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Rebecca Makonnen
Audio fil du mardi 19 mars 2019

Mettre fin au travail gratuit dans les arts et la culture

Publié le

Rihanna aux BET Awards, le 28 juin 2015, avec une pile de billets de banque entre les dents.
Rihanna tient à avoir l'argent qui lui est dû.   Photo : getty images for bet / Christopher Polk/BET

La vaste majorité des organismes du secteur des arts reconnaissent devoir compter sur des ressources bénévoles pour fonctionner. Alors que plus de 35 000 étudiants font la grève partout au Québec pour la rémunération des stages, il semble temps d'ouvrir une discussion sur le travail gratuit, qui est endémique dans le milieu des arts et de la culture. Échange avec Virginie Jourdain, artiste et travailleuse culturelle féministe, et Vincent de Repentigny, directeur de La Serre – arts vivants.

Le phénomène du travail gratuit est endémique dans le milieu des arts. Selon une étude récente du Conseil des ressources humaines du secteur culturel, 22 % des organismes ont indiqué qu’ils embauchaient des stagiaires non rémunérés. C'est sans compter les ressources bénévoles qui apportent du soutien administratif ou du soutien technique, ou qui viennent carrément pallier le manque de ressources pour assurer le bon fonctionnement des organismes.

Difficile de fonctionner sans travail gratuit
« Je ne vais surprendre personne en disant que je veux l’abolition des stages non rémunérés. Et j’inclus là-dedans les dédommagements symboliques, lance Virginie Jourdain, qui a connu son lot de stages non rémunérés et de travail bénévole dans son parcours de travailleuse dans le milieu culturel.

Tout travail mérite salaire. Le travail gratuit devrait être illégal.

Virginie Jourdain, travailleuse culturelle

Ce son de cloche résonne chez Vincent de Repentigny. Du côté de La Serre, qui organise le festival d'arts vivants OFFTA ainsi que divers programmes de soutien à la création, les stages non rémunérés ont cessé il y a deux ans. Vincent de Repentigny se réjouit que le travail accompli puisse être payé, mais il reconnaît les contraintes auxquelles les employeurs du milieu culturel font face : « Paradoxalement, je sais que s’il n’y avait pas eu des gens qui avaient donné du temps bénévole, La Serre et le festival n’existeraient pas. »

La dictature du « projet » et le tabou de l'épuisement
Si le manque de ressources financières est criant, ce n'est pas la seule source du problème. Le travail gratuit est aussi soutenu par une culture de la vocation et une glorification de l'hyperactivité. Virginie, qui a vécu récemment son premier épuisement professionnel, est frappée par le tabou qui plane sur le sujet. « On ne parle pas de fatigue, de dépression, d’épuisement, car il faut rester employable », déplore-t-elle. Dans un milieu où les places sont rares, on doit constamment être en action pour se faire remarquer. Elle évoque cette conversation routinière entre gens du milieu :

- Allô, ça va? 
- Ça va, et toi?
- Super! Alors, tu travailles sur quoi ces temps-ci?
- Ah, je suis débordé, j'ai tellement de projets!

Dialogue omniprésent entre les gens du milieu des arts

« On doit montrer qu’on est en train de faire plein de choses, renchérit Vincent de Repentigny. On cherche toujours une façon de se représenter comme quelqu’un d’actif. » Le fil rouge de la programmation de l'OFFTA 2019 est justement « Travailler le sensible ». L'idée est de déplacer l'attention de la création et de la productivité vers l'entretien et le soin.

La vulnérabilité comme une force
Parler de fatigue, d'épuisement et de temps d'arrêt est perçu comme une faiblesse. Or, croit Virginie Jourdain, d'un point de vue féministe, la vulnérabilité peut être une force. « Si on reste dans la rhétorique de l'empowerment et du pouvoir, on ne va pas s’en sortir, estime-t-elle. On est plein à être vulnérables, parlons-en de cette vulnérabilité. »

Pour poursuivre la réflexion :

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