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Marie-Louise Arsenault
Audio fil du vendredi 12 janvier 2018

L'éternel Jean-Paul Daoust : ode au temps

Publié le

Jean-Paul Daoust lève une main en parlant au micro.
Jean-Paul Daoust présente son Ode temps.   Photo : Radio-Canada / Christian Côté

« Le temps qui nous est prêté comme un cadeau, que trop de gens ne savent pas comment déballer, chaque seconde si unique dans sa chute, tel un éclat d'éternité. » Notre flamboyant poète en résidence Jean-Paul Daoust prend le temps de réfléchir sur les secondes qui passent. Il concocte un poème tout en douceur, un poème au ralenti à propos de notre empressement, notre obsession de contrôler le temps, et qui invite à s'y abandonner.

ODE AU TEMPS

Le temps insaisissable qui fait des pirouettes
Pour nous narguer
Avant qu’il ne disparaisse brutalement
Quand la dernière seconde s’est écoulée
Dans un sablier qu’hier encore
Semblait si rempli de projets d’extases de mirages

Ce temps dont on dit qu’il passe trop vite
Alors que parfois il s’englue dans l’ennui
Puis ce temps intérieur complètement parallèle
À celui qui agite le monde
Alors, lequel des deux est le vrai?

Et si le temps n’était qu’une invention humaine
Pour mieux régler l’économie?
Ce temps vif-argent
Qui glisse entre nos doigts
Comme autant de promesses

Plus on vieillit plus il s’emballe
À l’enfance le temps paraît interminable
Ces longues journées qui n’en finissent plus
Chaque heure une démesure accablante

Puis arrivent les contraintes du temps
Que la société impose
Les horaires scolaires puis ceux du travail
Les échéanciers à affronter
Qui nous épuisent parfois jusqu’au burnout
Le temps découpé comme un saucisson
Cette horloge inventée par l’humain
Qui se traduit en performances
En chiffres qui tuent

Alors que le vrai temps est ailleurs
Dans les nuages qui folâtrent
Dans la rosée qui perle
Dans les parfums qui flânent
Dans les flocons qui se déposent
Sur nos peaux ardentes

Le temps social et le temps personnel
Qui s’affrontent si souvent
En une querelle millénaire et dérisoire
Ces courses contre la montre
Ces records de vitesse à abattre

Pour qui? Pour quoi?
Sinon pour rassasier un instant un orgueil
Sans cesse démesuré
À l’affût des divinités muettes
Le temps et ses couleurs
Le temps de la haine étant beaucoup plus long

Que celui de l’amour
Ce dernier vole alors que l’autre stagne
Tourner en rond dans les heures
Pièges ridicules que l’on a pourtant inventés
Alors que la lumière joue dans la neige
Tous ces gens aveuglés par une vie turbulente
Qui oscille constamment entre les fous rires et les pleurs
Les colères et les espoirs

Le temps qui nous est prêté comme un cadeau
Que trop de gens ne savent pas comment déballer
Chaque seconde si unique dans sa chute
Tel un éclat d’éternité
Mais oui le temps nous est compté

Sincèrement : voudriez-vous vraiment être éternels?
L’éternité n’est qu’une abstraction
Tout comme le temps d’ailleurs
Une lubie qui piège l’humanité depuis toujours

Le présent a le visage du passé
Avec le temps tout s’en va chante Ferré
Et le temps de passer en semant
Des fleurs de cendre sur nos tombes
Carpe diem comme le chantent les philosophes-poètes
J’ai des souvenirs comme si j’avais mille ans
Clame ce lucide Baudelaire

Avant de sombrer dans la démence
Le temps du rêve n’a rien à voir avec celui de la banque
Le temps de l’instinct agace celui de l’intelligence
Le temps de la folie dérange celui de la raison

Ô temps suspends ton vol! implorait Lamartine
Parfois cette prière est exaucée hélas!
Un être cher disparaît et tout s’arrête
La mort ce miroir éteint qui annule tout
Tel un éventail qui se referme d’un coup sec

N’attendez pas ce moment-là pour apprécier
La vie qui vous a été donnée
Le temps n’est ni votre allié ni votre ennemi
Oubliez toutes ces images baroques
Romantiques à l’excès qu’il engendre
Il est le mouvement de votre respiration
Conditionnée par cette planète
Si relatif comme disait Einstein

Le temps ne vous appartient pas
Il ne vous appartiendra jamais
Libre à vous d’en faire ce que vous voulez
Le temps ce feu qui nous brûle

Jean-Paul Daoust

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