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Les Frères Flamingo, le destin doux-amer de deux musiciens d'Amos

Région zéro 8

Avec Félix B. Desfossés

En semaine de 15 h 30 à 18 h

Les Frères Flamingo, le destin doux-amer de deux musiciens d'Amos

Rattrapage du mardi 14 juillet 2020
Photo promotionnelle des Frères Flamingo

Photo promotionnelle des Frères Flamingo

Photo : Archives Félix B. Desfossés

Des années 50 à 70, les frères Hervé et Clermont Doucet ont connu une carrière musicale enviable au Québec. Ensemble, c'est sous le nom des Frères Flamingo qu'ils ont fait carrière. D'Amos à Deux-Montagnes, leurs destins ont toutefois connus des issues diamétralement opposées, l'une tragique, l'autre heureuse.

Écoutez ci-haut la chronique de Félix B. Desfossés pour entendre des extraits musicaux

Les hôtels d’Abitibi

Hervé et Clermont Doucet sont nés à Chandler, en Gaspésie, mais leurs parents ont relocalisé la famille dans le secteur d’Amos tôt dans leur vie, soit dans le secteur de St-Félix-de-Dalquier ou encore dans celui de St-Dominique-du-Rosaire.

C’est en Abitibi qu’ils ont l’idée de former un duo musical. Ils commencent dans les hôtels d’Amos sous le nom des frères Doucet. Raymond Larouche, qui a ensuite fait partie du groupe Les Titans et qui a longtemps été propriétaire d’un magasin de musique à Amos, se souvient très bien d’avoir été impressionné par le duo lorsqu’il les a vus pour la première fois, à son adolescence.

Les fantaisistes : une époque du divertissement québécois

Le type de spectacle que les frères développent est directement dans la veine des fantaisistes, c’est-à-dire dans l’interprétation de succès de l’heure, d’imitations et de sketchs humoristiques.

Par exemple, Raymond Larouche se souvient d’un numéro d’adresse musicale mené par les deux frères. “Hervé tenait le violon et sur ses genoux, la guitare. Clermont, derrière, tenait l’archet et le pic de la guitare”, raconte-t-il. Raymond et son frère Rodrigue Larouche ont été influencés à tenter le même genre de numéro sur scène par la suite. “Ils étaient en avance sur leur temps”, ajoute-t-il.

À la fin des années 50, les ensembles fantaisistes sont hyper populaires au Québec et les leaders de cette mouvance sont Les Jérolas, dont la popularité ne fait qu’augmenter depuis 1956. Ce type de spectacle qui allie humour et musique est fortement prisé dans les cabarets de la province qui sont alors les hauts-lieux de la diffusion culturelle. Bref, Les Jérolas ont été des pionniers de l’industrie du spectacle au Québec et ils ont montré au reste du Québec comment faire dans l’industrie en tant que fantaisiste. On les voit à Radio-Canada, dans les plus prestigieux cabarets du Québec dont le réputé Casa Loma de Montréal, jusqu’au Ed Sullivan show en 1963.

Plusieurs autres duo du même genre émergent de la province, dont Lionel et Pierre, Les Rythmos, Les Garçons de minuit. Chez nous, ce sont Les Frères Flamingo qui surfent sur cette vague.

Rappelons-nous d’ailleurs que Jérôme Lemay, des Jérolas, est originaire de notre région, né au Témiscamingue et grandit à Rouyn-Noranda.
Un premier contrat d’enregistrement

Les Frères Flamingo se font lentement remarquer à l’extérieur de la région. Ils joignent les fameuses tournées du producteur Jean Grimaldi et attirent l’attention de l’importante compagnie de disques RCA Victor, qui avait déjà Les Jérolas dans son écurie.

En 1959, Les Frères Flamingo lancent leur premier simple chez RCA. Ils y placent une composition rock’n’roll intitulée Mon américaine. C’est un fait remarquable puisque les compositions originales ne sont pas encore monnaie commune à cette époque, et celle dans le style rock’n’roll, en français, sont encore plus rare. On peut donc les considérer comme faisant partie des pionniers du rock’n’roll au Québec. Leur plus grand succès de cette première étape de leur carrière sera cependant leur reprise du succès country El Paso, chantée à l’origine par Marty Robbins.

Durant la première moitié des années 60, les frères changent de maison de disque. Ils signent avec Rusticana, dont le propriétaire est Roger Miron. Avec lui, ils enregistrent leur unique album complet ainsi que de près d’une dizaine de simples. En bons fantaisistes, leur répertoire varie entre des reprises de succès, des chansons comiques, chansons folkloriques, des ballades, mais aussi des compositions originales à la mode yéyé!

Malgré une production discographique constante, c’est surtout dans les cabarets que leur carrière connaît du succès. Ils remplissent des engagements un peu partout dans la province.

La fin du duo

La pochette de l'album Guitare concerto de Clermont Doucet, alias Nico

La pochette de l'album Guitare concerto de Clermont Doucet, alias Nico

Photo : Archives Félix B. Desfossés

En 1967, le rock psychédélique arrive et sonne le glas de la merveilleuse époque des groupes québécois des années 60. Hervé rencontre une femme, Charlotte Lapointe, qu’il va marier et avec qui il connaît une carrière en duo bien populaire au cours des années 70. Il s’établit dans le secteur de Deux-Montagnes et se démarque comme un important développeur culturel en y lançant une école de théâtre et une galerie d’art, en plus d’être un protecteur des animaux abandonnés, peintre et sculpteur. Notamment, il sauve des centaines de chats en les sortant de la rue et en leur trouvant des propriétaires! Il s’implique dans son milieu jusqu’à son décès, en 2011.

Clermont Doucet, de son côté, a moins de chance. Après la carrière des Frères Flamingo, il retourne s’établir à Amos.

Toujours passionné par la guitare, il enregistre un album solo instrumental à la guitare classique au début des années 70. Il se présente alors sous le nom d’artiste Nico. La pochette de cet album 33 tours laisse deviner un contenu sombre. Bien que son talent de guitariste y soit évident, le disque de Nico ne connaît pas de succès. En 1978, Clermont Doucet s’enlève la vie.

La carrière et la contribution au monde musical québécois des Frères Flamingo est méconnue, mais quand on prend le temps de s’y pencher, il est évident que les amossois ont connu de merveilleuses années dans l’industrie du divertissement de chez nous.

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