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Marie-Louise Arsenault
Audio fil du vendredi 29 mars 2019

La recherche de joie pure de Marilyse Hamelin

Publié le

La jeune femme brune sourit à l'animatrice.
La journaliste Marilyse Hamelin présente un plaidoyer en faveur de la joiea assumée et célébrée.   Photo : Radio-Canada / Christian Côté

Pour la journaliste et chroniqueuse Marilyse Hamelin, « l'hiver a été tough », notamment en raison du décès de ses deux grands-mères. Elle consacre son « Micro ouvert » à son rapport à la joie, qui apparaît trop souvent comme « un petit miracle volé au reste ».

Je me sentais super vulnérable de venir faire ce micro ouvert. Je me disais que je me dévoilais un peu, mais j'ai l'impression que peut-être que beaucoup de gens vont se reconnaître là-dedans.

Marilyse Hamelin, journaliste

J’ai envie de vous parler de la joie, parce que j'en éprouve trop peu, pour ne pas dire presque jamais.

Où est-ce qu’on case ça dans un agenda surbooké, la joie?

Je veux éprouver la même joie que le chien qui s'ébroue sur un sentier près de la rive et qui saute à l’eau pour aller chercher la balle.

Je veux connaître cette joie pure.

Je veux connaître la joie, la vraie, pas un ersatz.

Et surtout pas la maudite schadenfreude.

Pour celleux qui l'ignorent, la schadenfreude, c’est la joie malsaine qu'on éprouve en observant le malheur d'autrui.

C’est souvent la seule joie que s’offrent les adultes, avouons-le.

J’en peux pu de de cette maudite schadenfreude, ça me fait du mal.

C’est l’équivalent d’avoir raison trop tard, comme dans un « je vous l’avais bien dit », qui, au fond, ne fait plaisir à personne.

Je voudrais goûter une dernière fois à la joie pure et puissante de l’enfance, ne serait-ce qu’une seule minute.

Savez-vous qu’un enfant rit en moyenne 300 à 400 fois par jour alors qu’un adulte ne rirait que vingt fois dans une journée?

Honnêtement, je ne me souviens pas de la dernière fois que j'ai ri 20 fois dans une journée.

À vrai dire, je ne suis même pas certaine de rire tous les jours.

Je voudrais tellement être à nouveau la proie d’un fou rire démentiel avec ma chum sur un banc d'université, parce que le professeur parle de bit(e), comme dans unité de mesure en informatique.

Je voudrais tant être à nouveau la proie d’un fou rire démentiel avec ma chum dans un bar l’après-midi, pas mal pompettes, en plein enregistrement d’une émission de radio, parce que le séduisant trompettiste a joué une fausse note très aiguë.

On ne rit plus beaucoup elle et moi.

Elle est occupée, elle a un travail prenant, des soucis, un enfant.

Je suis une femme sans enfant.

Quand on a un enfant, la joie se vit par procuration: le voir apprendre à marcher, parler, assister à son spectacle de danse de fin d’année, à la cérémonie méritas, à la graduation du secondaire, du cégep, de l'université, à son mariage, devenir grand-parent...

C’est les occasions pour un adulte sans enfant d’éprouver de la joie?

Remporter un tournoi de poker?

Un quiz musical?

Une partie de Cantan?

Adopter un chaton?

Un petit beagle?

Compter un but à l’aréna?

Gagner un petit montant à la loterie?

Ou quand tout le monde se lève pour danser pendant ta « toune » au karaoké?

Pour moi, le top de la joie, c’est d’assister à un concert mémorable quand je suis dans la zone.

Vous savez LA zone, celle qui ne vient plus naturellement une fois adultes, celle qu'il faut aider d’un peu de substances et de molécules, parfois.

On peut être très seul dans cette zone, si on est entouré de personnes maussades.

Parce que non seulement les occasions d’éprouver de la joie se font rares, mais elles prennent parfois la forme de rendez-vous manqués.

Après tout, une joie non partagée est-elle vraiment une joie?

Après les plaisirs solitaires, les joies solitaires?

Est-ce que j’ai déjà éprouvé de la joie en solo?

La plénitude, ça oui, de temps en temps.

Mais la joie?

De toute manière, si elle se pointait le bout du nez, je serais du genre à vouloir la capturer avec mon téléphone, à la réduire en pixels à partager avec mes amis virtuels. On a les joies qu’on mérite, ou l’absence de.

Je vous parle de la joie depuis tantôt et je fais de l’évitement. J’le sais.

J’ai soigneusement évité de parler de la joie d’être amoureuse, une joie aussi puissante qu'éphémère.

J’ai juste pas envie d’en parler de celle-là. Je m’en méfie.

Je voudrais être capable d’éprouver de la joie en pensant à un être défunt sans que ça fasse mal. Est-ce que ça se peut ça?

Je veux ressentir la joie de réciter un poème appris par coeur ou d’apprendre un mot nouveau, celui que je cherchais, celui qui me manquait.

Je veux me remplir de la joie d’être utile, de faire le bien, de venir en aide à autrui, de me sacrifier sans arrière-pensée.

Je veux... beaucoup.

Trop, probablement.

Au fond, chaque moment de joie est un petit miracle volé au reste.

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