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Marie-Louise Arsenault
Audio fil du jeudi 29 mars 2018

Pourquoi j'écris? Les réponses d'Yvon Rivard

Publié le

Il sourit à la caméra.
L'auteur Yvon Rivard   Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

Yvon Rivard publie chez Leméac Le dernier chalet, un livre qui raconte l'histoire d'un homme qui s'isole au bord du fleuve pour y apprendre à mourir. L'auteur découvert par nul autre que Hubert Aquin se prête au questionnaire « Pourquoi j'écris » et explique que c'est à la suite d'une lecture inspirante de Jacques Prévert qu'il s'est découvert une passion pour l'écriture.

Pourquoi j’écris

À quel âge avez-vous écrit votre premier texte?
À 12 ans, je crois, j’étais en cinquième année, et il fallait écrire une lettre à un ami qui voulait quitter l’école pour le convaincre de continuer ses études. Le professeur, un frère de l’instruction chrétienne, a tellement aimé ce texte qu’il l’a distribué à quelques collègues dans d’autres écoles primaires. Je ne sais pas si j’ai réussi à convaincre quelques aspirants décrocheurs, mais je me suis convaincu moi-même puisque je n’ai jamais quitté l’école et suis devenu professeur. Ça, c’était mon premier essai. Les premiers textes de fiction, c’était des poèmes.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire?
D’abord, la lecture des poèmes de Jacques Prévert : je trouvais ça drôle et facile à imiter. J’ai donc écrit une trentaine de sous-imitations de Prévert. Ensuite, j’ai lu Pieds nus dans l’aube, qui raconte une enfance semblable à la mienne, et je me suis dit que ma vie pouvait devenir un livre. Mais j’ai vraiment commencé à écrire après avoir lu Les cahiers de Malte, de Rilke. Bref, ce qui me donne envie d’écrire, c’est toujours le désir d’imiter une œuvre que j’admire, une œuvre qui me révèle à moi-même.

Vos parents étaient-ils fiers de vous?
Oui, car, comme beaucoup d’êtres qui ont dû quitter l’école très tôt, ils tenaient à ce que leurs enfants fassent des études. Et comme il n’y avait pas de livres chez nous, imaginez la fierté d’avoir un écrivain dans la famille, fierté encore plus grande que d’avoir un prêtre. Quand j’ai apporté mon premier livre, mon père, qui n’avait jamais lu un livre, s’est mis à pleurer.

Qui vous a donné votre première chance, vous a donné confiance?
Hubert Aquin, qui était alors directeur littéraire aux éditions La Presse. Je lui avais envoyé le manuscrit de mon premier roman, Mort et naissance de Christophe Ulric. À la fin de l’été 75, je rentre de vacances et trouve une lettre d’un autre éditeur à qui j’avais soumis le manuscrit qui refusait de le publier « parce que c’était trop allemand ». J’étais très content d’être ainsi refusé, car j’aimais beaucoup la littérature allemande, et voilà que le lendemain je recevais un appel d’Hubert Aquin qui me demandait de lui réserver ce livre. Cela m’a donné une confiance qui ne m’a pas quitté. Je lui dois beaucoup.

Quel est le meilleur conseil qu'on vous ait donné?
« Écris, même si tu n’as rien à dire. » C’est le conseil que m’a donné le poète Guy Lafond, qui était sans doute lassé de m’entendre me plaindre que je voulais écrire, mais que je n’avais rien d’extraordinaire à dire. Alors, j’ai suivi son conseil, et ç'a donné Mort et naissance de Christophe Ulric. En fait, dire qu’on n’a rien à écrire, c’est comme dire qu’on ne rêve pas; il suffit de commencer à noter les bribes de rêve et bientôt chaque rêve se développe comme un récit.

Quelle est votre motivation quotidienne?
Lorsque je n’écris pas, j’essaie de me rendre utile, de bien faire mon travail d’humain, c’est-à-dire d’aider si je peux et surtout ne pas nuire. Lorsque j’écris, j’essaie de découvrir quelque chose, c’est-à-dire devenir un peu plus conscient de ce qui se passe en moi et autour de moi. Virginia Woolf dit que la majeure partie de nos journées n’est pas vécue consciemment; l’écriture augmente les moments de conscience, les moments de vie dont on se souvient parce qu’on les a vécus en en étant conscient.

Quel mot ou ponctuation affectionnez-vous particulièrement, aimez-vous écrire?
Le mot que je préfère maintenant, c’est sans aucun doute le mot « vie », puisqu’un ami a relevé que ce mot apparaissait plus de 200 fois dans Le dernier chalet.

On ne parle que de soi; commentez.
Bien sûr, même lorsqu’on parle des autres qu’on connaît, c’est notre vision d’eux qu’on exprime; quand on invente des personnages, on les tire de notre imaginaire, comme dans un rêve; et il ne faut pas oublier que lorsqu’on parle de soi, on parle de trois choses comme disait [Marguerite] Yourcenar : on parle de celui qu’on croit avoir été, de celui qu’on a voulu être et de ce que l’on a été. Nous sommes toujours plus ou moins dans la fiction, dans le récit que l’on se fait de soi et des autres.

Comment souhaiteriez-vous que l’on se souvienne de vous?
Comme de quelqu’un dont la porte était toujours ouverte.

Le dernier chalet, Yvon Rivard, Leméac, 7 mars 2018 

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