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Marie-Louise Arsenault
Audio fil du vendredi 11 octobre 2019

Les inégalités de la lutte pour l'environnement, vues par Leïla Donabelle Kaze

Publié le

La comédienne noire écoute l'animatrice.
Leïla Donabelle Kaze présente un texte portant sur l'accès à des produits de qualité et les déserts alimentaires.   Photo : Radio-Canada / Christian Côté

La comédienne Leïla Donabelle Kaze fait partie des quelque 500 000 personnes qui ont participé à la marche pour le climat le 27 septembre dernier à Montréal. Elle prend conscience de la chance qu'elle a d'habiter un quartier où les choix écolos abondent et rendent les gestes pour l'environnement plus accessibles. Elle livre en toute franchise sa réflexion dans son « Micro ouvert ».

Inégalités

Le 27 septembre, un demi-million de personnes se sont rassemblées dans les rues de Montréal pour dire au gouvernement et à la population qu’il FAUT SAUVER LA PLANÈTE AU P.C. De retour de cette marche, je rentre dans un métro bondé. À peine avant de passer les tourniquets, c’est déjà long. J’ai faim, tous mes besoins primaires sont sollicités. Je prends mon cellulaire, cherche sur une application l’horaire des autobus pour voir si je peux éviter la petite marche de plus.

Je sors du métro, m’arrête dans un petit resto végé avant d’aller travailler. Je pourrais me féliciter, mais je me rends compte que je n’y suis pour rien ou presque. C’était soit le resto végé, l’épicerie bio ou les petits kiosques locaux sur mon chemin. L’option était là, mais ça donne quand même espoir d’avoir autant de choix. J’observe les stations de BIXI vides et les trottinettes électriques de plus en plus présentes sur les pistes cyclables. Il y a tout de même plusieurs mesures pour accommoder les Montréalais et il faut les multiplier.

Les choses se corsent un peu plus quand on habite loin du centre de la ville.

1 h 30 de transport en commun;

Le paysage se transforme.

On oublie rapidement qu’on se trouve encore dans la ville de Montréal.

La conscience écologique a un prix, un statut social et une géolocalisation qui vient considérablement faciliter les actions écoresponsables. En somme, les personnes qui, par exemple, habitent à Rivière-des-Prairies, à Pointe-aux-Trembles ou à Montréal-Nord n’ont pas les mêmes outils ni les mêmes moyens pour agir. À ces débuts importants de notre lutte pour le climat, il est primordial que ce mouvement soit le plus inclusif possible.

La situation actuelle est qu’il n’y a pas autant de stations de BIXI à Montréal-Nord que sur Le Plateau, qu’il y a seulement 4 épiceries à Rivière-des-Prairies pour 55 000 individus, que les familles et les étudiants qui vivent en dessous du seuil de pauvreté ne peuvent pas faire une épicerie écoresponsable de qualité. Une autre chose est de constater qu’il y a un devoir urgent de planter des arbres, mais aux bons endroits; dans les quartiers densément peuplés (et souvent défavorisés) qui se retrouvent près des voies routières à haut débit comme dans Parc-Extension.

Et notre gouvernement doit aussi en tenir compte. Selon les données divulguées par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, l'espérance de vie des citoyens qui habitent certains quartiers de l'est de Montréal est jusqu'à neuf ans inférieure à celle des citoyens de l'ouest de l'île. David Kaiser, médecin en santé publique et en médecine préventive pour Santé publique de Montréal, explique que dans les endroits où il y a peu d'arbres, beaucoup de bâtiments et d'asphalte, la température, lors d'une journée chaude, peut monter de 10 à 15 degrés Celsius de plus que sur le mont Royal. Il y a des secteurs entiers où les gens doivent se déplacer à plus de 500 mètres pour des fruits et des légumes. Sans voiture et avec un service de transport en commun plus difficile d’accès, les gens fréquentent davantage les restaurants de malbouffe – qui sont nombreux –, les épiceries sont éloignées et il n’est pas rare que les courses se fassent au dépanneur du coin. Tous ne sont pas privilégiés, tout le monde n’a pas l’embarras du choix, tous n’ont pas accès à des aliments frais. Les nouveaux arrivants, les personnes à faible revenu, même la classe moyenne et les étudiants doivent pouvoir se sentir impliqués. Quand la sensibilisation pour la lutte environnementale va inclure les quartiers défavorisés du grand Montréal, là nous serons en marche. Un changement réel ne peut se faire que par tout le monde et pour tout le monde.

Ce n’est pas qu’une question de volonté. C’est aussi une question de bon sens.

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