•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« Molson, salut les vrais! », ou la masculinité selon Sébastien Doane

Plus on est de fous, plus on lit!

Avec Marie-Louise Arsenault

En semaine de 13 h à 15 h
(en rediffusion du mardi au samedi à 1 h et le samedi à 19 h)

« Molson, salut les vrais! », ou la masculinité selon Sébastien Doane

En studio, l'homme chauve à lunettes sourit à l'animatrice.

Le bibliste Sébastien Doane présente un micro ouvert ce que c'est vraiment être un homme.

Photo : Radio-Canada / Christian Côté

Dans son « Micro ouvert », Sébastien Doane, professeur adjoint à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval, s'inspire de la publicité « Molson, salut les vrais! » de son enfance pour réfléchir sur l'évolution récente des modèles de masculinité au Québec.

Références
Sébastien Doane, Sortir la bible du placard, Fides, 2019.

Molson, salut les vrais!

Aujourd’hui, je veux qu’on se parle de l’évolution des masculinités. Molson, salut les vrais! Ça vous rappelle des souvenirs? J’avais 10 ans quand j’ai vu cette publicité marquante. L’archétype du « vrai », c’était des gars qui travaillaient fort, de leurs mains, portaient la moustache et buvaient de la bière à la taverne en écoutant le Canadien. Le problème, c’est que cette pub façonnait un portrait des « vrais » qui exclut. Ne faisaient pas partie des vrais : les femmes, les personnes qui n’ont pas un métier manuel, ceux qui ne boivent pas, qui n’aiment pas le hockey, qui sont imberbes et ceux qui passent du temps avec leurs enfants.

Inconsciemment, comme enfant, je voulais être un homme, un « vrai » à la Molson, dès un très jeune âge. À 3 ans, j’aurais dit à mon père, un chanteur d’opéra qui passait beaucoup de temps avec ses enfants : « Moi, je veux travailler pour de vrai, pas comme toi! »

Au secondaire, la pyramide sociale du Collège Notre-Dame était clairement dominée par un archétype masculin : le quart-arrière de l’équipe de football. Il a une blonde, un entourage et un pinch, et il ridiculise les autres. Je n’étais pas de ce moule… Fan de Star Trek, petit chanteur du Mont-Royal et un peu gros, j’étais bien mal parti. Inconsciemment, je rêvais d’incarner ce que la sociologie appelle la masculinité hégémonique, dominante dans un milieu donné.

Désolé, les filles, mais là, tel Claude Julien dans le vestiaire des Canadiens, je dois parler aux gars. Aie les gars, il faut qu’on se parle! Qu’est-ce que c’est qu’être un homme en 2020? Vous ne faites peut-être pas partie des masculinistes de la manosphère qui s’opposent vivement au féminisme en disant que la société est devenue discriminatoire envers les hommes, mais est-ce que vous continuez de donner vie aux constructions masculines hégémoniques dépassées?

Êtes-vous assez courageux pour accepter votre propre vulnérabilité? Êtes-vous assez forts pour être sensibles? Êtes-vous assez confiants pour écouter les femmes de votre vie? Pas les aider ou leur donner une place, mais écouter leurs problématiques et leurs solutions. Les écouter et les croire quand elles disent #MeToo #MoiAussi? Même continuer à écouter quand elles disent que vous êtes à l’origine de leurs difficultés? Est-ce que vous êtes assez confiants pour dire à un autre gars que ce n’est pas correct de parler comme Trump who said he can just grab them by the pussy. La première manifestation de son mandat protestait contre sa façon de traiter les femmes, sa façon d’incarner une masculinité hégémonique.

Les gars, c’est commencé depuis un bon bout. Je vous invite à discuter entre nous pour redéfinir la masculinité. Le premier pas est un regard honnête sur les rôles et les scripts masculins qu’on a reçus.

Pour déstabiliser la masculinité dominante, j’ai eu un modèle important : mon père. Nul dans tous les sports, il m’a légué autre chose. J’ai compris avec lui qu’être un homme, c’est être au service et s’occuper de sa famille. Et c’est surtout être là. S’il y a un script masculin qui me fâche, c’est celui du père absent. Le succès planétaire de Papaoutai, de Stromae, m’enrage.

Les gars, vous vous privez de tellement d’expériences incroyables. Je ne me suis jamais senti aussi mâle qu’aux commandes d’une poussette double remplie en me promenant au parc. Je vous le dis, les gars, oubliez les corvettes, toutes les femmes me regardaient. D’ailleurs, venez donc faire un tour au parc, ou dans les autres activités comme Maman Danse au Centre communautaire Côte-des-Neiges. Les hommes, les vrais, y sont bienvenus.

Je veux célébrer la diversité des masculinités en 2020. Il n’y a pas un « vrai » modèle d’homme. Moustachus ou non, père ou non, peu importe votre orientation sexuelle, votre intérêt pour le sport, je vous salue si vous incarnez une masculinité qui lutte contre les injustices et qui façonne un monde inclusif et diversifié. Je vous salue aussi si vous vous souciez aussi de notre planète et de son avenir. Soyons des hommes authentiques, des « vrais ».

D’ailleurs, élargissons la conversation. L’étude des masculinités est un champ de recherche né dans le sillon du féminisme et des études des genres. Que vous soyez hommes, femmes ou que vous définissiez autrement, je vous souhaite de vous libérer des stéréotypes sociaux pour devenir pleinement qui vous êtes appelés à devenir : des « vrais », des personnes authentiques avec elles-mêmes. Devenons de meilleurs humains.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Vous aimerez aussi