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Marie-Louise Arsenault
Audio fil du vendredi 8 novembre 2019

L’Ode Anne Hébert, de Jean-Paul Daoust

Publié le

Anne Hébert.
Anne Hébert en 1977   Photo : Radio-Canada

Une nouvelle biographie de l'écrivaine et poétesse Anne Hébert est parue le 29 octobre dernier aux Éditions du Boréal (Anne Hébert, vivre pour écrire, Marie-Andrée Lamontagne). Pour saluer cette publication, et parce qu'il la connaissait et l'admirait, Jean-Paul Daoust consacre sa chronique à l'écrivaine, poétesse, dramaturge et scénariste québécoise qui a écrit, entre autres, Les fous de Bassan.

Ode Anne Hébert
par Jean-Paul Daoust, novembre 2019

En 1963 un de mes professeurs de lettres
Au séminaire de Valleyfield, Jacques Hovsepian
M’a prêté un recueil de poésie
Au titre tout simple qui m’a illuminé
Poèmes (1)
Je découvris alors un univers implacable
Exit sur-le-champ le romantisme exacerbé
À la Lamartine Musset Hugo et Chateaubriand
Une poésie sévère se révélait à moi
Gravée à même l’os du langage
J’étais stupéfait
Et plus je le lisais et relisais
Plus je jetais à la poubelle mes poèmes écrits
Entre l’éclair et la foudre
En plein dans l’œil de la tornade de l’adolescence
J’avais alors 17 ans
Grâce à ce Tombeau des rois
La poésie m’apparut dans son intrinsèque pureté
Dans sa luminosité tranchante
Le geste même d’écrire était analysé
Décortiqué avec un scalpel
Ainsi que le montre le premier poème
De ce fulgurant recueil :
Et je sens dans mes doigts
À la racine de mon poignet
Dans le bras
Jusqu’à l’attache de l’épaule
Sourdre un geste
Et dont j’ignore encore
L’enchantement profond (2)
Dès le début du recueil l’eau est omniprésente
Non seulement sur les bords de la baie Saint-François
Je comprenais mais je vivais les mots de la poétesse
Toute l’image renversée
Il fait si calme
Sur cette eau… (3)
Je te donnerai de petites villes
De toutes petites villes tristes.
Les petites villes sont désertes
Et livrées dans nos mains
Les maisons ressemblent à des coquillages muets…
J’abandonne les petites villes de mon enfance… (4)
J’ai pris mes yeux
Dans mes mains
Comme des pierres d’eau… (5)
Je reprends mes yeux ouverts et lucides… (2)
Et j’ai réclamé le fer et le feu de mon héritage (6)
Et quand je suis tombé sur ces vers effroyables
Ils sont restés tatoués dans ma tête dans mon cœur
À tout jamais :
Il y a certainement quelqu’un
Qui m’a tuée
Puis s’en est allé
Sur la pointe des pieds
Sans rompre sa danse parfaite (7)
Dans ce livre Anne Hébert m’a démontré
Que la forme peut-être libre
Tout en étant férocement rigoureuse
Et que dire de son poème Vie de château
Qui m’a amené au dandysme :
L’enchantement pervers de ces lieux
Est tout dans ses miroirs polis.
La seule occupation possible ici
Consiste à s’y mirer jour et nuit… (8)
Tu trembles et luis comme un miroir (9)
Baudelaire me revenait sous les traits d’Anne Hébert
Je les voyais ces
oiseaux imaginaires châtiés par le vent (10)
Et je vivais quotidiennement avec
Un bruit de soie plus lisse que le vent
Passage de la lumière sur un paysage d’eau (9)
Tant d’autres vers magnifiques qu’il me fait plaisir
De vous lire comme écarter
Le jour comme un rideau… (9)
J'ai mon cœur au poing.
Comme un faucon aveugle. (11)
Je suis une fille maigre
Et j'ai de beaux os (12)
Ou encore cet art poétique qu’elle a si bien défendu :
Tout art, à un certain niveau, devient poésie.
La poésie ne s’explique pas, elle se vit…
Je crois à la solitude rompue comme du pain
par la poésie. (13)

Références du poème

  1. Poèmes, Anne Hébert, éditions du Seuil, Paris, 1960
  2. Éveil au seuil d’une fontaine
  3. Les pêcheurs d’eau
  4. Les petites villes
  5. En guise de fête
  6. La sagesse m’a rompu les bras
  7. Il y a certainement quelqu’un
  8. Vie de château
  9. Un bruit de soie
  10. Paysage
  11. Le Tombeau des rois
  12. La fille maigre
  13. Poésie, solitude rompue

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