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Le tragique destin du hockeyeur abitibien Michel Brière

Région zéro 8

Avec Félix B. Desfossés

En semaine de 15 h 30 à 18 h

Le tragique destin du hockeyeur abitibien Michel Brière

Rattrapage du mardi 9 juin 2020
Un article paru dans le journal La Frontière relatant l'accident de Michel Brière

Un article paru dans le journal La Frontière relatant l'accident de Michel Brière

Photo : BAnQ Rouyn-Noranda / Journal La Frontière

Il s'agit de l'un des accidents de la route qui a le plus marqué les esprits en Abitibi-Témiscamingue. Il y a 50 ans, le 15 mai 1970, le jeune hockeyeur vedette Michel Brière perdait le contrôle de sa voiture dans une courbe dangereuse qui porte tristement son nom depuis.

Un texte de Félix B. Desfossés

Un brillant avenir

Né à Malartic en 1949, Michel Brière se démarque dès ses années juniors alors qu’il joue pour les Bruins de Shawinigan. En deux saisons juniors, il dispute 100 parties au cours desquelles il marque 320 points, dont 125 buts. C’est suffisant pour attirer l’attention d’équipes de la Ligue nationale de hockey. Un brillant avenir se dessine devant lui.

Au printemps 1969, Brière reçoit deux bonnes nouvelles. Il devient père d’un petit garçon, puis il est sélectionné en tant que deuxième choix des Penguins de Pittsburgh, 26e au total, dans le cadre du repêchage amateur de 1969. C’est donc dire que, malgré ses prouesses dans les rangs juniors, il n’est pas le joueur le plus attendu chez les Penguins. Cependant, ses coéquipiers se souviennent que, dès le camp d’entraînement, il démontre une détermination hors du commun.

Ses efforts portent ses fruits : Michel Brière se taille une place avec le grand club. Il arrive même à négocier son contrat. Alors que la direction de l’équipe lui offre un contrat d’entrée de 4 000 $, il arrive à obtenir 1 000 $ de plus. Son argument? Il jouera les 20 prochaines années de sa carrière pour les Penguins. Le destin en voulut autrement.

Espoir sportif et célébrations

Il n’en demeure pas moins qu’il livre la marchandise lors de la saison 1969-1970 avec une récolte 12 buts et 32 passes, un record pour une recrue chez les Penguins. Lors des séries éliminatoires, il se démarque encore davantage en ajoutant 5 buts et 3 passes en 10 matchs à sa fiche de pointage. Il enfile aussi le but gagnant d’un match qui mène à l’élimination des défunts Seals d’Oakland. Michel Brière termine sa première saison dans la LNH avec brio, laissant présager le meilleur pour la saison suivante et la suite de sa carrière.

Durant la pause estivale, il retourne chez lui, à Malartic. Commence alors l’organisation de son mariage. Sa conjointe Michèle Beaudoin et lui prévoient se marier le 6 juin 1970. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes pour le jeune vingtenaire, mais ses jours sont comptés.

Avec les sous durement gagnés avec son contrat habilement négocié, Brière s’était payé un rutilant bolide Mercury Cougar de l’année. Un proche racontait au journal La Frontière, en 1970, que le jeune homme avait peu d’expérience au volant de son muscle car. Il avait conduit son automobile seulement à Pittsburgh avant de retourner chez lui. ll n’était pas complètement habitué aux manoeuvres, expliquait celui qui l’hébergeait à Pittsburgh, Bill Hodill.

Toujours dans le journal La Frontière, on ajoute que selon la mère du joueur, ce dernier, depuis son retour à la maison il y a un mois, entreprenait souvent de courts voyages avec ses amis dans les environs de Malartic. C’est le contexte fatidique dans lequel Michel Brière a vécu ses derniers moments de bonheur.

La malchance frappe deux fois

Le vendredi 15 mai 1970, vers 21 h, Brière est sur le chemin du retour du village de Rivière-Héva, en direction de Malartic. Il est accompagné de deux amis. En négociant une courbe prononcée, le conducteur perd le contrôle de son véhicule. De nombreux tonneaux s’en suivent. Michel Brière est éjecté loin de sa voiture par la force de l’accident et subit de graves blessures à la tête. Ses amis s’en sortent mieux, avec quelques blessures dont ils ne gardent pas de séquelles.

Une ambulance est dépêchée sur les lieux. Après avoir embarqué l’homme, les ambulanciers prennent le chemin de l’hôpital Saint-Sauveur de Val-d’Or. Mais la malchance frappe une seconde fois.

Un motocycliste de 18 ans se trouvant sur le chemin du véhicule d’urgence est happé à mort par l’ambulance. La situation va de mal en pis.

À l’hôpital de Val-d’Or, Michel Brière est plongé dans un coma. On l’embarque alors dans un avion qui le transporte à Montréal où il pourra recevoir des soins plus spécialisés, étant donné la gravité de ses blessures. Il ne reviendra pas en Abitibi de son vivant.

« Tout ce que nous pouvont faire c'est de prier »

Malgré son état comateux, son équipe garde espoir. Tout ce que nous pouvons faire est prier, avait dit à La Frontière Leonard “Red” Kelly, entraîneur-chef des Penguins. Tout au long de la saison 1970-1971, ses coéquipiers ont emporté avec eux sur la route l’équipement de Michel Brière, afin que leurs pensées demeurent avec lui, mais en vain.

Après 11 mois de coma, de brefs réveils, d’espoirs et de craintes, au cours desquels celle qui devait devenir son épouse le visite le plus régulièrement possible, Michel Brière meurt d’une pneumonie le 13 avril 1971.

Des milliers de personnes en deuil à Malartic

Un article du journal La Frontière d'avril 1971

Un article du journal La Frontière d'avril 1971

Photo : BAnQ Rouyn-Noranda / Journal La Frontière

Une gigantesque cérémonie funéraire qui rassemble plus de 6 000 personnes se tient à Malartic durant les jours qui suivent. Plusieurs de ses coéquipiers, dont Jean Pronovost, futur entraîneur-chef des Huskies de Rouyn-Noranda, sont du nombre. Plusieurs représentants de la haute direction des Penguins de Pittsburgh se rendent aussi à Malartic, dont son entraîneur, Red Kelly. Le cortège funèbre défile sur la rue Royale. On peut y remarquer une gerbe de fleurs en forme de Coupe Stanley offerte par la LNH.

Aucun autre joueur des Penguins de Pittsburgh n’a porté le numéro 21 de Michel Brière par la suite, bien qu’il ait seulement été retiré en 2001. Un trophée honorant le joueur le plus utile porte maintenant son nom dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, tout comme le trophée remis à la recrue de l’année chez les Penguins. L’aréna de Malartic est également baptisé en sa mémoire.

La courbe Brière

La courbe située sur la route 117, à quelques kilomètres de Malartic, dans laquelle Michel Brière a subit son accident, se voit aussi désignée par le nom du hockeyeur par les gens du coin et devient, par la force des choses, un lieu-dit. D’ailleurs, le controversé projet de loi 61 du gouvernement Legault, qui doit être déposé cette semaine, promet d’accélérer les travaux qui permettront d’adoucir cette courbe… 50 ans après ce tragique événement.

Un article du journal La Frontière relatant la mort du hockeyeur Michel Brière

Un article du journal La Frontière relatant la mort du hockeyeur Michel Brière

Photo : BAnQ Rouyn-Noranda / Journal La Frontière

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