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Marie-Louise Arsenault
Audio fil du vendredi 27 octobre 2017

Delete, de Daphné B,  s’effacer pour mieux recommencer

Publié le

Daphné B., son livre à la main
Daphné B. en prose. L'auteure lit un extrait de son nouveau recueil, Delete.   Photo : Radio-Canada / Christian Côté

L'auteure Daphné B est une habituée de l'émission, puisqu'elle est membre sacrée de notre club de lecture. Aujourd'hui, elle vient lire en primeur un extrait de son nouveau livre, Delete, publié par L'Oie de Cravan. C'est un récit tout en prose, très personnel, où elle parle de son année passée à enseigner à Taipei. Dans son livre, elle effleure également sa relation avec sa mère, qui lui a légué un idéal artistique qu'elle traîne comme un fardeau. On discute de son envie, parfois, de tout effacer et de recommencer à zéro.

Extrait de son livre, Delete

« C’est quand on a le cœur brisé qu’il est facile d’en briser
d’autres. »

Les mots utilisés à tort et à travers par des gens abîmés
ne veulent plus rien dire. L’amour, c’est quoi ça. Je tiens
le verbe « aimer » au creux de ma paume et il ressemble
à une personne qui a le hoquet. Il faudrait qu’elle retienne
son souffle et compte jusqu’à 10, cale un verre
d’eau, une cuillère appuyée sur le front. Quand j’ai dit
que je t’aimais, c’est que je ne savais pas quoi dire.

J’avais quitté le zoo complètement déprimée. Un immense
gorille assis à deux pouces de la vitre en plexiglas
nous avait dévisagés en soupirant.
Il n’allait pas y avoir de statut Facebook. Des photos de
flamants roses oui, des chicanes et des assiettes pétées
peut-être. Ce jour-là, entre deux pandas et une crème
glacée, on avait cessé de se trouver beaux.

De : Daphné
Objet : RE : Je t’aime
Ne me dis pas : « Je t’aime », je ne sais pas ce que ça
veut dire. Ma grand-mère est morte et je ne pense
même plus à elle. Julien est mort en novembre
dernier et c’est tout. Ne m’aime jamais. Arrête de
m’aimer, c’est comme de la glu, ça colle.

Quand je veux dire : « Je t’aime », des millions de pré-
noms se bousculent dans ma bouche, je dis Noah, Will,
Antoine, Nathan, François, Bryan ou bien Charles. Ils
s’enfuient au pas de course et me laissent avec le mien.
Je le répète en boucle comme un bouledogue enragé :
Daphné, Daphné, Daphné. Normal que je ne sois pas capable
d’aimer, c’est juste mon nom que je reproduis tout
le temps. Même quand je retourne en arrière, c’est moi
que je vais chercher.

Daphné B

Références:
La page de Daphné B. sur le site du Centre du Théâtre d'Aujourd'hui
Le blogue Filles Missiles 
Delete, Daphné B, L'Oie de Cravan, en libraire le 31 octobre, lancement le 9 novembre au Port de tête

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