•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Anne Dorval : poèmes de Victor Hugo

Plus on est de fous, plus on lit!

Avec Marie-Louise Arsenault

En semaine de 13 h à 15 h
(en rediffusion du mardi au samedi à 1 h et le samedi à 19 h)

Anne Dorval : poèmes de Victor Hugo

Anne Dorval

Anne Dorval

Photo : Attractions images / Éric Myre

« Si je l'avais connu, juste avec son écriture, je serais tombée follement amoureuse de lui. Je l'aurais aimé et je l'aurais suivi partout, je serais devenue folle. » Anne Dorval voue un culte sans bornes à Victor Hugo. La comédienne nous prouve cet amour en récitant deux poèmes tirés du répertoire de l'auteur des Misérables.

Les feuilles d'automne est un recueil de poèmes composé par Victor Hugo et publié en 1831. Il regroupe en particulier six poèmes appelés Soleils couchants. Les contemplations sont quant à eux 156 poèmes rassemblés en six livres et publiés en 1856.

Poème tiré des Contemplations :

Je respire où tu palpites,
Tu sais; à quoi bon, hélas!
Rester là si tu me quittes,
Et vivre si tu t’en vas?
À quoi bon vivre, étant l’ombre
De cet ange qui s’enfuit?
À quoi bon, sous le ciel sombre,
N’être plus que de la nuit?
Je suis la fleur des murailles
Dont avril est le seul bien.
Il suffit que tu t’en ailles
Pour qu’il ne reste plus rien.
Tu m’entoures d’Auréoles;
Te voir est mon seul souci.
Il suffit que tu t’envoles
Pour que je m’envole aussi.
Si tu pars, mon front se penche;
Mon âme au ciel, son berceau,
Fuira, dans ta main blanche
Tu tiens ce sauvage oiseau.
Que veux-tu que je devienne
Si je n’entends plus ton pas?
Est-ce ta vie ou la mienne
Qui s’en va? Je ne sais pas.
Quand mon orage succombe,
J’en reprends dans ton cœur pur;
Je suis comme la colombe
Qui vient boire au lac d’azur.
L’amour fait comprendre à l’âme
L’univers, salubre et béni;
Et cette petite flamme
Seule éclaire l’infini
Sans toi, toute la nature
N’est plus qu’un cachot fermé,
Où je vais à l’aventure,
Pâle et n’étant plus aimé.
Sans toi, tout s’effeuille et tombe;
L’ombre emplit mon noir sourcil;
Une fête est une tombe,
La patrie est un exil.
Je t’implore et réclame;
Ne fuis pas loin de mes maux,
Ô fauvette de mon âme
Qui chantes dans mes rameaux!
De quoi puis-je avoir envie,
De quoi puis-je avoir effroi,
Que ferai-je de la vie
Si tu n’es plus près de moi?
Tu portes dans la lumière,
Tu portes dans les buissons,
Sur une aile ma prière,
Et sur l’autre mes chansons.
Que dirai-je aux champs que voile
L’inconsolable douleur?
Que ferai-je de l’étoile?
Que ferai-je de la fleur?
Que dirai-je au bois morose
Qu’illuminait ta douceur?
Que répondrai-je à la rose
Disant : « Où donc est ma sœur? »
J’en mourrai; fuis, si tu l’oses.
À quoi bon, jours révolus!
Regarder toutes ces choses
Qu’elle ne regarde plus?
Que ferai-je de la lyre,
De la vertu, du destin?
Hélas! et, sans ton sourire,
Que ferai-je du matin?
Que ferai-je, seul, farouche,
Sans toi, du jour et des cieux,
De mes baisers sans ta bouche,
Et de mes pleurs sans tes yeux?

Poème tiré de Les feuilles d'automne, Soleils couchants VI :

Le soleil s'est couché ce soir dans les nuées.
Demain viendra l'orage, et le soir, et la nuit;
Puis l'aube, et ses clartés de vapeurs obstruées;
Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s'enfuit!

Tous ces jours passeront; ils passeront en foule
Sur la face des mers, sur la face des monts,
Sur les fleuves d'argent, sur les forêts où roule
Comme un hymne confus des morts que nous aimons.

Et la face des eaux, et le front des montagnes,
Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts
S'iront rajeunissant; le fleuve des campagnes
Prendra sans cesse aux monts le flot qu'il donne aux mers.

Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête,
Je passe, et, refroidi sous ce soleil joyeux,
Je m'en irai bientôt, au milieu de la fête,
Sans que rien manque au monde, immense et radieux!

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Vous aimerez aussi