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Marie-Louise Arsenault
Audio fil du vendredi 26 avril 2019

La petite fille qui pleure, de Louise Latraverse

Publié le

La comédienne à la chevelure argentée sourit à l'animateur.
Louise Latraverse livre un texte émouvant pour le micro ouvert.   Photo : Radio-Canada / Christian Côté

Le « Micro ouvert » de Louise Latraverse, actrice et metteuse en scène, est un récit qui se situe en contrepoint du roman de Naomi Fontaine, Manikanetish. « Je n'ai pas beaucoup de souffle pour écrire longtemps, comme pour un roman, mais j'aime beaucoup les fragments, les nouvelles », dit-elle.

La petite fille qui pleure

J’ai de la peine. Chus mêlée.

J’sais pus rien. Savez-vous quèque chose, vous? Des fois, j’pense que j’sais quèque chose. J’parle fort. J’prends beaucoup de place pour le dire. Quand c’est fait, quand c’est dit, j’sais plus rien. Chus vidée. J’reste collée avec le rien plus qu’avec le quelque chose. C’est sûr que c’est pas normal. Y a tant de choses à dire, tout le monde le dit.

Chus mêlée.

Les journaux racontent des histoires qui arrivent au monde. Des histoires épouvantables! J’en connais qui ont lu des choses sur ce qui leur était arrivé. Y s’en sont jamais r’mis. Tous les jours, y r’viennent là-dessus en disant toujours la même chose, « C’est pas vrai, j’ai jamais dit ça, pas comme ça ». Pis y répètent que ces gens-là ont brisé leur vie. Y sortent pus. Ils ont honte. Ils longent les murs, même chez eux. Tout ça parce qu’y ont dit c’qu’y pensaient. C’est fatigant de penser que tu peux briser ta vie parce que tu dis c’que tu penses.

Comment je vais faire, moi? Parce j’pense beaucoup.

D’autres sont passés à la télé et y l’ont bien r’gretté. Un jour y v’nait d’arriver quèque chose de grave. Un accident. Une caméra est arrivée pis l’homme au micro leur a demandé leur impression sur c’qui v’nait de voir. Ils ont dit c’qu’ils pensaient pis leur vie a changé pour toujours. Parce qu’après, d’autres télévisions sont v’nus leur poser encore des questions. Ils en ont rajouté un p’tit peu pour que ce soit moins plate. Ça faisait plusieurs fois qui répétaient la même affaire. Y se sont fait poursuivre parce que c’était pas la vraie vérité.

Ça semble un peu compliqué c’que je dis, mais j’ai vu ça souvent. Tu veux bien faire pis tu t’mets les pieds dans les plats.

C’est quand tu penses que tu sais quelque chose que les troubles commencent. Quand tu veux le dire, pour communiquer.

« Qu’est-ce qu’elle a, elle, pour qui a s’prend? » C’est souvent une affaire pas très grave, mais pour toutes sortes de raisons que j’connais pas, ça dérange. C’est bien énervant. Y se mettent à parler fort et ça tourne en chicane. C’est pas très beau.

C’est pas facile de pas penser. Disons que j’pense que j’ai vu un autobus rouge. C’est pas trop compliqué ça. Mais si j’dis « J’ai vu un autobus rouge » à quelqu’un et que l’autre me répond « Non, j’pense qu’y était jaune? » C’est là que ça devient vite compliqué. Ça peut nous mener loin.

Des fois, j’veux mourir. Le monde est-tu plussss capable de vivre que moi? « La vie quand elle nous rentre dedans sans nous avertir comme si elle avait tous les droits. » Mon frère y répète toujours ça. Y parle toujours d’la vie. Des grandes phrases, pas drôles. Moi aussi, j’en sais des choses. Des choses que j’entends quand y pensent que j’écoute pas. Des choses tristes. C’est pour ça que des fois, j’veux mourir. Chus mêlée. C’est pas facile d’être moi.

J’ai pleuré ce matin parce que j’avais d’la peine pis d’la colère. J’ai demandé à ma mère si c’était d’ma faute tout ce qui arrivait dans l’monde. Toutes les horreurs que je vois tous les jours à la télé. Elle m’a dit, « Non ». Ça m’a fait du bien son « Non ».

Elle m’a prise dans ses bras pis a m’a bercée.

J’ai essayé de dépleurer. Tsé, comme pus pleurer ou apprendre à finir de pleurer ou pleurer assez pour pus avoir envie de pleurer. Pleurer toutes les larmes jusqu’à la bonne.

A m’a dit que j’avais beaucoup d’imagination. Que je devrais écrire les p’tites histoires que j’ai dans ma tête, de dessiner ma colère. De pas la garder en d’dans. Parce que c’est pas bon, ça donne des boutons.

A l’a dit que créer ça aidait à vivre, parce que quand tu crées tu peux dire tout c’que tu veux, tout c’que tu penses. Y a personne pour t’obstiner pis crier après toi. J’ai aimé ça.

Ça fait que j’vous ai écrit. Ça m’a fait du bien. Ça m’a changé les idées. Merci. xxx

Loulou

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