atomes agglutinés, qui sont collés entre eux, et qui sont eux-mêmes constitués de plusieurs électrons et d'un noyau. [...] Quand une molécule fluorescente va absorber un photon de lumière, ça va exciter les électrons qui composent les atomes de la molécule qui va leur renvoyer cette énergie sous forme de lumière fluorescente.

La découverte de la fluorescence du polatouche, en 2019, est tout à fait cocasse, selon la scientifique. Ce qu'il faut savoir sur le polatouche, c'est qu'il ne vole pas vraiment, c'est plutôt qu'il plane grâce à une membrane qui s'étend entre ses pattes avant et ses pattes arrière, qu'on appelle le patagium. C'est aussi un animal nocturne, dont c'est très difficile d'apercevoir un polatouche, tu l'aperçois au crépuscule de temps en temps, mais ce n'est pas évident. Au Québec, on a deux espèces de polatouche, le petit polatouche qui vit dans le sud de la province, et en Abitibi, on a surtout le grand polatouche, rappelle-t-elle.

Le polatouche a la fâcheuse habitude d'aller se nourrir dans les mangeoires pour oiseaux et c'est ainsi qu'un chercheur du nom de Jon Martin a réussi à l'observer. Ce cher monsieur Jon Martin se promenait de nuit avec sa petite lampe à ultraviolets dans l'espoir d'observer des grenouilles fluorescentes quand il a aperçu un polatouche rose fluo qui essayait de dérober des graines, raconte Julia Morarin.

Jon Martin et sa consoeur Paula Spaeth Anish se sont alors mis à étudier les peaux de polatouches empaillés au Minnesota et à Chicago. En tout, ils ont quand même trouvé 108 individus de polatouche qui ont révélé une fluorescence rose au niveau du ventre et de la queue de l'animal. D'habitude, ce sont des parties qui sont de couleur blanche ou grise à la lumière du jour, ajoute-t-elle.

Un polatouche sur une planche de bois.

Un polatouche

Photo : Photo libre de droit

Le polatouche est donc devenu le deuxième mammifère, après l'opossum, à présenter ce trait particulier. Par la suite, des scientifiques ont découvert la fluorescence de l'ornithorynque. Dans l'arbre phylogénétique, les opossums, les polatouches et l'ornithorynque ne sont pas du tout apparentés. Ça nous enseigne que la fluorescence, c'est un trait évolutif qui est apparu plusieurs fois dans l'histoire de l'évolution et pas une seule fois, souligne Mme Morarin.

Le polatouche est d'ailleurs le seul à émettre une lumière rose, les autres espèces ayant plutôt tendance à émettre une lumière bleue, rouge ou verte. Toutes ces nouvelles découvertes vont aider les scientifiques à déterminer à quoi sert réellement la fluorescence chez les animaux, parce qu'on ne sait pas vraiment. Il y a quand même plusieurs hypothèses qui ont été émises. Il y a certains chercheurs qui expliquent que la fluorescence serait un moyen de communication ou un moyen de se reconnaître entre individus d'une même espèce. C'est vrai qu'on sait aujourd'hui que la vision ultraviolette est très importante pour les animaux nocturnes, avance-t-elle.

Il y en a d'autres qui disent que ce serait un moyen de se camoufler parmi les plantes, parce qu'elles sont elles aussi fluorescentes la nuit. Il y en a d'autres qui disent que la fluorescence jouerait peut-être un rôle dans la reproduction. En gros, plus tu illumines, plus tu es sexy!, lance-t-elle.

Pour écouter la chronique complète, cliquez sur l'audiofil.

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