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Le Salon du livre de Montréal selon David Goudreault

Plus on est de fous, plus on lit!

Avec Marie-Louise Arsenault

En semaine de 13 h à 15 h
(en rediffusion du mardi au samedi à 1 h et le samedi à 19 h)

Le Salon du livre de Montréal selon David Goudreault

Les bras croisés, un homme regarde la caméra.

David Goudreault

Photo : Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa

Dans son « Micro ouvert », le romancier, poète, chroniqueur et performeur David Goudreault aborde... le Salon du livre de Montréal!

Son quatrième roman, Ta mort à moi, est paru le 19 septembre dernier chez Stanké. « Ce roman ressemble davantage à mes propres réflexions que La bête », affirme l’auteur de cette trilogie au succès populaire et critique.

Non, c’est pas toi, c’est moi

C’est pas toi qui trouves pas les bons mots
C’est moi qui les a dépecés, qui tanne leurs peaux
Qui les revend, qui les trahit chaque fois que je me tais
Devant l’innommable
Chaque fois que je bavasse, pour combler le vide
Pour occuper l’espace quand l’espace m’avale
Quand le vertige me prend
Quand j’aurais besoin d’une plage à Bonaventure
Mais que je suis pogné à la Place Bonaventure
Quand je ne désire de foule que tes doigts
Quand je voudrais me mettre en file
Pour te faire signer chaque souvenir
Qu’on n’aura jamais
Tu vois, c’est pas lui qui est confus
Qui me lit avec mauvaise foi
C’est moi qui aurais dû écrire en pensant
À ce qu’il allait penser de ce que je pensais en écrivant
Peut-être que ce serait plus clair, plus lisse
En tout cas, ce serait moins vrai
De toute façon, c’est pas toi, c’est pas eux le problème, c’est moi la solution
Mais j’ai peur, t’sé; l’introspection est la seule issue
Jusqu’au 8e sous-sol de la conscience
La lucidité demeure la première cause de dépression…
Toucher le fond, c’est tentant
Au moins quand on descend
On arrête de tourner en rond
Mais à couler en soi, on risque de se perdre
De ne plus pouvoir revenir à la surface
Ne plus parvenir à sauver la face devant l’injustice ordinaire
Le racisme, l’incivilité et les prix littéraires…
C’est pas toi, c’est pas elle qui va sauver le monde
C’est moi qui va l’achever
Avec mon Rav 4, mes trois repas par jour, mes deux enfants
Et mes bonnes intentions
Pourtant je veux ben, presque végétarien
Bobettes Abaka, paille en bois, pis toute pis toute
Mais de plus en plus lousse, t’sé
Quand tu regardes aller les crottés subventionnés, les succionnés de l’oléoduc
Et notre bon Justin, flamboyant comme un anus de luciole
Tu vois ben que ça sert à rien
Tu serres les poings, tu fermes les yeux
Trois milliards d’oiseaux morts au creux des mains
« Pour un succès littéraire, combien de forêts faut sacrifier? »
Hé! N’oubliez pas de mettre vos tites-cocardes dans le bon bac en sortant du Salon…
Pis c’est pas moi qui est moins progressiste,
C’est toi qui me repousses, me pousses au centre, me colles à droite
Me communautarise dans ma propre maison
Mais oui, c’est la tienne aussi!
Est-ce qu’on pourrait jaser dans le salon plutôt que de mettre le feu
Aux poutres maîtresses et murs de soutènement?
Tu le vois-tu qu’on se perd de vue?
Y’est trop tard moins quart
L’avenir se désiste
Mais on est cambrés, campés dans nos positions
Plus prévisibles qu’un métronome
Figés dans nos postures, nos chapelles
Nos vieilles chansons
À écrire des poèmes sur l’incommunicabilité
À chaque bout d’une table encombrée de griefs inutiles
On s’enterre, on s’entête
Tu vois, ce qui me désespère, m’aspire et me brise
Ce qui mutile mes rêves et m’empêche de dormir
C’est pas toi, ni lui, ni elle, ni moi
Mais la fosse commune qui se creuse entre nous

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