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Le « Micro ouvert » de Jean Wilkins, le doc des ados

Plus on est de fous, plus on lit!

Avec Marie-Louise Arsenault

En semaine de 13 h à 15 h
(en rediffusion du mardi au samedi à 1 h et le samedi à 19 h)

Le « Micro ouvert » de Jean Wilkins, le doc des ados

L'homme aux cheveux blancs discute avec l'animatrice.

Le docteur Jean Wilkins

Photo : Radio-Canada / Christian Côté

Le médecin spécialiste des ados et des troubles alimentaires a soigné avec succès plus de 2500 adolescentes anorexiques, grâce à sa méthode douce et individualisée. Il consacre son « Micro ouvert » au problème du décrochage scolaire.

Le décrochage scolaire

Dans mon dernier livre, Jean Wilkins : le doc des ados, écrit avec Katia Gagnon, je propose une promenade à travers 45 années de médecine de l’adolescence. Je fais référence à plein de problématiques de santé présentées par les adolescents et qui nous ont poussés à créer des approches thérapeutiques originales. J’ai cependant oublié la problématique du décrochage scolaire.

Une problématique gênante et honteuse pour notre société dite avancée. Lorsqu’un ado décide de quitter l’école, il se croit enfin libre, mais il devient vite piégé et risque plutôt de se retrouver à très court terme dans un état de dépendance vis-à-vis de la société et pour longtemps. « Laissez-moi vivre! », crie cet ado, mais on sait très bien qu’à ce moment précis, il se piège et sa conduite d’autosabotage s’active.

Pour l’école, trop souvent à mon avis, on laisse partir l’adolescent, n’ayant pas les ressources et les convictions nécessaires pour le faire changer de projet. Il peut même y avoir un soulagement ressenti de la part des autorités concernées, un problème de moins pour l’école. Pour les parents, c’est la continuité de difficultés éprouvées avec leur ado, ce sera bientôt l’isolement et les impasses de toutes sortes. Une impuissance dévastatrice.

Plutôt que de laisser partir cet ado, l’école devrait retenir cet ado en son sein. Sein, pris au sens d’un refuge protecteur qui permet de grandir. Le décrocheur n’a pas ce qu’il faut pour s’autonomiser correctement. Il a besoin d’une gestation de plus longue durée et non d’une gestation écourtée. Cette « prématurité développementale » le rend à risque de développer des problèmes de dépendance de toutes sortes. Ne serait-il pas moins pénible et plus rassurant pour les proches de cet ado et pour la société au complet si nous disposions de lieux adaptés dans l’école conçus pour accueillir des drop-in plutôt que de favoriser des drop-out?

Je suis troublé qu’autant d’acteurs dans la société, à des moments différents, laissent partir ces ados à la recherche d’une liberté toute fausse. À très courte échéance, la plupart des décrocheurs se retrouvent à la remorque de la société, ils deviendront dépendants de plein de ressources, ils seront déçus, ils seront brisés pour longtemps. Ils tarderont à revenir chercher de l’aide dans un système qui les a déjà abandonnés.

Des problématiques difficiles de toutes sortes surgiront, certaines deviendront des sujets de miniséries populaires (Fugueuse, Unité 9, etc.) que l’on écoutera en grand nombre en déplorant ces problématiques et oubliant bien évidemment qu’une action préventive aurait pu être posée bien avant. Ces problématiques, devenues des miniséries ou des documentaires, deviennent des moyens d’éducation pour les nouveaux acteurs dans la société, certains professionnels, qu’on a voulu protéger durant leur formation en leur évitant le voisinage d’ados dit « difficiles ». On surprotège certains et on sous-protège d’autres.

À un intervenant de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) à qui je m’adressais dernièrement pour le signalement d’une adolescente qui me semblait en difficulté dans son milieu familial et lequel refusait de retenir le cas pour toutes sortes de raison que je n’arrivais pas à comprendre; impatient, je lui ai mentionné qu’il devrait avoir un salaire ajusté à celui d’un gardien de but au hockey puisqu’il me donnait l’impression que son travail consistait à éviter que les « puckés » de la société entrent dans les structures de services existantes!

Il y a de ces fois en 45 années de pratique en médecine de l’adolescence où j'ai été attristé de constater la facilité avec laquelle on pouvait exclure des ados en difficulté, en allant même jusqu’à leur dire que c’était pour leur bien et que nous devons respecter leur désir de liberté! Et on crie au manque de main-d’œuvre qualifiée que l’on doit importer. Souvent, cette main-d’œuvre était là dans notre cour, demandant tout simplement que l’on s’occupe différemment d'elle.

Référence

Jean Wilkins : le doc des ados, Jean Wilkins et Katia Gagnon, Les Éditions de La Presse, 2019

Quelques livres et romans choisis traitant de l’anorexie mentale à l’adolescence (liste préparée par Jean Wilkins et Mélanie Durocher de la bibliothèque du CHU Ste-Justine)

Renaître, Marion Bartoli et Géraldine Maillet, Flammarion 2019

Journal sans faim, Marie Bertin, Rageot, 2004

Jeanne Moreau a le sourire à l’envers, Simon Boulerice, Leméac, 2013

Petite, Geneviève Brisac, Les Éditions de l’Olivier, 1994

Déterrer les OS, Fanie Demeule, Hamac, 2016

Jours sans faim, Delphine De Vigan, J’ai lu, 2009

Dopamine, Jeanne Dompierre, Québec Amérique, 2018

Plume, un jour je volerai, Anne-Marie Hénault, Francine Breton, 2003

Tout sauf Ana : voyage dans la tête d’une anorexique, Cynthia Laferrière, Publistar, 2013

Je l’ai écrit parce que j’avais besoin de vivre, Émile Legris, David, 2013

Les affamées ; regards sur l’anorexie. Annie Loiselle, Les Éditions de l’Homme, 2003

Ça ira, Annie Loiselle, Stanké, 2013

Fée, Eisha Marjara, Le Marchand de feuilles. 2019

Légère comme un papillon, Michela Marzano, Grasset, 2012

Seule contre moi, Geneviève Piché, Québec Amérique, 2013

Une petite voix me disait de maigrir encore, Solène Revol, XO Éditions, 2018

Parfaite, Carl Rocheleau, Éditions de Mortagne, 2015

La faim du petit poids, Alexia Savey, Kawa, 2015

Demoiselles-cactus, Clara B. Turcotte, Lemeac, 2015

Le pavillon des enfants fous, Valérie Valère, Stock, 1978

Une fille invisible, Émilie Villeneuve et Julie Rocheleau, Glénat, 2010 (bande dessinée)

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