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Marie-Louise Arsenault
Audio fil du vendredi 9 novembre 2018

Les sorcières selon Valérie Lefebvre-Faucher

Publié le

Valérie Lefebvre-Faucher sourit devant un micro.
Valérie Lefebvre-Faucher   Photo : Radio-Canada / Thomas Lafontaine

Valérie Lefebvre-Faucher est éditrice aux Éditions du remue-ménage, à Varia et aux Éditions Écosociété, trois maisons spécialisées dans les essais. Elle a réalisé un mémoire en création à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Militante, elle s'intéresse à la liberté d'expression ainsi qu'à l'art comme action politique et de résistance.

Elle prend maintenant du temps pour des projets d'écriture, notamment un livre à paraître aux Éditions Écosociété qui s'intitule Procès-verbal. (Sortie prévue autour de janvier 2019).

Pour son micro ouvert, Valérie Lefebvre-Faucher livre un puissant texte sur les sorcières, « qui sont présentes dans tous les domaines », affirme-t-elle.

Les marées noires (et brunes) ont fait remonter à la surface

les sorcières

celles qui avaient été ensevelies
sous des plages de politesse et d’efficacité.
Elles percent la surface collante, elles n’ont pas peur de la saleté.
Vous les avez vues enlever leurs déguisements, avec leurs rires de pas encore mortes, réapparaître autour. Chez les poètes, les écologistes, les infirmières, les grand-mères en colère.
On les pensait enfuies et assassinées, mais il y a 50 ans qu’elles préparent leur retour. Si bien qu’il ne reste plus qu’une robe rose, une fenêtre entre elles et le monde.

Quelqu’un a lancé l’appel. Et les voix émergent, les corps se meuvent sans honte. Je dis : « Êtes-vous là? » Et la sorcière en vous s’ébranle. Vous savez qu’elle a toujours fait partie du mouvement, de la rébellion ancestrale. Pour la dignité, pour le respect de la vie, contre l’accumulation égoïste de richesses et de pouvoir, contre la désertification.

Elles ont déjà fait de la prison, déjà été diagnostiquées folles, déjà perdu des êtres chers dans la Grande Guerre au vivant. Elles savent comment ne plus avoir peur. Ce sont elles qui traînent dans les ruelles sombres, les cimetières. On ne sait pas si elles prennent soin du cycle des naissances ou si elles détroussent les empereurs imprudents.

Elles ont caché dans la terre des œufs de crapauds baveux, en dormance, prêts à éclore dans les boyaux des promoteurs goinfres. Elles appellent les sorcières du monde à se mêler de la politique, et de la spéculation sur les morts.

Sorcière, c’est le nom d’une femme qui parle et dont la parole a un effet sur les autres. Une parole sans protocole qui ne rapporte rien. Elles disent deux mots et les prédateurs ont peur. Ils se cachent derrière leurs avocats. Elles dzisent dzzz! et lancent les abeilles castratrices sur la boursouflure.
Elles disent non. Comme un apprentissage, une contagion, non, un exercice de sauvagerie.
Un refus murmure, trop longtemps ignoré
Une clameur démédusée, en marche depuis Notre-Dame-hors-Les-Murs
Elle s’approche grouillante et déchaîne les hurlements,
délires bannis s’infiltrent dans les neurones débranchés.

Leur non, ce cri conscient des massacres.
Notre non contre les écrans, en pulsation sans fin, implacable comme un incendie de siège social. Ce non comme souffle unique de la vie sur terre.
Il n’y a plus rien à conquérir. Rien ni personne n’a jamais été conquis.

Et la paralysie n’était qu’un envoûtement.
Les sorcières vous le défont en ce moment, chers auditeurs et chères auditrices de Radio-Canada.

Eisylarap, la contagion du mouvement
Dans les 48 prochaines heures, vous activerez vous-même ce res-sort tendu.
Vous sentirez que vous pouvez refuser, vous sentirez grandir autour l’espace du refus, le vacillement des menaces.

Vous prononcerez le son rituel, non. Et en disant non, au moment où vous le direz, l’obéissance glissera doucement de votre nuque comme des liens devenus trop lousses,
vous goûterez le silence qui suit, l’écoute, vous saurez que le sort progresse en écho, d’une personne à l’autre comme un rhume de pouvoir. Un battement d’instinct.
Un non protecteur de tout ce qui berce les sens.
Ce à quoi vous aurez dit non sera bien plus grand que ce que vous pensiez.
Les sorcières amènent la fin du règne des vendeurs. La célébration de ce qui peut renaître.

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