•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Plus on est de fous, plus on lit!

Avec Marie-Louise Arsenault

En semaine de 13 h à 15 h
(en rediffusion du mardi au vendredi à 1 h et le samedi à 20 h)

Thomas Hellman, l’homme qui adore les petites histoires

Le musicien et auteur sourit en racontant une anecdote.

Thomas Hellman mentionne que Sur la route, de Jack Kerouac, est peut-être un chef-d'oeuvre surestimé.

Photo : Radio-Canada / Christian Côté

Même s'il fait partie de l'émission depuis ses tout débuts, en 2011, c'est la première fois que l'auteur-compositeur-interprète, chroniqueur radio et écrivain québécois Thomas Hellman divulgue sa « liste de l'invité ». Né en 1975 d'une mère niçoise et d'un père texan, Thomas Hellman chante aussi bien en anglais qu'en français. « Ma langue maternelle est le franglais, explique-t-il. Je n'ai vraiment pas l'impression qu'une langue prédomine l'autre. »

Thomas Hellman commence à jouer de la musique à 15 ans, inspiré par un oncle américain qui chantait du Woody Guthrie. « La musique folk m’a donné accès à la littérature », déclare celui qui a publié huit albums de chansons et est actif sur la scène littéraire, tant comme écrivain que comme chroniqueur littéraire à ICI Radio-Canada Première.

Quel est votre état d’esprit?
Un peu fébrile. Je passe beaucoup de temps seul en ce moment, isolé dans mon studio, au-dessus du Cabaret Lion d’Or, à Montréal. Alors c’est un peu intimidant de retourner à la radio.

Quelle est votre devise?
Je n’en ai pas vraiment, mais j’aime beaucoup cette phrase de Nietzsche : « Il faut avoir le chaos à l’intérieur de soi pour donner naissance à une étoile dansante. » J’aime cette phrase parce qu’elle met de l’avant le potentiel créatif de la désorganisation, du bordel, de l’incertitude. Je crois qu’on ne fait pas assez l’éloge de l’incertitude. Aujourd’hui, tout le monde est tenu de tout savoir sur tout, d’avoir une opinion sur tout, tout le temps. Savoir où l'on est et où l'on s’en va. C’est au cœur de notre obsession de la performance. Moi je préfère le chaotique, l’incertain.

Quel est votre mot préféré?
Sans doute « silence », j’aime la musicalité du mot, comment le « s » s’ouvre sur le son « en » et s’éteint dans un autre « s ». Le mot silence ressemble à un soupir, une respiration, il ressemble au silence en fait. Le mot silence invite le silence. Et j’aime le silence, parce qu’il permet l’écoute, le recueillement. Et je crois qu’on a besoin de silence. On vit à une époque particulièrement bruyante. On est entouré de vacarme.

Quel livre a changé votre vie?
The Gift, de Lewis Hyde. Comme tous les grands livres, c’est difficile à résumer en quelques mots, mais, en gros, c’est un livre sur les mystères de l’inspiration, du processus créatif. Je l’ai lu à une époque où je remettais en question ma carrière, où j’étais un peu perdu et je cherchais une nouvelle voie et une nouvelle voix. Le livre m’a beaucoup aidé, comme un bon ami. Le nombre d’artistes célèbres qui parlent de l’importance que ce livre a eue sur leur vie est impressionnant : David Foster Wallace disait que c’est un livre transformateur, Margaret Atwood dit qu’elle en garde toujours quelques exemplaires chez elle pour donner aux jeunes artistes qu’elle connaît. Zadie Smith, Jonathan Lethem, Bill Viola, sont tous des artistes qui se sont prononcés sur l’importance de ce livre et de l’impact qu’il peut avoir sur les artistes et tous ceux qui s’intéressent à l’art. Yann Martel a inclus le livre dans sa liste de livres envoyés au premier ministre.

Quel livre, film, pièce de théâtre ou spectacle vous a le plus troublé?
J’ai été très troublé par le film Twentynine Palms, de Bruno Dumont. Un film qui contient une grande violence contenue, souterraine, qui se passe dans des paysages de désert américain. Le film a quelque chose de cathartique qui a provoqué une réaction physique intense en moi. C’est extrêmement troublant et magnifique.

Regardez la bande-annonce (en anglais)

Quel « chef-d’œuvre » est surestimé?
Sur la route, de Jack Kerouac. On m’avait tellement parlé de Sur la route, la mythologie du livre faisait partie de ma vie avant même que je le lise. Quand je l’ai lu, vers 25 ans, j’ai pensé : « Ce n’est que ça? », très déçu. Je crois qu’il y a des livres qui se lisent mieux à certaines époques de nos vies. Peut-être qu’il faut lire Sur la route à l’adolescence, un peu comme certains romans de Hermann Hesse.

Quel est votre plus récent engouement artistique?
Cet automne, j’ai lu Un, de Salomé Assor, premier livre d’une jeune Québécoise. On en avait parlé ensemble à l’émission. C’est une écriture magnifique, très touchante, une méditation sur la solitude, extrêmement bien écrite. Et puis, j’ai découvert Haruki Murakami en tournée, l’hiver dernier. Depuis, je dévore ses livres. J’en ai lu une quinzaine depuis. J’adore la fluidité de sa plume, la simplicité de son langage, et puis l’univers qu’il crée, dans lequel il y a une part de magie.

Quelle chanson vous représente?
Il y a des chansons qui accompagnent certaines périodes de ma vie. Celle qui m’a hanté le plus longtemps, pendant des années, c’est peut-être Tom Traubert’s Blues, de Tom Waits. Je l’écoute peu aujourd’hui.

Avez-vous le souvenir d’un spectacle exceptionnel, d'une performance inoubliable?
Jean-Louis Roux qui lisait Le dépeupleur, de Samuel Beckett, dans une minuscule salle à l’UQAM, il y a 15 ou 20 ans. Je n’ai aucune idée comment je me suis retrouvé là, mais, à travers sa lecture, j’ai plus compris Beckett que pendant les deux années passées à l’étudier durant ma maîtrise.

Quel texte pouvez-vous réciter par cœur?
Je peux en réciter beaucoup, j’ai une très mauvaise mémoire pour les visages, les noms, les évènements passés, j’oublie tout. Mais pas les mots. J’ai énormément de mots dans ma tête. D’abord les textes de mes propres chansons, les textes que j’apprends pour mes spectacles, et puis des quantités de chansons folk, ou de chansons françaises que j’ai apprises pour le plaisir. Et puis il me reste certains poèmes qu’on nous faisait apprendre par cœur à l’école, et réciter devant la classe. (Je ne sais pas si les écoles font encore ça...) Je peux encore réciter un poème de Victor Hugo, par exemple, Demain dès l’aube.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Vous aimerez aussi