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Annie-Claude Luneau
Audio fil du lundi 13 mai 2019

Historique des émissions d'arsenic de la fonderie Horne

Publié le

Un quartier résidentiel juste à côté d'une zone industrielle.
Les enfants du quartier Notre-Dame, à Rouyn-Noranda, sont surexposés à l'arsenic.   Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Dès ce soir, les parents du comité citoyen du quartier Notre-Dame de Rouyn-Noranda vont finalement recevoir les résultats d'une étude réalisée 2018 sur l'exposition de leurs enfants au plomb et à l'arsenic. Après avoir revu l'histoire des émanations de soufre et de plomb à la Fonderie Horne, on se penche aujourd'hui sur l'histoire de la présence de l'arsenic.

Pas de soucis avec l’arsenic...

Bien que les activités minières de la mine Noranda aient commencé en 1927, il faut attendre 1975 pour obtenir une première étude sur les émissions polluantes de l’entreprise. On y découvrait que « les cheminées de la mine Noranda rejetaient 680 tonnes par mois de diverses matières, dont 110 tonnes de plomb, 110 tonnes de zinc, 25 tonnes d'arsenic, 13 tonnes de cadmium », selon le document Dossier CSN, publié le 15 février 1981.

À ce moment-là, l’arsenic n’inquiète pas beaucoup. Mais aujourd’hui, on sait qu’il s’agit d’un cancérigène dont les effets sont prouvés chez l’homme.

Début des années 1980, une seconde étude vient étoffer les résultats de celle de 1975. « En 1982, une étude sur la santé des travailleurs de la Fonderie Horne et de la mine est menée par des chercheurs du Mount Sinaï School of Medecine of New York University à la demande du nouveau syndicat affilié à la Centrale des syndicats nationaux (CSN). Cette étude prouve que les employés de la Fonderie plus particulièrement, et ceux de la mine en général, sont exposés à des émanations d'arsenic, ce qui nuit à leur santé », écrit l’historien François Labbé, auteur du texte Histoire des soins de santé à Rouyn-Noranda, 1925-2011.

Cependant, au cours des années 1980, deux combats majeurs sont menés contre la Fonderie Horne et ses émanations toxiques. On veut faire cesser les émanations de soufre et faire diminuer celles de plomb. Dans les deux cas, ce sera fait, grâce à la mobilisation des citoyens et la collaboration de l’entreprise et des différents paliers de gouvernement.

Hausse constante dans les années 1990

Ainsi à partir de la fin des années 1980 et du début des années 1990, on prend régulièrement des mesures des émissions toxiques et polluantes de la Fonderie. De sorte qu’on observe de plus en plus la présence d’arsenic dans l’air… Au point où le gouvernement est forcé d’agir, en 2004, afin de demander à la Fonderie de réduire ses émissions.

Les autorités affirment avoir constaté une hausse constante de 1991 à 2000. En 1991, on calculait 164 nanogrammes d’arsenic par m3 (ng/m3) à Noranda, alors qu’en 2000, c’est 1041 ng/m3 qu’on enregistre. Il s'agit d'une augmentation de 635 %!

La Fonderie est alors la plus grande émettrice d’arsenic au Canada, loin devant les entreprises qui la suivent.

En tonnage, cela correspond à :

  • 1975 : 300 tonnes d’arsenic rejetées dans l’air durant l’année
  • 1994 : 28 tonnes d’arsenic rejetées dans l’air durant l’année
  • 1998 : 79 tonnes d’arsenic rejetées dans l’air durant l’année
  • 2000 : 61 tonnes d’arsenic rejetées dans l’air durant l’année
  • 2001 : 98,3 tonnes d’arsenic rejetées dans l’air durant l’année

Porter des masques à longueur d’année

Par ailleurs, en juin 2002, les employés de la Fonderie entrent en grève parce que les négociations avec l’employeur achoppent sur plusieurs points, dont sur le manque d’engagement de la partie patronale à diminuer les émissions de béryllium et d’arsenic.

Le syndicat demande notamment « que le représentant à la prévention puisse faire son travail en santé et sécurité du travail, dans le contexte des maladies professionnelles et risques d'accident » et « que la Noranda dédommage les travailleurs qui ont été rendus malades par leur travail ».

On estime alors que 28 personnes ont été rendues malades à cause de leur travail pour la compagnie. La grève dure jusqu’en mai 2003, donc, presque un an!

