Vous naviguez sur l'ancien site
Aller au menu principal Aller au contenu principal Aller au formulaire de recherche Aller au pied de page
Ici Radio-Canada Première

Contrôleur audio

Extension Flash Veuillez vous assurer que les modules d'extension (plug-ins) Flash sont autorisés sur votre navigateur.

Chargement en cours

Marie-Louise Arsenault
Audio fil du vendredi 24 mai 2019

Alain Farah : réparer et revisiter les événements de la vie par la littérature

Publié le

Le jeune homme sourit franchement à l'animatrice.
Entre deux coups de coeurs littéraires, Alain Farah mentionne son aversion pour le mot "authenticité".   Photo : Radio-Canada / Christian Côté

L'écrivain et professeur au Département des littératures de langue française, de traduction et de création de l'Université McGill Alain Farah est collaborateur de cette émission depuis ses débuts, il y a huit ans. Il fait part de sa « liste de l'invité » pour la première fois.

Depuis le recueil de poésie Quelque chose se détache du port, en 2004, Alain Farah a écrit cinq livres. Il vient d’entrer dans la phase finale d’écriture de Mille secrets mille dangers, la suite de Pourquoi Bologne, paru en 2014. Ses livres lui servent « à réparer, à revisiter » les événements de la vie.

Quel mot vous décrit?
Joueur. Ou jouer. Ou jeu. Les jeux sont faits : rien ne va plus.

Quelle est votre devise?
« J’ensevelis les morts dans mon ventre. » - Arthur Rimbaud

En quoi excellez-vous?
À angoisser

Quel est votre mot préféré?
Mazag, un mot égyptien qui parle des bonheurs simples : s’asseoir au soleil, manger du chocolat, etc. Robert Solé en parle dans son roman Mazag (Seuil).

Et celui que vous aimeriez bannir?
Mauvais œil

Qu’y a-t-il sur votre table de nuit?
Une photo d’Aïda Safi, ma seule grand-mère, celle qui m’a élevé

Quelle lecture a fait votre éducation sentimentale ou amoureuse?
Poussière sur la ville, d’André Langevin

Quelle lecture obligatoire a été une torture?
Je n’ai aucun plaisir à lire des longues descriptions réalistes comme les pratiquent Honoré de Balzac, Émile Zola ou, dans une version plus récente, Umberto Eco. Il n’y a que Gustave Flaubert qui me réjouit quand il décrit, ou Jean Echenoz. Ces deux écrivains niaisent quand ils décrivent, et la niaiserie a pour moi une grande valeur littéraire.

Quelle écrivaine ou quel écrivain inviteriez-vous à souper?
J’ai soupé avec Alain Robbe-Grillet un soir de 2004; je m’en vante sans cesse depuis. Rien ne pourra jamais battre ça, l’excitation que j’ai ressentie ce jour-là. C’est brûlé pour toujours, les rêves de souper avec des écrivaines ou écrivains, Robbe-Grillet a été ma première fois.

Quel livre, film, pièce de théâtre ou spectacle vous a le plus troublé?
Pour l’instant, je suis troublé par la fin de Game of Thrones. Comme en deuil. Je pense aussi en lisant la question à une production de Quai ouest de Bernard-Marie Koltès montée par Alice Ronfard à L’Espace Go en 1997. Je ne me souviens d’à peu près rien de ce qui s’est dit ou ce qui s’est fait pendant cette pièce, mais j’ai en moi le fort sentiment d’une découverte, et ce sentiment m’habite encore.

Quel personnage aimeriez-vous rencontrer?
Lady Gaga. Je lui ai écrit une lettre. Ça fait 10 ans que j’attends sa réponse.

Quel est le livre que vous avez honte d'avoir lu?
J’ai surtout honte de tout ce que je n’ai pas lu.

Quel « chef-d’œuvre » est surestimé?
Tous les chefs-d’œuvre sont surestimés. Cette fétichisation de la création, ces volontés de classer en palmarès servent davantage les maîtres du moment que les œuvres elles-mêmes. Ça me fait du bien de penser ça, ça baisse la pression, c’est les lectrices et les lecteurs qui décident.

Quel livre ou film a changé votre vie?
Ulysse, de James Joyce.

Quel est votre plus récent engouement artistique?
J’admire les illustrations de Geneviève Godbout. Il y a sous le trait de son crayon une douceur que je ne retrouve nulle part dans l’expérience que je fais du monde, une expérience du monde qui toujours m’angoisse et m’écorche. Ses œuvres me guérissent.

Quelle chanson vous représente?
Falling Man, de Blonde Redhead, à cause notamment du refrain : « Yes I am just a man still learning how to fall »

Avez-vous le souvenir d’un spectacle exceptionnel, d'une performance inoubliable?
Un soir de novembre 1993, Nirvana et Radiohead se produisent le même soir à Montréal. Je suis dans ma chambre du petit Liban à écouter leurs albums. Rien n’a lieu, tout a lieu.

Quel est le film qui vous a fait pleurer?
The Notebook (Les pages de notre amour). J’ai quand même un peu honte de dire ça. Mais l’idée de perdre la mémoire, et l’idée de perdre l’amour, voilà deux choses qui me terrorisent. Je me vois encore pleurer comme un veau en voyant ce film. Mon épouse, qui n’était pas mon épouse à l’époque, m’avait dit : « Reviens-en. »

Quelle expression vous exaspère?
Authentique. Il est tellement authentique, elle est tellement authentique. Ça me dégoûte quand j’entends ça. Ou « c’est surréaliste ». Ou quand on emploie des verbes transitifs intransitivement. « Je quitte. » Mais le pire, vraiment, c’est « authentique ». L’authenticité comme valeur. Rien ne sonne plus faux que ça. Être authentique, je ne comprends pas ce que ça veut dire. Avoir accès à la vraie personne? Celle qui se cache derrière un masque? Les masques en cachent toujours d’autres; il n’y a rien de plus énigmatique que de se regarder soi-même dans le miroir.

Quelle est la pire ou la plus belle chose qu’on vous a dite?
Sur un ton sardonique, un collègue à qui je venais de me confier au sujet de mes soucis de santé, qui me dit : « Avoir su, on ne t’aurait pas engagé. »

À qui voudriez-vous adresser un mot d’excuse?
À toutes les auditrices et tous les auditeurs qui depuis huit ans m’envoient des trucs, des livres, des textes de fiction, des cadeaux que je n’ai pas le temps de lire…

Chargement en cours