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Marie-Louise Arsenault
Audio fil du vendredi 4 octobre 2019

L'« ivresse de vivre » de l’actrice Charlotte Aubin

Publié le

La blonde comédienne sourit à pleines dents.
La comédienne Charlotte Aubin raconte pourquoi l'œuvre de Gaston Miron la fait vibrer autant.   Photo : Radio-Canada / Christian Côté

Charlotte Aubin, révélée en 2006 à l'âge de 14 ans alors qu'elle interprétait Juliette dans l'adaptation cinématographique de Roméo et Juliette, fait part de sa « liste de l'invitée ».

Après ses études à l'École nationale de théâtre du Canada en 2015, elle joue aux côtés de Karine Vanasse dans la série Blue Moon et a un premier rôle dans le film Ceux qui font les révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau.

En 2016, Charlotte Aubin obtient un rôle dans L'échappée, et en 2018, elle obtient le rôle de Peggy dans la populaire série Fugueuse, puis sort son recueil de poésie, Paquet d'trouble. Le 9 octobre prochain, un de ses textes sera publié dans le livre collectif Et si on s’éteignait demain (Del Busso).

Quel est votre état d’esprit?
Je crois que je me définis comme une lucide active. J’ai envie d’avoir conscience du monde dans lequel je vis, de ne jamais m’enterrer la tête dans le déni et dans le mensonge, et ce, par rapport autant à mes relations humaines qu’à l’état du monde.

Quel mot vous décrit?
Je n’aime pas beaucoup les boîtes et les étiquettes, ça me fait peur. Je revendique le droit d’être plus d’une chose à la fois, d’être multiple et en mouvement (tout en étant groundée le plus possible), mais si j’avais à choisir, je dirais qu’on me définit souvent comme un labrador.

Quelle est votre devise?
Mon père m’a souvent répété une phrase quand j’étais plus jeune : Life is a state of mind (La vie est un état d’esprit). J’aime cette phrase parce qu’encore une fois, elle est active, elle donne du pouvoir aux actions et aux réflexions que je peux porter sur moi ou sur le monde.

En quoi excellez-vous?
En l’ivresse de vivre, je crois. Je suis contente d’être en vie, d’avoir la chance de faire ce que je fais, de me réveiller le matin. Je suis beaucoup dans la gratitude et la célébration de cette vie, du plus banal au plus grand. Il y a un poème de Baudelaire que j’aime bien qui dit : « Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi? De vin, de poésie, d’amour ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous. »

Quel est votre mot préféré? Et celui que vous aimeriez bannir?
J’aime les mots qui sonnent comme ce qu’ils sont. Du genre « douillet », « tendresse » ou « catastrophe ». Sinon, j’aime aussi beaucoup les expressions que les gens déforment. Du genre, j’ai une amie qui pensait qu’il fallait dire « sur la même longueur d’ongles ». Moi, je croyais jusqu’à tout récemment qu’on « s’en foutait comme la 40 » (l’autoroute). J’aime les erreurs de langage, je ne m’en cacherai pas.

Qu’y a-t-il sur votre table de nuit?
Des magazines de cinéma, des BD, de la philo et de la poésie. C’est très diversifié.

Quelle lecture a fait votre éducation sentimentale ou amoureuse?
Les grands auteurs du réalisme magique comme Réjean Ducharme et Boris Vian. Il y a une telle fantaisie dans leur œuvre, mais toujours ancrée dans le réel.

Quelle lecture obligatoire a été une torture?
C’était un roman jeunesse, Cabot-Caboche, de Daniel Pennac. J’ai abandonné la lecture en cours de route, lu autre chose, en me foutant ben raide qu’il y avait un examen de fin de trimestre sur le livre. J’avais surestimé les résumés de livre sur La Toile.ca à l’époque et j’avais eu une note terrible. C’était l’époque pré-Wikipédia.

Quel livre a changé votre vie?
L’insoutenable légèreté de l’être, de Milan Kundera. J’aime tellement les êtres humains et les interactions entre eux, et depuis la lecture de ce livre-là, ma perception des choses a été complètement bouleversée.

Quel livre, film, pièce de théâtre ou spectacle vous a le plus troublée?
Récemment, j’ai été particulièrement happée par le film Wanda (1970), de Barbara Loden. Je suis allée le voir à Paris, un après-midi gris, dans un petit cinéma presque vide. J’ai rarement vu un personnage aussi touchant, une œuvre aussi crève-coeur sur l’ignorance et la pauvreté.

