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Karyne Lefebvre
Audio fil du dimanche 21 avril 2019

Kanata : la question de l’appropriation culturelle est-elle sans issue?

Publié le

Des acteurs déguisés en Autochtones sont devant un tipi sur une scène.
La première de Kanata était prévue en décembre, à Paris.   Photo : CBC / Théâtre du Soleil

« On n'en peut plus de la bonne volonté, on veut de l'écoute active », dit Melissa Mollen Dupuis lors de la discussion de l'équipe au sujet du documentaire Lepage au Soleil : à l'origine de Kanata. C'est bien le seul point qui a fait l'unanimité lors de cette discussion animée et particulièrement émotive.

« Qu’on dise que seuls les Autochtones ont le droit de parler des Autochtones, comme seuls ceux qui ont le cancer peuvent parler du cancer, ça n’a pas de sens », dit pour sa part Patrick Senécal.

« On a le droit de tout faire, mais on a aussi le droit de critiquer », ajoute Noémi Mercier au cœur de la discussion.

La comédienne Catherine Trudeau explique que jouer c’est s’approprier ce qui appartient aux autres pour le redonner. « C’est le propre de mon métier. […] Tout le bien-fondé du jeu de l’acteur est là. »

Les opinions des membres de l'équipe de l'émission divergent tant sur le spectacle de Robert Lepage que sur le documentaire à son sujet. Deux visions s’opposent : d’un côté, il y a ceux qui parlent d’une démarche artistique se voulant humaniste, et de l’autre, ceux qui dénoncent l’invisibilité et le manque de reconnaissance des peuples autochtones.

Avec notre sage Amadou Sadjo Barry, professeur de philosophie au Cégep de Saint-Hyacinthe, nous nous posons plusieurs questions : « Est-ce que ces deux visions sont irréconciliables? Comment bâtir des ponts de manière constructive après une telle controverse? »

Dans la discussion, outre notre sage qui a tempéré les différentes opinions, Noémi Mercier a tenté de comprendre les deux positions.

Je ne dis pas que [Robert Lepage] n’avait pas le droit de le faire, les artistes ont le droit de tout faire. La liberté d’expression est sacrée et il faut absolument la protéger, surtout quand ça nous déplait. Toutefois, il faut aussi que les gens qui ne sont pas d’accord aient autant de liberté de critiquer. Ce qui m’a vraiment déplu dans le documentaire, c’est quand la documentariste fait état de la controverse et la résume en quelques gazouillis montrés à l’écran, ce qui ne rend pas justice à ces arguments.

Noémi Mercier, journaliste

Par ailleurs, Amadou Sadjo Barry souligne que, sans appropriation, on signe la mort de l’art.

Est-ce que toutes les formes d’appropriation sont justes? Chez les philosophes de l’art, il y a des appropriations qui sont justes, dans la mesure où elles n’invitent pas à dénigrer ou encore à dominer la culture qu’on emprunte.

Amadou Sadjo Barry, professeur de philosophie

Ce dernier donne quelques exemples dans la discussion pour montrer ce qu’on aurait pu reprocher à Robert Lepage.

L'homme noir est assis en studio devant un micro.
Le professeur de philosophie Amadou Sadjo Barry Photo : Radio-Canada/Dominic Matthews

Il ajoute que les débats sont très émotifs, peut-être trop, ce qui engendre aussi de la violence dans les propos. « Il faut prendre la mesure du présent et se poser la question suivante : “Comment, malgré ce traumatisme historique, les minorités peuvent-elles solliciter leur histoire, en faire un laboratoire pour penser l’avenir et surtout faire de l’identité un lieu d’espoir, de réconciliation?” »

Le documentaire d’Hélène Choquette a été tourné de 2016 à 2018, avant que la controverse n’éclate à l’été 2018. La réalisatrice a ajouté des commentaires éditoriaux au début et à la fin du documentaire dans lesquels elle fait référence à la polémique.

Les références

Une bibliographie proposée par notre invité Amadou Sadjo Barry pour réfléchir au sujet de l’appropriation :

  • Borrowed Power: Essays on Cultural Appropriation, de Bruce Ziff et Pratima V. Rao (Rutgers University Press)
  • Cultural Appropriation and the Arts, de James O. Young (Blackwell Publishing)
  • The Ethics of Cultural Appropriation, de James O. Young et Conrad G. Brunk (Blackwell Publishing)
  • « Touche pas à ma musique! Controverses sur l’appropriation des cultures minoritaires », de Richard Mèmeteau (article publié dans Revue du crieur)
  • De la question sociale à la question raciale? Représenter la société française, d’Éric Fassin et Didier Fassin (La Découverte)
  • Artistic License: The Philosophical Problems of Copyright and Appropriation, de Darren Hudson Hick (University of Chicago Press)

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