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L’éloge des études littéraires de Mathieu Poulin

Plus on est de fous, plus on lit!

Avec Marie-Louise Arsenault

En semaine de 13 h à 15 h
(en rediffusion du mardi au samedi à 1 h et le samedi à 19 h)

L’éloge des études littéraires de Mathieu Poulin

L'auteur barbu à lunettes gesticule en échangeant avec Jean-Paul Daoust.

Pour Mathieu Poulin, aimer la littérature c'est punk à l'os!

Photo : Radio-Canada / Christian Côté

L'auteur Mathieu Poulin enseigne les études littéraires au cégep, une spécialisation dont il essaie de redorer le blason, entre autres dans son « Micro ouvert ». Poursuivant la discussion, Thomas Hellman pense que les études littéraires sont nécessaires plus que jamais, à notre époque parsemée de réseaux sociaux. « La littéraire [...] permet le doute », ajoute le poète Jean-Paul Daoust.

Depuis 2017, Mathieu Poulin coanime le balado Le petit paquet (Nouvelle fenêtre), qui traite de la lutte indépendante.

Référence
La lutte (Nouvelle fenêtre), Mathieu Poulin, Les éditions de ta mère, 2019

De la sympathie pour les punks

J’ai toujours eu de la sympathie pour les punks.

Je me suis toujours senti attiré par ces gens qui ont non seulement assez de lucidité pour avoir conscience des injustices et des incohérences de la société dans laquelle ils vivent, mais surtout assez de courage pour transformer leur façon d’être. Assez de courage pour cultiver leur marginalité, pour faire de leur propre vie une constante dénonciation d’un conformisme qu’ils considèrent comme toxique. Ils ne se contentent pas de constater le problème, ni même de le nommer : ils modifient en profondeur leur mode de vie pour s’assurer de ne pas y contribuer.

Et pour la majorité des punks, cette posture n’est pas motivée que par une volonté un peu juvénile de se différencier des autres pour le simple plaisir de la différence; elle est le résultat d’un trop-plein d’empathie. Être punk, c’est souvent consacrer sa vie à la lutte contre l’homophobie, contre le sexisme, contre le racisme, contre l’intolérance en général. Les punks, ce sont les chevaliers des ruelles qui font de la dignité humaine leur principal cheval de bataille. J’en profiterai pour rappeler ici les mots très justes que Dominic Tardif écrivait dans un article récent : les punks, ce sont « ceux qui aiment l’humanité au point d’en être dégoûtés ».

Le courage de refuser les conventions est un courage qui m’apparaît de plus en plus pertinent dans un contexte où plusieurs des conventions auxquelles nous nous plions comme s’il n’existait aucune alternative risquent de nous mener à notre perte. On sent, depuis quelques années, que l’équilibre des choses, l’équilibre du monde est de plus en plus précaire. C’est un fait : nous évoluons dans un système basé sur la croissance et la productivité à tout prix. Nous acceptons collectivement que l’individu se définisse avant tout en fonction de sa contribution à l’économie. Pendant longtemps, nous avons été nombreux à nous accrocher à la promesse d’une vie meilleure qui était associée à cette idéologie, mais nous constatons de plus en plus que ses plus importantes conséquences sont plutôt l’augmentation des inégalités, l’augmentation de l’anxiété créée par la précarisation et la compétition ainsi que le saccage éhonté de l’environnement. Pour faire plus simple, mettons que rares sont les discours enthousiastes par rapport à l’avenir.

Quelque chose est brisé. Quelque chose d’important. Nous le savons, mais nous sommes encore bien peu nombreux à agir. Et quand je parle d’agir, je ne parle pas de passer aux pailles réutilisables.

Les plus jeunes ont les meilleures places pour assister au spectacle de la destruction du monde. Ils sont aussi très bien placés pour essayer de changer les choses. Chaque jour, au cégep où j’enseigne, je vois des jeunes se questionner sur leur avenir. Je les vois essayer de trouver leur place dans le monde, essayer de développer leur compas moral, essayer de déterminer quelle sera leur contribution. Et en bout de ligne, en raison de pression sociale ou parentale, la majorité d’entre eux font encore malgré tout de la profitabilité la principale pierre d’assise de leurs décisions.

Notre société n’a pas besoin de plus de bras qui ne servent qu’à nourrir une machine toujours de plus en plus gourmande. Notre société a besoin de littératie, de sens critique, de perspective. Elle a besoin d’outils pour lutter contre l’aliénation. Elle a besoin d’empathie et d’humilité.

Plusieurs reprochent aux punks d’être inutiles. De gaspiller des ressources et de ne contribuer à rien. Les mêmes reproches sont souvent adressés aux études littéraires.

Il y a de la confusion entre l’utilité et la productivité, entre l’utilité et la profitabilité.

Nous sommes des humains. Nous ne sommes pas des instruments.

Nous devrions aspirer davantage à l’épanouissement qu’à l’enrichissement.

La littérature offre de la perspective. Elle fait dialoguer différentes visions du monde. Elle nous oblige souvent à nous remettre en question. En nous donnant accès à la psyché de gens qui nous sont différents, elle lutte contre la polarisation et l’isolement.

Étudier la littérature, ce n’est pas être déconnecté du « vrai monde ». C’est faire un réel effort pour essayer de comprendre le « vrai monde ». C’est un réel effort pour essayer de briser le dialogue de sourds dans lequel nous sommes embourbés et qui n’offre plus comme piste de solution aux différents problèmes que la vaine dénonciation d’adversaires qu’on refuse d’écouter réellement.

Étudier la littérature, c’est le plus beau des actes d’insubordination. C’est pacifique, et ça met du sable dans l’engrenage d’un système qui fonctionne de moins en moins. C’est, à notre époque, un geste politique d’éclat. Étudier la littérature, c’est rappeler aux autres qu’il est possible de vivre différemment. De vivre vraiment. Étudier la littérature, c’est punk.

La date limite d’inscription au cégep et à l’université arrive à grands pas. Faites votre part en refusant de faire votre part. Choisissez quelque chose de véritablement utile. Choisissez les études littéraires.

Vos commentaires

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