•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

David Goudreault dévoile un extrait de son prochain roman

Plus on est de fous, plus on lit!

Avec Marie-Louise Arsenault

En semaine de 13 h à 15 h
(en rediffusion du mardi au samedi à 1 h et le samedi à 19 h)

David Goudreault dévoile un extrait de son prochain roman

Audio fil du vendredi 15 mars 2019
L'auteur parle de son livre en gesticulant, sous le regard attentif de Jean-Paul Daoust.

David Goudreault (à dr.) présente un avant-goût inédit de son prochain roman, dont le titre n'est pas encore déterminé.

Photo : Radio-Canada / Christian Côté

L'auteur et slammeur David Goudreault lit un extrait de son prochain roman, qui paraîtra le 18 septembre prochain. « Je suis à la fois terrifié et enthousiaste. Je sais que des gens vont le lire, ne serait-ce que par curiosité », affirme-t-il.

David Goudreault prévient les lecteurs : son prochain roman sera très différent de la trilogie amorcée par La bête à sa mère.

J’essaie d’avoir un regard cruel et bienveillant sur mes personnages et sur l’humain, pour essayer de faire réagir le lecteur.

David Goudreault

Chapitre 45
Abhijat refuse, s’accroche, lutte de tout son être, s’épuise à repousser l’inéluctable. Chétif, plus émacié que jamais, on s’étonnerait de voir s’agiter de longues branches sèches sous le drap blanc.

Heureusement, personne n’est là pour le voir remuer.

Déjà cinq semaines aux soins palliatifs. Les médecins se font de moins en moins souriants; il occupe obstinément un lit dans l’hôpital surpeuplé. Il faudrait mourir. Personne n’oserait insister, mais il y a mille façons de dire les choses sans les nommer. Son long bras décharné s’étire jusqu’à l’interrupteur, l’infirmier lui apporte son verre d’eau. Abhijat n’a pas soif, mais boire est un geste de vivant.

Il aurait mieux fait de mourir la veille. Avec sa sœur, devant sa sœur, qu’il puisse partir accompagné et qu’elle puisse repartir en Inde l’esprit tranquille. Mais il avait l’agonie têtue, et elle devait retourner auprès de sa famille, reprendre le travail, rembourser les frais encourus pour cette visite funèbre. Abhijat aurait tant voulu repartir avec elle. Trop tard, il doit crever en Beauce.

La foi est un mensonge qui accomplit de véritables miracles; il y croit encore, mais ne sait plus où placer ses croyances vacillantes. Reconnecté avec l’hindouisme, il cherche le salut dans la Bhagavad-Gita, l’aumônier de l’hôpital lui fournit du Jésus chaque jour, et il envisage maintenant d’exiger la présence d’un imam. Œcuménisme paniqué. Si toutes les médecines alternatives ont échoué, si la médecine officielle ne peut plus rien pour lui, quel Dieu le pourrait?

Soixante-neuf ans, ce n’est pas un âge pour mourir, c’est presque jeune, il doit y avoir une autre issue. Son livre, il l’écrirait pour de bon si on lui laissait encore quelques mois, il s’y attellerait enfin, c’est trop cruel de crever sans avoir publié ce livre. Et sa fille, il se rapprocherait d’elle, quitte à habiter cette maudite maison dont les journaux font leurs choux gras. Et Dolorès, son grand amour, il la retrouverait, la séduirait à nouveau, tout est possible. Une foudroyante prise de conscience l’assaille : non, tout n’est pas possible, quand notre corps infesté de métastases est rivé à un lit dont on ne peut s’arracher, tout n’est plus possible.

Épuisé d’angoisse, le corps secoué de frissons, il mobilise ses dernières énergies pour rejeter son ultime maîtresse, une partenaire de méditation ayurvédique qu’il n’a jamais aimée, une insignifiance de plus dans sa trop courte vie. Pour apaiser son amant, Josée-Lune entame la récitation de l’om mani padme hum. Énervé, Abhijat se débarrasse d’elle et de tout sentiment positif qu’elle aurait pu conserver à son égard. Le voilà donc capable de mépris; elle en est aussi étonnée que lui.

Même assommé par les opiacés, Abhijat se réveille en sursaut tous les quarts d’heure. Entre deux cauchemars, il demande du papier, mais n’a pas les idées claires, il parvient difficilement à rédiger quelques phrases incompréhensibles, se résigne à scribouiller d’étranges calligrammes avec les noms de ses enfants, s’effondre contre l’oreiller. L’inexorable l’étrangle, la mort le tient.

Un ultime verre d’eau, une dose massive de morphine. On lui confirme que personne d’autre n’a demandé à le voir. Pétri de détresse, de peurs et de regrets, il meurt seul quelques minutes plus tard. Absolument paniqué et athée, en état de pleine conscience.

Les tribunes de Radio-Canada.ca font peau neuve

Les tribunes de Radio-Canada.ca sont actuellement fermées pour permettre de grandes rénovations destinées à rendre votre expérience encore plus agréable.

Quelques points à retenir:

  • Vos nom d'usager et mot de passe demeurent inchangés
  • Les commentaires publiés ces derniers mois seront transférés graduellement
  • La modération des commentaires se fera selon les mêmes règles.
Nous croyons que ce changement rendra votre expérience sur Radio-Canada.ca encore plus intéressante et interactive.

À plus tard!

L'équipe de Radio-Canada.ca

Vous aimerez aussi