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Le code secret des notices nécrologiques

Plus on est de fous, plus on lit!

Avec Marie-Louise Arsenault

En semaine de 13 h à 15 h
(en rediffusion du mardi au samedi à 1 h et le samedi à 19 h)

Le code secret des notices nécrologiques

Audio fil du vendredi 9 mars 2018
L'auteur barbu sourit au micro de l'émission.

L'auteur Mathieu K. Blais emploie un bon dosage d'absurdité et d'émotivité pour parler de son obsession... pour les notices nécrologiques.

Photo : Radio-Canada / Christian Côté

Tous les matins, Mathieu K. Blais se précipite sur les avis de décès, comme d'autres se jettent sur le cours de la bourse. « C'est un moment privilégié avec des gens qui n'ont plus rien à perdre. » Si les notices nécrologiques ont une forme fixe, la cause du décès, elle, est tenue secrète. Grâce à son expertise en analyse littéraire, le professeur de littérature a appris à en décoder les secrets. Il nous en révèle les clés.

« À l’instar du sonnet ou du rondeau, la notice nécrologique est un texte à forme fixe. On retrouve toujours les mêmes informations dans le même ordre. La cause du décès est la seule que l’on garde secrète. C’est comme une devinette qui n’a rien à envier au mot caché imprimé quelques pages plus loin. »

Parfois, la cause du décès est explicite. Elle se trouve à la fin de la notice où l’on nous invite à faire un don à la Société canadienne de la sclérose en plaques ou à la Fondation des maladies du cœur.

Le plus souvent, la réponse est implicite. Je dois alors appliquer les stratégies d’analyse littéraire que j’enseigne à de futurs policiers, infirmiers et techniciens en maintenance industrielle :
– L’emploi de l’adverbe « accidentellement » suggère une sortie de route mortelle.
– L’adverbe « subitement », une crise cardiaque.
– « Entouré des siens » est un euphémisme qui dépeint la longue agonie d’un proche mort du cancer.
– Si le défunt « nous a quittés », on en déduit qu’il s’est enlevé la vie.
– Si la personne est morte « à son domicile », c’est qu’elle s’est paisiblement endormie pour toujours en écoutant Deux filles le matin.

La dernière preuve que l'on a existé
Pourquoi cette passion pour les notices nécrologiques? Au décès de sa grand-tante à l'âge de 108 ans, Mathieu K. Blais a hérité de sa collection de notices nécrologiques. Dans le lot, il y avait quelques petits trésors : des avis de décès avec photo post mortem, un paquet d'avis de décès d’enfants tous morts en 1918, année où la grippe espagnole a fait des ravages, et quelques antiquités datant d'avant Les fleurs du mal.

De la vieille paperasse jaunie, qu'il s'acharne à conserver. « Les avis de décès de ces gens sont peut-être les dernières preuves qu’ils ont vraiment existé. Je suis peut-être la dernière personne qui les garde en souvenir. Si je jetais leur notice, j’aurais l’impression de les faire mourir pour de bon. »

On m'a déjà dit que l'on meurt trois fois. La première fois, c’est quand on meurt physiquement. La deuxième, c’est quand la dernière personne qui nous a connu pour vrai décède à son tour. La troisième, c’est quand notre nom est prononcé pour la dernière fois.

Mathieu K. Blais

Références
Tabloïd, poèmes de Mathieu K. Blais, Le Quartanier (2015)
« Overlooked: obituaries of 15 remarkable women », The New York Times (Nouvelle fenêtre)

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