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Région zéro 8

Avec Félix B. Desfossés

En semaine de 15 h 30 à 18 h

Les impacts de la pandémie sur le deuil

Rattrapage du mardi 8 septembre 2020
Gros plan sur un cercueil.

Le deuil en temps de pandémie

Photo : Kzenon/Shutterstock

Le processus de deuil a été mis à mal par toutes les mesures de distanciation physique et de confinement.

Pour les proches, ne pas pouvoir accompagner leur être cher dans ses derniers moments ce printemps a rendu plus difficile la réalisation et l’intégration de cette perte. Ne pas pouvoir voir et accompagner la personne qui est en fin de vie a chamboulé le processus de deuil. Ça a été la réalité de nombreuses personnes qui ont perdu un proche à cause de la COVID, explique Mélanie Vachon, professeure au département de psychologie à l’UQAM et chercheure au Réseau québécois de recherche en soins palliatifs et de fin de vie (RQSPAL) et au Centre de recherche et d’intervention sur le suicide, enjeux éthiques et pratiques de fin de vie.

Certaines personnes peuvent vivre de la culpabilité ou de la colère de ne pas avoir pu être au chevet de l’être cher dans ses derniers moments. Plusieurs ont également été confrontés à un dilemme éthique difficile : être auprès de leur proche mourant ou respecter les consignes de la santé publique.

Adaptations des salons funéraires

Les salons funéraires ont réussi à s’adapter pour mieux répondre aux besoins de familles, parce que la normale ne reviendra pas de si tôt. On trouve d’autres manières d’exprimer nos sympathies au lieu de donner l’accolade, même si le manque de soutien social et de support physique peut rendre le deuil plus difficile. Annie St-Pierre, directrice générale de la Corporation des thanatologues du Québec affirme que cette gestion du deuil n’est pas naturelle, mais qu’il est essentiel de s’adapter.

Les rites funéraires sont vraiment importants dans le processus du deuil. Ils permettent de souligner la perte, de marquer le temps, de faire honneur à la vie de la personne ainsi que de pouvoir enclencher le processus de deuil. Certaines personnes qui n’ont pu réaliser de funérailles se sont confiées à Mélanie Vachon et ont affirmé ne pas ressentir encore leur deuil, comme s’il était en suspens et qu’il ne pouvait pas commencer réellement.

Mélanie Vachon est en train de réaliser une étude sur les impacts de la pandémie et du confinement sur le deuil de personnes qui ont perdu des êtres chers à cause de la COVID-19. Depuis avril, elle suit des personnes dans leur processus de deuil.

Selon elle, certaines personnes arrivent malgré tout à traverser leur deuil sans trop de complications. Elle est impressionnée par la résilience des endeuillés. Toutefois, d’autres ont plus de difficultés, pour diverses raisons. Quand on a le sentiment fondamental que la personne a contracté la COVID par injustice ou par négligence, que la situation aurait pu et dû être évitée, si on a le sentiment qu’on aurait dû être au chevet de la personne, et qu’on ne l’a pas été... ce sont tous des ingrédients qui viennent interférer avec le processus d’intégration et de recherche de sens dans le deuil, explique-t-elle.

Le deuil passe par l’intégration de cette nouvelle réalité, celle sans la présence physique de la personne. Les endeuillés doivent trouver un sens à leur perte afin de l’accepter. Les rituels aident énormément à cette étape du processus.

Le « retour à la normale »

Le retour à la vie normale est difficile pour tout le monde, mais particulièrement difficile pour les personnes endeuillées parce que, pour la plupart, il faut retourner à une “vie normale” qui est anormale, soit en télétravail, souvent seul à la maison. Dans un contact quotidien avec la pandémie où on entend exclusivement ou presque parler de ça, c’est difficile dans le fond de trouver sa place. D’entendre chaque jour les statistiques concernant le nombre de décès en une petite phrase rapide et tout de suite en passant au plan de match de la journée et que la COVID ça va bien, ça va bien aller. Donc c’est vraiment un quotidien qui n’a pas facilité l’intégration de la perte pour les personnes endeuillées

Mélanie Vachon, professeure au département de psychologie à l’UQAM

Bruno Fortin, psychologue et professeur associé à la faculté de médecine et des sciences de la santé à l’Université de Sherbrooke affirme que les endeuillés devront créer leurs propres rituels avec les ressources accessibles. Il propose également de réaliser des rituels qui ont du sens pour la personne endeuillée, comme écrire une lettre à la personne défunte, par exemple. Il n’y a pas de précédents pour ce que ces gens vivent, ceux-ci doivent donc trouver ce qui a du sens pour eux.

Il y a bien entendu des risques que les gens vivent des deuils complexes et prolongés. Malgré le temps qui devrait soulager et aider ces personnes, celles-ci pourraient ressentir encore des sentiments vifs et avoir des réactions intenses. L’absence de réconfort non verbal, l’absence de rites funéraires pour certains ainsi que la colère ou la culpabilité de ne pas avoir pu être au chevet de leur proche est des éléments qui peuvent compliquer le processus de deuil.

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