Quel « chef-d’œuvre » est surestimé?
Le rapport à l’art est tellement subjectif, j’aurais de la difficulté à démolir une œuvre seulement parce qu’elle ne m’a pas atteinte, ou parce que je n’ai pas été stimulée intellectuellement par les codes qu’elle comporte. Par contre, je n’aime pas la prétention. Si j’en sens dans une œuvre, je trouve qu’il n’y a plus de place pour moi en tant que spectatrice.

Quel est votre plus récent engouement artistique?
J’ai récemment été particulièrement transportée par Les retranchées, de Fanny Britt. J’ai eu ce livre avec moi, dans mon sac, pendant près d’un mois. J’ai relu des passages, repassé des phrases qui m’avaient happée. J’admire sa transparence, sa lucidité et son intelligence, comment elle bâtit son discours tout en autodérision, en indulgence, en fiction, en confidences. Je trouve son écriture courageuse, franche, vulnérable.

Quelle chanson vous représente?
Je suis à la fois une chanson très mélancolique d’Aldous Harding et une grosse track de french touch des années 1980 ben décomplexée, genre la chanson Boule de Flipper, de Corynne Charby, ou une chanson de Niagara.

Avez-vous le souvenir d’un spectacle exceptionnel, d'une performance inoubliable?
Je ne sais pas si la question s’y prête, mais j’aimerais parler ici d’une actrice que j’admire et qui a offert deux performances marquantes cette année. Il s’agit de Micheline Bernard, d’abord dans le film de Monia Chokri et plus récemment le film de Xavier Dolan. C’est une actrice d’une liberté fascinante.

Quelle expression vous exaspère?
Les jeux de mots en général, je ne suis pas une grande fan. Tous les commerces à jeu de mots, du genre Eggsoeuff, Eggspectation, Eggsplosion, Spa bête, bref, ce genre de jeu de mots là je ne sais pas pourquoi, mais ça me donne des frissons de malaise.

Quelle est votre réplique fétiche?
Je pense que ce serait une réplique du film Le père Noël est une ordure. Je l’ai vu des dizaines de fois avec mes frères. « Une serpillière, c'est formidable Thérèse » et « Ah, le petit village est gentil, là, mais c’est l’intervention de cette grosse femme » et encore « Calmez-vous, Thérèse. C'est une catastrophe ».

Quel texte pouvez-vous réciter par cœur?
Beaucouuuuup trop de chansons de rap français. Confessions nocturnes de Diam’s en est un bon exemple. Je ne sais toujours pas si je dois avoir honte ou en être super fière. Et sinon, je dirais du Miron, le poème Je t’écris.

Qui est votre héros ou votre héroïne dans la vie réelle?
J’en ai plein. Que ce soient des personnages fictifs, mes amis, mon amour, ma famille, des gens du passé, des œuvres. Les héros sont les gens.

À qui voudriez-vous adresser un mot d’excuse?
À tous les gens qui ont dû me gérer au service à la clientèle, alors ils ont eu droit à des débordements émotifs terribles. Des fois je pleure à la fille de Fido alors que c’est de ma faute si j’ai juste 3G de données dans mon forfait et que je les ai dépassés.

Que faites-vous s’il ne vous reste que 24 heures à vivre?
À partir de maintenant? Je pense que je ne le dirais pas. Je m’arrangerais pour avoir une journée/soirée/nuit formidables, je m’enivrerais d’amour et des miens, je dirais « je t’aime » et « merci » à tous ces gens qui ont fait qui j’ai été. Je ferais une grande fête tendre. Je donnerais le peu d’affaires que j’ai. Je confierais les textes qui m’effrayaient de mon vivant, et je voudrais partir en silence dans la tendresse des bras de l’amour. Mais je ne voudrais surtout pas pleurer d’avance, ou jeter de sort sur ma mort. Je voudrais ne surtout pas avoir le follow spot triste rivé sur moi pendant 24 heures.

Quelle est la plus grande leçon que la vie vous a apprise?
Que tout est en mouvement. Que la vérité est un concept en mouvement, qu’on a le droit de contredire ses certitudes d’hier, et de changer d’idées. Ce n’est pas des échecs, c’est des réorientations. Il faut juste être honnête avec soi-même, et épouser ses paradoxes et contradictions afin d’avancer à la bonne place pour s’épanouir.

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