Le ministère de l’Environnement n’avait pas de norme prescrite à respecter en ce qui concerne la présence d’arsenic dans l’air. Mais la Fonderie, elle, en adopte une pour ses employés. Selon Daniel Guimond, président du Syndicat des travailleurs de la mine Noranda (Fonderie Horne) CSN, cité par L’Aut’ Journal en 2004 : « Dans la Fonderie, nous portons des masques lorsque nous sommes exposés à 3 ng/m3 d’arsenic [...] [Il] faudrait que les citoyens portent des masques à l’année longue si la Horne ne corrige pas la situation. »

Un rapport de 2005 suppose que de nouveaux procédés métallurgiques implantés au cours des années 1990 soient à l’origine de ces augmentations.

Des objectifs à atteindre

En 2001, la Fonderie se donne l’objectif de réduire ses émissions à la cheminée de 85 %. Des installations ont été mises en place et devaient entrer en fonction en 2005.

Les chiffres commencent à diminuer…

  • 2000 : 1 041 ng/m3
  • 2002 : 936 ng/m3
  • 2004 : environ 500 ng/m3

En 2004, le gouvernement constate ces diminutions, mais exige que la Fonderie en fasse encore plus pour diminuer ces taux, cette fois à 10 ng/m3 avant juin 2006, et ce, afin que le quartier se situe à des niveaux semblables à ceux des autres villes du Québec. Le niveau observé dans d’autres villes québécoises est alors de 1 à 2 ng/m3.

Un premier plan est adopté. La Fonderie devra optimiser des équipements existants, évaluer et concevoir des modifications aux équipements existants et finalement évaluer des concepts entraînant des changements technologiques majeurs dans le procédé.

Le gouvernement impose aussi à la Fonderie de présenter un plan permettant de continuer à réduire ces taux jusqu’à une valeur de 3 ng/m3. Cette demande ne sera jamais réalisée...

Des améliorations...

En 2005, les données des trois premiers mois de l’année démontraient des résultats d’arsenic inférieurs à ce qu’ils étaient par le passé. Les concentrations annuelles étaient en diminution en comparaison avec l’an 2000.

En 2005-2006, on procède aussi à une étude d’arsenic urinaire chez les citoyens du quartier Notre-Dame, mais aujourd’hui, on juge que ces résultats ne sont pas suffisamment probants pour être utilisés à titre de comparatif.

En juin 2005, Noranda fait l’acquisition d’actions, ce qui rend l’entreprise actionnaire majeur de sa rivale Falconbridge. Le nom Noranda disparaît, c’est l’appellation Falconridge qui est retenue. Moins d’un an plus tard, en 2006, Falconbridge est achetée par la compagnie XStrata. Cependant, 2006 était la date butoir pour arriver à l’objectif de diminuer les émanations d’arsenic au niveau de 10ng/m3… Et cet objectif semble s’être perdu dans les transactions…

… et des reculs

En avril 2010, Falconbridge a choisi de déplacer les activités de sa fonderie de Timmins vers la Fonderie Horne. Ainsi, le volume de traitement augmente considérablement à Rouyn-Noranda.

Le groupe Mines Alertes dénonce cette décision, affirmant que les installations de Timmins étaient plus écologiques que celles de Noranda, puisque des rénovations avec objectif de réduction d’émissions polluantes y avaient été effectuées quelques mois avant sa fermeture.

Mines Alertes affirme aussi que Falconbridge choisit de déménager ses activités de l’Ontario vers le Québec à cause de règles environnementales moins contraignantes. L’entreprise répond que les lois environnementales du Québec ne sont pas moins contraignantes, mais plus claires que celles de l’Ontario.

Dans le document Engagement social 2010 publié par XStrata Fonderie Horne, on peut lire qu’« en 2010, nous avons rencontré notre engagement de ne pas dépasser 200 ng/m3 d'arsenic dans l'air ambiant à la station d’échantillonnage la plus près de l’usine ».

En mai 2013, XStrata est acquise par Glencore.

En 2018, on annonce qu’une étude est réalisée chez les jeunes enfants du quartier Noranda. On va chiffrer le taux d’arsenic accumulé dans leurs ongles.

Alors qu’on indiquait aux parents qui acceptaient que leurs enfants participent à l’étude qu’une lettre leur serait envoyée si les résultats de leur enfant étaient rassurants ou qu’ils seraient contactés par le Centre intégté de santé et de services sociaux de l'Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT) advenant le cas que les résultats soient inquiétants, on sait maintenant que ces résultats ont circulé dans les mains de plusieurs intervenants, avant d’être divulgués aux parents.

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