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Marie-Louise Arsenault
Audio fil du mardi 10 mai 2016

Pourquoi j'écris, avec Éric Plamondon

Publié le

L'écrivain Éric Plamondon
L'écrivain Éric Plamondon   Photo : Radio-Canada/Amarilys Proulx et Le Quartanier

Éric Plamondon, auteur de la trilogie 1984, commence tout juste à accepter le fait qu'il pratique bel et bien le métier d'écrivain. Celui qui a été cueilleur de blé d'Inde, pompiste, laveur de tapis, quincaillier, serveur, barman, professeur de français, ouvrier de chai à Saint-Émilion, chargé de communication et guide à vélo dit maintenant qu'il ne pourrait plus exercer un autre métier que celui d'auteur.

À quel âge avez-vous écrit votre premier texte?

Mon premier texte, c’est pour moi mon premier roman publié chez un éditeur il y a presque cinq ans, en 2011. J’étais alors un jeune auteur de 40 ans. Sinon, mon premier texte « public », je l'ai écrit en troisième secondaire. Il fallait écrire un commentaire critique à propos de l’année internationale de je ne sais plus quoi, et mon professeur m’avait demandé s’il pouvait garder mon texte pour l’utiliser comme exemple dans ses autres cours.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire?

J’ai l’impression d’avoir toujours eu envie d’écrire. Ça vient de loin, ça vient peut-être de ma jeunesse plutôt solitaire. J’ai grandi un peu dans le bois, dans un rang à Cap-Santé. Quand j’étais tout seul dans ma chambre, l’écriture me donnait l’impression de partager, de dialoguer en l’absence d’interlocuteur. Dans ma solitude, je n’étais plus seul.

Vos parents étaient-ils fiers de vous?

Je pense que oui. Mais c’est surtout mon passage à Radio-Canada, à la parution de Hongrie-Hollywood Express en 2011, à cette même émission où vous m’aviez invité, qui les a rendus le plus fiers. D’une certaine manière, ça devenait plus réel pour eux, on en parlait à la radio d’État.

Pourriez-vous nous lire un extrait d’un texte de jeunesse?

Quand ma blonde m’a quitté à 15 ans, je me souviens d’avoir écrit un court poème qui disait, sans même se donner la peine de rimer :

Les peines d’amour sont comme des traces de pas dans le sable,
L’océan qui est comme le temps finit toujours par les effacer.

Auteur

Qui vous a donné votre première chance, vous a donné confiance?

Une professeure de français au Cégep de Thetford Mines. Il fallait écrire une nouvelle. J’étais assez content de mon histoire, et voilà que le jour où la professeure rend les copies, non seulement j’ai une excellente note, mais elle me demande si elle peut garder mon texte pour l’envoyer à une revue à Montréal. Je crois qu’elle parlait de la revue XYZ. L’histoire s’appelait Annie la pomme. Je ne sais pas si j’ai été publié, mais j’ai su qu’un jour ou l’autre, je le serais.

Le meilleur conseil qu’on vous a donné?

Étudiant libre à l’Université Laval, j’ai suivi un cours de création littéraire. Le professeur avait dit cette phrase qui m’avait marqué : « Avant d’écrire un livre, il faut d’abord en avoir traduit un. » C’est pour ça que j’ai traduit un livre de l’écrivain américain Richard Brautigan avant de me lancer dans mon premier roman. J’ai traduit An Unfortunate Woman: A Journey, paru pour la première fois en anglais en 2000, des années après la mort de l’auteur. Ce que je n’avais pas compris encore en commençant, c’est que Christian Bourgois avait déjà publié en 1994 la version française, sous le titre Cahier d’un retour de Troie. Marc Chénetier, le traducteur, avait reçu le manuscrit de Brautigan lui-même, en 1983. Mais j’ai quand même continué pour l’exercice. C’était vraiment un entraînement avant d’écrire mon livre à moi.

Quel autre métier avez-vous exercé?

Cueilleur de blé d’Inde, pompiste, laveur de tapis, quincaillier, serveur, barman, professeur de français, ouvrier de chai à Saint-Émilion, chargé de communication, guide à vélo...

Quel sentiment avez-vous éprouvé lorsque vous avez vu votre première œuvre publiée?

Un sentiment de fierté, mais aussi un autre sentiment, auquel je ne m’attendais pas : quelque chose du domaine de la perte, un peu de déception, au fond. J’ai ressenti ça dès le soir du lancement. Ça ne changeait pas ma vie autant que je l’aurais cru. Avec le temps, oui, mais sur le moment, ce premier achèvement me faisait réaliser que c’était le début de quelque chose qui ne serait jamais achevé. Mon premier roman n’était plus une fin en soi, mais le début d’une histoire sans fin.

Quelle est votre motivation quotidienne?

Je l’ai puisée chez Baudelaire : « Une nourriture très substantielle, mais régulière, est la seule chose nécessaire aux écrivains féconds. L’inspiration est décidément la sœur du travail journalier. »

Dans tout ce que vous avez écrit, de quoi êtes-vous le plus fier?

Je suis fier d’avoir bouclé la trilogie. Encore plus quand je vois les trois romans réunis en un seul volume, comme l’ont été plusieurs des livres de Brautigan, écrivain à qui la trilogie rend hommage.

Écrivez-vous à voix haute?

Quand j’hésite entre deux mots ou que je bloque sur un passage en particulier, il m’arrive de relire à voix haute. Je suis plus attentif à l’aspect sonore et rythmique de mes phrases depuis que j’ai assisté à des lectures publiques de mes textes.

Un mot ou une ponctuation que vous affectionnez particulièrement, que vous aimez écrire?

« Ça »! Ça tousse, ça crache, ça marche, ça avance...

Êtes-vous sensible aux commentaires (critiques, regard des autres)?

Je pense que je le suis davantage que je veux bien me l’avouer. Même si j’essaie toujours de garder cette phrase en tête : « Il ne faut pas se laisser définir par le regard des autres. »

Pourquoi ou pour qui écrivez-vous?

J’écris d’abord pour moi. Si je n’ai pas de plaisir, ça ne sert à rien.

Comment imaginez-vous vos lecteurs?

Mon lecteur idéal ou ma lectrice idéale se prélasse sur la plage, sourire aux lèvres en lisant mon livre.

Avez-vous été étonné par certaines perceptions qu’on avait de votre travail?

Je suis encore étonné aujourd’hui que les romans de la trilogie marchent si bien, qu’ils aient trouvé leur public, malgré leur construction narrative atypique.

Avez-vous expérimenté la création sous influence?

Oui.

En vous relisant, à jeun, vous êtes-vous trouvé bon?

Pas spécialement bon, mais ça m’a souvent mis sur la piste d’idées assez originales.

Quel serait l’honneur qui vous comblerait le plus?

Le Pulitzer ou le Goncourt, ça serait bien. Plus sérieusement, en tant que Québécois qui vit en France, j’ai un faible pour le prix France-Québec.

Comment souhaiteriez-vous que l’on se souvienne de vous?

Comme de quelqu’un qui a réalisé son rêve : devenir écrivain.

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