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L'animateur Mathieu Dugal
Audio fil du vendredi 15 mars 2019

Les mauvais coups d’un jeune André Turpin

Publié le

Le cinéaste à la barbe grise sourit à l'animatrice.
Le cinéaste et directeur-photo André Turpin profite du micro ouvert pour faire des révélations surprenantes.   Photo : Radio-Canada / Christian Côté

Pour son « Micro ouvert », le cinéaste, directeur photo et scénariste André Turpin nous raconte un des mauvais coups qu'il a réalisés durant son adolescence, après avoir puni son fils pour une faute du même genre.

André Turpin signe la direction photo du film Matthias et Maxime, de Xavier Dolan, qui sortira en salle cette année. Son travail sur des films comme Maelström (2000), Incendies (2010) et Mommy (2014) a été reconnu et primé. De plus, il a réalisé les films Un crabe dans la tête (2001) et Endorphine (2015).

Les mauvais coups

Il y a une couple d’années, mon fils, qui avait alors 11 ans, a fait un mauvais coup. Solide. Pour protéger sa réputation, je tairai ici la nature de son erreur, mais disons simplement que la chose avait coûté plusieurs milliers de dollars…

« Comment le punir? » me suis-je demandé. Le battre? Le priver de nourriture? Ou encore, en père rose que je suis, l’accabler verbalement des valeurs chrétiennes qui nous habitent ici, un peu malgré nous : l’honnêteté, le respect, l’honneur...

Comment faire la leçon à son enfant, donc? Méthode dure, méthode douce?

Avant de prendre ma décision, j’ai réfléchi à l’éducation que j’avais moi-même reçue de mes parents extraordinaires, dans le confort soyeux de notre maison de banlieue, en me demandant ce qu’ils auraient fait, eux, à ma place.

Et là, je me suis rappelé mon adolescence.

Bien qu’en surface, j’avais l’air d’un ange – poli, studieux, président de mes classes et même de mes écoles –, dans l’ombre, je menais une vie de voyou.

J’étais un voleur.

Je piquais des magazines dans les magasins, des gros suçons que je remettais comme prix de civisme en classe aux élèves méritants, puis des disques chez Shermans, qu’on vendait au collège le lendemain, et des stylos chics chez Birks comme cadeau de Noël à mon père. La nuit, lors d’escapades secrètes en mobylette, mon chum André pis moi, on volait des lumières de police sur le toit de camions du ministère de la Chasse et de la Pêche pour ensuite illuminer les danses à l’école, disco-mobile oblige.

En secondaire 4, comme André et moi avions un club de trampoline au collège (et donc les clés des installations sportives) en plus d’une solide expérience d’escrocs, un certain Mario Marangère nous demanda de faire un mauvais coup, soit de cambrioler la palestre du collège.

On a prétexté à nos parents qu’on dormait chez Marangère pour étudier notre examen de religion, pis à minuit sonnant, on est partis dans la grosse Buick de son père – père absent, de toute évidence – en direction du collège, qui était situé dans les bois de la petite ville de Limbour, en Outaouais. Une fois sur place, on s’est rendu compte que la porte de secours de la palestre qu’on avait débarrée le jour même avait été rebarrée et cadenassée.

Bon. Tant qu’à être là… on a cassé la vitre pis on est rentré. Quinze minutes ont suffi pour dévaliser l’endroit : des haltères; des beaux ballons de basket et de volleyball, encore tout neufs et dégonflés dans leurs sacs de plastique; des hockeys flambettes; bref, un beau butin. On a rempli la Buick au père de Marangère, pis on est rentré avec autant de stock dans le char que d’endorphines dans' tête.

Le lendemain au collège, la marde était pognée. Tout le monde en parlait.

Quand le directeur est venu me chercher dans ma classe de physique, j’étais un suspect juteux parce que j’étais le seul étudiant du collège qui avait les clés de la palestre. Boris Plante, mon prof de physique, meilleur prof à vie, m’a r’gardé droit dans les yeux, pis y m’a dit, devant tout le monde : « Hein? Turpin? Toi qui as fait la palestre? » Je me suis levé et j’ai suivi le directeur devant les étudiants de ma classe qui, sans exception, riaient de ma gueule…

Face au déferlement de questions du comité improvisé de professeurs et d’administrateurs, j’ai tenu bon. Malgré mes talents de menteur, je demeurais un suspect en haut de la liste. La nuit chez Marangère pour étudier notre examen de religion était le point faible de ma défense…

Au retour à la maison, démangé par la culpabilité et la forte probabilité de me faire prendre, j’ai convaincu mes deux amis bandits de retourner l’équipement au collège. On est parti dans Buick du père à Marangère, pis sous une pluie fine et un épais brouillard, on a « dompé » le stock dans un gros trou à côté du terrain de crosse.

Puis, de retour à la maison, j’ai appelé le collège; j’ai mis une débarbouillette sur le téléphone et j’ai dit au réceptionniste, un père jésuite que je connaissais très bien : « L’équipement de sport volé hier a été remis dans un trou derrière le collège. Je répète : l’équipement volé hier a été remis dans un trou derrière le collège. »

Puis, pour clore le drame, j’ai fait monter ma mère… et j’ai avoué mon crime.

Comment mes parents, les meilleurs du monde, ont-ils réagi pour faire de moi l’homme honnête que je suis devenu 35 ans plus tard? Voilà la question.

Ma mère, un être de douceur et de compassion exceptionnelle, une sainte que je vénérais plus que la vie elle-même, ne m’a tout simplement pas adressé la parole pendant trois mois. Mon père, de son côté – un homme d’affaires et grand joueur de poker –, m’a répondu qu’il était déçu de moi, mais que ce n’était rien à comparer de toutes les frasques qu’il avait lui-même commises dans sa jeunesse.

En guise de punition, j’ai tondu le gazon de son commerce tout l’été et, juste au moment où ma mère a recommencé à me parler, au mois d’août… je me suis fait pogner à manger du hasch avec mes chums.

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