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Marie-Louise Arsenault
Audio fil du vendredi 1 novembre 2019

Les gens du Nord : le micro ouvert de Mario Cyr

Publié le

L'homme à la chemise bleu foncé sourit à l'animatrice.
Le cinéaste et explorateur Mario Cyr présente un texte à propos de ses amis du nors, les Inuit.   Photo : Radio-Canada / Christian Côté

Caméraman et photographe sous-marin, Mario Cyr met des mots sur le contexte des nombreuses images qu'il a captées lors de ses escapades dans le Grand Nord.

Vous êtes habitués à m’entendre parler de l’importance de protéger l’environnement pour le bien des générations futures, et encore plus depuis que je suis le grand-père de deux magnifiques petites filles. Vous vous attendiez peut-être à m’entendre parler de mes récits d’aventures avec des ours polaires balafrés, de grands requins blancs ou du regard fascinant des baleines. Toutefois, aujourd’hui, je tiens à prendre les trois précieuses minutes que vous m’offrez pour rendre hommage à un peuple qui a eu une influence significative sur ma vie professionnelle et m’a donné de belles leçons de vie comme humain.

Je veux vous parler des gens du Nord. Ici, je ne fais pas référence aux habitants des Laurentides ou de Chibougamau – désolé, Marie-Louise. Je parle plutôt de ceux qu’on oublie trop souvent quand on parle de l’impact des changements climatiques, mes précieux amis inuit, qui ont subi les conséquences de la colonisation accélérée, parfois sous la contrainte et parfois par dépit. La sédentarisation a amené des problèmes sociaux importants, comme l’alcoolisme, le suicide et j’en passe. Comme si cela n’était pas suffisant, les communautés inuit sont aujourd’hui frappées de plein fouet par les bouleversements du climat.

Leur isolement leur a permis de préserver une culture forte, une langue et des traditions bien vivantes. Aujourd’hui, les Inuit ont perdu plusieurs de leurs repères, notamment pour aller chasser la nourriture pour leur survie, à cause de la fonte de la banquise arctique. La nature démesurée du Grand Nord a forgé leur identité, leur caractère. Aujourd’hui, cette nature est complètement déréglée et les changements climatiques s’accélèrent au point que leur adaptation est incapable de suivre la cadence.

Moi-même issu d’une communauté de pêcheurs et de chasseurs de phoques, le premier contact a été très facile et, depuis, je me sens chez moi chaque fois que j’y mets les pieds. Rien de tel que de partager de la banique et une tasse de thé sur la banquise pour se réchauffer et prendre son temps en scrutant l’horizon. Les images que je rapporte pour les grandes productions cinématographiques ne seraient pas aussi uniques si ce n’était de mes guides inuit. Ils sont eux-mêmes pour la plupart des chasseurs, je peux donc me fier à eux pour me dire quand les animaux arrivent et quels sont les meilleurs endroits pour croiser leur route. Toutefois, d’année en année les changements dans le comportement des animaux, à cause de l’augmentation de la température, font en sorte que plus rien n’est prévisible. De mon côté, c’est un moindre mal, comme ma survie ne dépend pas du fait de rapporter un mammifère pour nourrir mon village. Pour eux, l'espoir s’amincit aussi vite que la glace fond.

C’est un peuple de peu de mots, c’est la raison pour laquelle je prends la parole pour lui. Les Inuit sont mes yeux et mes oreilles quand je ne suis pas là. À ce micro, je veux être leur voix pour qu’on entende leurs inquiétudes en ce qui a trait à l’avenir. Les coûts sociaux pour une communauté qui vit des fruits de la chasse ne feront que s’accroître. Comme si ce n’était pas assez, la montée des eaux menace des villages qu’on leur a imposés.

Si l’ours polaire est le symbole du Nord, les peuples inuit en sont l’âme et le cœur. Ils sont les gardiens de l’équilibre de la nature. Si on ne peut arrêter l’érosion de leur culture, cela voudra dire que nous aurons échoué, ici, plus au sud. Comme chez nous, aux Îles-de-la-Madeleine, ils font fi du temps, mais le temps presse pour renverser la tendance.

Permettez-moi de tenter de les remercier dans leur langue : « Qujalivunga tunngasuktitauttiarama tamaani nunasunni. » Ce qui veut dire en français : « Je suis reconnaissant d’être toujours le bienvenu dans votre communauté. »

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