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Rebecca Makonnen
Audio fil du mercredi 3 avril 2019

« Salut les tapettes! » Se réapproprier les insultes LGBTphobes

Publié le

Poing levé avec un bandeau arc-en-ciel, avec la mer en arrière-plan.
Fierté LGBTQ+   Photo : getty images/istockphoto / nito100

Le terme « queer  », qui est maintenant utilisé couramment pour parler des diversités sexuelles et de genre, était à l'origine une insulte qui voulait dire « bizarre ». Est-ce que des insultes comme « tapette », « fif » ou « gouine » devraient être l'objet d'une réappropriation à leur tour et être utilisées avec fierté? Discussion tout en nuances avec Charlie Morin, éducateur sexuel, et Judith Lussier, autrice du livre On peut plus rien dire.

Dans les relations sociales, les insultes ont deux fonctions : elles servent à affirmer une supériorité et à créer de la distance entre soi et ceux qu'on veut rabaisser. Traiter quelqu'un de « tapette » ou de « fif », ça lui envoie le message qu'il ne fait pas partie du « nous » parce que – dans ce cas – sa masculinité n'est pas adéquate.

Or, quand des homosexuels se réapproprient ces insultes pour se désigner entre eux, ça change la fonction des termes. Ça crée un nouveau « nous ». « Ça devient une manière de créer des connexions, explique Charlie Morin, ça crée des communautés. »

C'est intéressant de visibiliser ces termes-là et de les normaliser dans un deuxième sens.

Charlie Morin

La réappropriation de l'insulte : une pratique aux racines historiques
La communauté LGBT+ a depuis longtemps cette pratique de tourner les insultes en affirmation. C'est le cas du terme «  queer », mais aussi de « gai » qui évoquait le style flamboyant de certains homosexuels. À force d'être réutilisés positivement, les termes insultants ont été normalisés. D'autres, toutefois, créent encore des malaises – tapette, fif, gouine, pédé, etc. –, et c'est parce qu'il y a encore des malaises avec les identités qu'ils désignent, croit Charlie Morin.

Se réapproprier l'insulte, ça fait partie des tactiques du militantisme qui vise à dérober du pouvoir aux personnes qui l'ont.

Judith Lussier

L'affirmation haut et fort d'identités sexuelles et de genre marginalisées est encore subversive, comme l'explique Judith Lussier. « Même le terme lesbienne, je sais qu'il y a beaucoup de gens qui ont un dégoût langagier par rapport à ce terme-là, et c'est pour ça que je le dis beaucoup », insiste-t-elle.

Qui peut utiliser ces termes et dans quel contexte?
Il n'y a pas de réponse tranchée à ces questions. Tous deux s'entendent pour dire qu'il est important d'avoir conscience du public auquel on s'adresse quand on utilise des insultes dans un objectif de réappropriation. Judith Lussier, qui fait des ateliers de sensibilisation contre l'homophobie dans les écoles avec le GRIS-Montréal, n'oserait jamais parler de « tapette » ou de « gouine » dans ce contexte, par crainte de retraumatiser des jeunes, pour qui ces mots ont été des vecteurs d'intimidation. Charlie Morin estime que, dans d'autres contextes, leur utilisation peut toutefois servir à brasser un peu les gens et à dissiper des malaises encore existants par rapport à ces identités.

Il est difficile de réglementer qui peut ou non utiliser de façon légitime ces termes et dans quels contextes, puisque les paramètres sont complexes et multiples. La clé, croient Judith Lussier et Charlie Morin, est la bienveillance. Il n'est peut-être pas si loin le jour où l'on pourra chanter « J'suis sorti avec mes chums de fifs... »

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