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La folle histoire de William Johnston, le pirate des Mille-Îles

Région zéro 8

Avec Félix B. Desfossés

En semaine de 15 h 30 à 18 h

La folle histoire de William Johnston, le pirate des Mille-Îles

Rattrapage du mercredi 19 février 2020
Un portrait dessiné à la main d'un homme au 19e siècle.

Un portrait de William «Bill» Johnston publié dans le livre «Pictoral Field Book of the War of 1812».

Photo : Pictoral Field Book of the War of 1812

William « Bill » Johnston, né le 1er février 1782 à Trois-Rivières et décédé le 17 février 1870 à French Creek (aujourd'hui Clayton), dans l'État de New York, était connu comme hors-la-loi, contrebandier et voleur, opérant dans la région des Mille-Îles, entre l'État de New York et l'Ontario. Il a été surnommé « Le pirate du Saint-Laurent », même s'il a principalement été actif dans les Mille-Îles.

Une chronique de Marie-Ève d'Entremont

Alors qu’il a à peine deux ans, sa famille déménage près de Kingston, dans le Haut-Canada, où il apprend rapidement la navigation grâce à son métier d’affréteur (expéditeur de marchandises) sur le Saint-Laurent. Le jeune homme décide rapidement de participer à la contrebande qui a cours le long de la frontière canado-américaine, surtout que le commerce formel y était limité en raison de l’adoption par les États-Unis de la Loi sur l’embargo de 1807, qui restreignait le commerce avec la Grande-Bretagne. On se rappelle que le Canada était une colonie anglaise à l’époque et que cette loi affectait le commerce entre les États-Unis et le Canada.

De contrebandier à pirate

Comme beaucoup d’histoires, la sienne en est une de déception, et par la suite, de vengeance… En 1812, c’est le début de la Guerre anglo-américaine, dont les ramifications sont multiples. Les États-Unis ressentent un grand ressentiment à l’égard de la Grande-Bretagne, parce que le pays est un peu pris au milieu du conflit européen qui oppose la France de Napoléon et le Royaume-Uni.

Donc dans le cadre de la guerre de 1812, qui opposait les États-Unis à la colonie britannique qu’est le Canada, William Johnston sera arrêté et accusé d’être un espion au service des Américains. Il est emprisonné et tous ses biens sont saisis. Là, l’histoire n’est pas claire : travaillait-il réellement pour les États-Unis, ou s’agissait-il de rumeurs? Les sources ne sont pas formelles, mais elles auraient tendance à pencher pour la seconde option, c’est-à-dire qu’il a été accusé à tort en raison de son mariage avec Ann Randolph, une Américaine, et de ses liens d’amitié avec plusieurs Américains.

Toujours est-il qu’il a réussi à s’évader de prison et s’est rendu en canot au large des côtes de la baie de Chesapeake. Dans son cas, on peut parler de prophétie autoréalisatrice; s’il n’était pas déjà espion pour le compte des États-Unis, il l’est devenu après le traitement que les Britanniques lui ont fait subir. Il s’est monté une petite équipe et s’est mis à terroriser la rive canadienne, et à attaquer le trafic britannique et canadien sur le fleuve.

Une vengeance

Son fiel était concentré à l’endroit de la Grande-Bretagne, qui l’a « trahi ». Il était à ce point anti-britannique qu’il a rejoint l’organisation qui se faisait appeler les Loges des chasseurs, ou encore les chasseurs patriotes, qui avait comme objectif de « libérer » le Canada du joug anglais (entre 15 000 et 200 000 membres). Tout ça se produit dans le cadre des rébellions patriotes… du Haut-Canada, eh oui.

Le 30 mai 1838, Bill Johnston effectue son coup d’éclat le plus spectaculaire, celui pour lequel sa capture sera mise à prix : avec ses hommes, ils saisissent le bateau à vapeur Sir Robert Peel, qui transportait l’entièreté de la paie des troupes britanniques stationnées au Haut-Canada. 175 000 $ en argent comptant, bijoux et argenterie! Ils évacuent le butin et l’équipage, puis mettent le feu au bateau.

Lord Durham, qui est à ce moment Gouverneur général du Canada, offre une récompense de 5000 $ pour la capture de William Johnston. Il continue de participer à des attaques des chasseurs contre les Britanniques au Haut-Canada, et après que les Britanniques accusent les Américains de soutenir la piraterie, ceux-ci arrêtent Bill Johnston et le condamnent à un an de prison… de laquelle il s’enfuit, encore une fois.

La fin de sa vie

Il finira par sortir de sa cachette et demander un pardon au président américain nouvellement élu, William Henry Harrison, qui le lui accordera. Il va devenir gardien du phare de Rock Island et tiendra une taverne à Clayton, où, la légende veut que, lors de fêtes, la famille Johnston et ses invités mangeaient dans de l’argenterie volée sur le Sir Robert Peel.

Il mourra de causes naturelles le 17 février 1870, à l’âge de 88 ans. Même s’il est pratiquement inconnu au Québec, il a une très grande notoriété, surtout aux États-Unis : des chansons et des poèmes célèbrent sa vie, des romans et des pièces de théâtre ont été écrits sur lui, et il y a même des célébrations, les Bill Johnston’s Pirate Days, à Alexandria Bay, bordant les Mille-Îles dans l’État de New York, qui célèbrent sa légende! Dix jours d’activités et de costumes… et bien sûr, la fameuse activité où la ville est « attaquée » par des « pirates » qui, après avoir été repoussés par les « villageois », finissent par prendre le contrôle de la ville… et tout à coup, tout le monde devient pirate!

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